Tour de France 2021 : « On a perdu quelques années d’espérance de vie »… Comment cette étape « dantesque » a été vécue

De notre envoyé spécial à Tignes,

Cette 9e étape entre Cluses et Tignes était redoutée par le peloton. Primoz Roglic et Mathieu van der Poel avaient même pris les devants dimanche matin en ne se présentant pas sur la ligne de départ. Six heures plus tard, la deuxième journée alpine a été fatale à pas moins de 10 coureurs, entre trois abandons et sept coureurs hors délais (fixés 37’20 après le vainqueur). Des dégâts considérables évidemment causés par le profil d’étape, avec cinq cols (dont le premier hors catégorie du Tour de France) en 145 km, mais aussi par des conditions météo dantesques.

Entre une pluie incessante et un froid incroyable en plein été, « jusqu’à -2°C ressenti dans des descentes » selon un médecin de l’équipe Cofidis, tout était réuni pour une hécatombe. « C’est une de mes pires journées sur le vélo, a ainsi soupiré Nacer Bouhanni, très marqué en passant la ligne, plus de 35 minutes après Ben O’Connor (AG2R Citroën Team). Ça vaut une étape que j’avais faite sous la neige sur le Giro. »

La pluie est tombée toute la journée entre Cluses et Tignes.
La pluie est tombée toute la journée entre Cluses et Tignes. – D. Cole / AP / Sipa

« Un triste dénouement » pour Bryan Coquard

Deux ans après un scénario encore plus épique, avec une arrivée finalement annulée à Tignes en raison d’une coulée de boue, la station savoyarde a offert un nouveau cadeau empoisonné aux coureurs, prêts à aller au bout d’eux-mêmes. Pour son premier Tour de France, le Sud-Africain Nicholas Dlamini (Qhubeka Nexthash) a ainsi tenu à rallier Tignes, bien que se sachant hors délais après une chute dans une descente.

Il est arrivé à 19 heures, après 5h50 de souffrance, soit 1h24 de retard sur Ben O’Connor. Une histoire incroyable qui en dit long sur le mental des habitués au gruppetto. Le sprinteur de B & B Hotels Bryan Coquard a lui aussi fait ses adieux dimanche à cette 108e Grande Boucle, et ce pour moins de trois minutes. « Un triste dénouement », soupire l’intéressé, « frigorifié dans la descente des Saisies » et non remis de ses trois chutes en début de Tour.

Nairo Quintana a donné l'impression d'avoir pris 10 ans avec l'étape de ce dimanche.
Nairo Quintana a donné l’impression d’avoir pris 10 ans avec l’étape de ce dimanche. – A.C. Poujoulat / AFP

« Tout est plus compliqué quand les doigts sont congelés »

« Quand il s’est retrouvé dans le mal, je lui ai donné des gels et du coca, confie l’un des directeurs sportifs de l’équipe française Samuel Dumoulin. J’ai tout fait pour le stimuler, mais on se rend compte qu’on n’a pas beaucoup de leviers sur un coureur ayant le dos bloqué par le froid, après ses trois chutes en début de Tour. Il s’est battu jusqu’au bout comme un guerrier. C’est quand même dommage que l’organisation soit si intransigeante concernant les délais, quand je vois ces conditions qui resteront dans les annales. »

Comment les coureurs ont-ils justement pu préparer au mieux cette course en sachant que la pluie allait être encore plus terrible que la veille ? « On a anticipé au maximum sur les besoins de vêtements chauds dans les deux voitures d’équipe accompagnant les coureurs, raconte Maxime Robin, entraîneur chez Total Energies. Certains ont pu régulièrement fait sécher leurs vêtements dans les véhicules durant l’étape. La priorité était aussi de bien manger et de bien boire, car tout est plus compliqué quand les doigts sont congelés. »

Dès le passage de la ligne d'arrivée, les coureurs (ici l'équipe Cofidis) ont hérité de vestes, écharpes et gants.
Dès le passage de la ligne d’arrivée, les coureurs (ici l’équipe Cofidis) ont hérité de vestes, écharpes et gants. – Jérémy Laugier/20 Minutes

« Pas beaucoup de sports où on prend cher comme ça »

Des images ont marqué l’histoire de l’épreuve, comme des coureurs échappés prenant le temps de s’arrêter pour se couvrir davantage, ou Nairo Quintana obligé d’être aidé pour marcher après avoir franchi la ligne. Le jour de repos de lundi est rarement aussi bien tombé pour le peloton. « On a perdu quelques années d’espérance de vie après une telle journée, résume Fabien Doubey (TotalEnergies). Il n’y a pas beaucoup de sports où on prend cher comme ça. »

« Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi fou que cette première semaine de Tour, complète Ole Gabriel Rasch, directeur sportif chez Ineos. Chaque jour a vraiment été un grand huit émotionnel. » On remet ça mardi ?