Tour de France 2021 : Quels sont les cinq enjeux de ce Tour de France assommé par Tadej Pogacar ?

De notre envoyé spécial au Grand-Bornand,

La fenêtre médiatique s’annonçait optimale pour ce Tour de France, entre un Euro de football (désormais sans les Bleus) qui va toucher à sa fin, et des Jeux olympiques de Tokyo à partir du 23 juillet. Puis Tadej Pogacar est passé par là, samedi, sur la route du Grand-Bornand. Le tenant du titre slovène a douché l’effervescence entourant cette 108e Grande Boucle en laminant tous ses concurrents, en deux cols franchis à 32,2 km/h de moyenne.

Reléguant tout le monde hors de portée dès la 8e étape, il a poussé 20 Minutes à s’arracher pour vous trouver cinq bonnes raisons de suivre ces deux prochaines semaines de course. A commencer par la deuxième journée alpine, ce dimanche entre Cluses ( Haute-Savoie) et Tignes (Savoie). Le tout est garanti sans scénario d’abandon de course causé par l’incontournable camion Cochonou.

Vers le plus gros écart de l’histoire entre le maillot jaune et son dauphin ?

On en convient, ça n’est pas pour assister à pareil record qu’on prend place quotidiennement devant le Tour de France. Mais avouez que ce serait symboliquement fort de voir un gamin de 22 ans, inconnu du grand public lors de son sacre en septembre 2020, écraser la concurrence de manière encore plus significative qu’Indurain, Armstrong ou Froome durant leurs années de règne, non ? Après huit jours de course, l’écart actuel (1’48 sur son dauphin van Aert et 5′ sur Vingegaard, 5e) est le plus conséquent depuis 2001, 2003 et 2004, trois éditions survolées par le sulfureux Lance Armstrong.

Pourtant, même le coureur américain n’a jamais fini sur les Champs-Elysées avec une dizaine de minutes d’avance au classement général. Tadej Pogacar peut-il être tenté d’entrer dans l’histoire en survolant à ce point le Tour, au risque d’intensifier les doutes entourant ses prestations ? Pas certain, d’autant que le record absolu est plus que costaud, avec 28’17 entre l’Italien Fausto Coppi et le Belge Stan Ockers en 1952. Good luck Tadej !

Geraint Thomas va-t-il vraiment se dépouiller pour finir le Tour ?

Il faut une sacrée humilité, lorsqu’on a été deuxième du général l’an passé, et même vainqueur en 2018, pour se résigner à boucler une étape de montagne au sein du gruppetto, à 35 minutes de Dylan Teuns. Chapeau bas donc à Primoz Roglic et à Geraint Thomas, compagnons d’infortune samedi des Cavendish, Sagan, Bouhanni… mais aussi du quadruple vainqueur du Tour Chris Froome. Il n’empêche, quand on arrive en co-favori et en outsider pour la victoire finale, ça doit sévèrement piquer de pointer à la 45e et à la 51e place du classement général, très très loin d’un intouchable Tadej Pogacar, au moment d’attaquer la 9e étape entre Cluses et Tignes.

Très diminués depuis leur chute dès la 3e étape du Tour, et a priori incapables de signer la moindre échappée dans les deux prochaines semaines, on s’est demandé toute la journée s’ils allaient vraiment batailler pour passer les Alpes et les Pyrénées ? Cela aurait été d’autant plus étonnant qu’ils ambitionnent tous les deux de participer aux JO de Tokyo cet été. Ce dimanche matin, Jumbo-Visma a sans grande surprise annoncé l’abandon de son leader Primoz Roglic. En sera-t-il de même dès les prochaines heures pour Geraint Thomas ? « Après mon accident, ça prend plus de temps que je ne le pensais pour revenir à un bon niveau, a confié le Gallois samedi soir. Tu te dis toujours que ça va vite aller mieux, mais c’est dur de finir aussi loin aujourd’hui, ce n’est vraiment pas ce que je voulais. Plus que tout, c’est dur dans la tête… »

Notre David Gaudu n’en profiterait-il pas pour viser le podium ?

Mine de rien, le coureur de Groupama-FDJ a bien bataillé samedi pour cette grande première dans les Alpes. Boucler l’étape aux côtés de tauliers comme Richard Carapaz, Alexey Lutsenko, Enric Mas ou Rigoberto Uran n’est pas anodin. Cette journée pluvieuse entre Oyonnax et le Grand-Bornand a permis à David Gaudu de faire un bond de la 19e à la 9e place au général, ce qui en fait le tricolore le mieux placé. « C’était une étape difficile de A à Z mais je finis avec les autres favoris, donc c’était quand même une bonne journée », apprécie le coureur de 24 ans.

Quand on voit que l’actuel troisième du Tour, Alexey Lutsenko, ne se trouve qu’à 1’14 de lui avant cette 9e étape, on commence à se dire qu’il a un coup à jouer. « David est sûr de sa force et de ses jambes, confirme pour Eurosport le directeur sportif de Groupama-FDJ Thierry Bricaud. Il suit les meilleurs et on voit que le général se construit tout naturellement. C’est son fil rouge pour les 15 jours à venir. » Et l’avantage de l’éclat de folie réalisé par Tadej Pogacar samedi, c’est qu’on imagine mal son équipe UAE Team Emirates s’arracher pour annihiler chaque attaque éventuelle de David Gaudu, qui n’est quand même pas une menace pour le Slovène (à 5’52).

David Gaudu (à gauche) a tenté de s'accrocher (en vain) à Tadej Pogacar, samedi lors de l'étape entre Oyonnax et le Grand-Bornand.
David Gaudu (à gauche) a tenté de s’accrocher (en vain) à Tadej Pogacar, samedi lors de l’étape entre Oyonnax et le Grand-Bornand. – Christophe Ena/AP/SIPA

Alaphilippe dans sa configuration rêvée pour gratter une autre victoire d’étape ?

Que dire de Julian Alaphilippe, désormais à des années-lumière des favoris pour la victoire finale ? 24e à 18’51 de Tadej Pogacar, le champion du monde va pouvoir nous régaler pendant deux semaines en tentant toutes les attaques qu’il veut, même les plus déraisonnées (surtout elles, ouais). Histoire de compléter sa collection de jolis souvenirs après Landerneau, sans alerter tous ceux qui visent des places d’honneur au général sur les Champs. On pourrait en dire de même de la belle histoire de cette première semaine, à savoir le désormais ex-maillot jaune Mathieu van der Poel (23e à 17’20), qui pourrait continuer d’enchanter ce Tour avec son profil de jeune puncheur pas coutumier des calculs de course. Enfin, si les jambes sont de retour pour tous les deux, quoi.

Mathieu Van Der Poel et Julian Alaphilippe, ici avant le départ de la 7e étape vendredi, pourraient être les principaux animateurs des deux dernières semaines de Tour.
Mathieu Van Der Poel et Julian Alaphilippe, ici avant le départ de la 7e étape vendredi, pourraient être les principaux animateurs des deux dernières semaines de Tour. – Daniel Cole/AP/SIPA

Et si Guillaume Martin se prenait au jeu du maillot à pois ?

Côte de Domancy (coucou Bernard Hinault), col des Saisies, col du Pré, Cormet de Roselend et montée de Tignes, il va y en avoir des points à distribuer pour les grimpeurs ce dimanche. Ce maillot à pois, qui a historiquement une saveur particulière en France, pourrait devenir un enjeu majeur, maintenant que le jaune est (quasi) bouclé. Sur les épaules du Néerlandais Wouter Poels, échappé samedi dans les premières côtes, il pourrait même intéresser des tricolores.

Surprenant samedi, Aurélien Paret-Peintre (AG2R) est 7e dans ce classement, juste derrière son compatriote Guillaume Martin. « Cela peut être un handicap de porter le maillot à pois si on vise surtout une victoire d’étape comme c’est mon cas, estimait ce dernier avant le grand départ. Ce sera donc un objectif secondaire. » Un titre de meilleur grimpeur du Tour, huit mois après avoir été sacré sur la Vuelta, ça aurait quand même de la gueule pour le coureur Cofidis, non ?