Tour de France 2019: On a grimpé la Planche des Belles Filles avec les supporters de Thibaut Pinot

Ca y est, nous sommes arrivés à la Planche des Belles Filles, après 1h30 d’efforts. — Thibaut Gagnepain

Mais quelle idée ! Au téléphone, Stéphane Brignoli avait pourtant essayé de me prévenir. « Vous faites un peu de vélo quand même ? », avait interrogé cet habitant de Melisey, qui connaît bien Thibaut Pinot. Comme beaucoup dans ce bourg de Haute-Saône où le coureur a grandi et réside toujours, excentré du centre-ville.

La commune de Melisey, en Haute-Saône. La commune de Melisey, en Haute-Saône. – Maps4News

« Il ne faut pas vous inquiéter, on n’ira pas aussi vite que lui », m’avait promis le quadragénaire, cycliste invétéré. Bien plus que moi, vague athlète du dimanche tout juste habitué à rallier le bureau à bicyclette. Soit 2,5 kilomètres à tout casser, à plat. Bien loin des 27 km prévus au programme ce jeudi, avec la Planche des Belles Filles en dessert.

« Oh toi, tu vas en chier ! »

Pas tout à fait inconscient, j’étais allé investir dans un cuissard. Avec une protection pareille, impossible ne pas aller au bout ! Surtout avec le vélo de course et le casque prêtés par Stéphane. le temps de comprendre comment changer de vitesse et de plateau, nous étions devant le garage Renault à 8h30. Pile à l’heure pour retrouver nos huit autres compagnons d’échappés, pour la plupart salariés à Lisi. L’usine du coin spécialisée dans la fabrication de composants mécaniques de sécurité. « Là où travaillait aussi le père de Thibaut, Régis », note Michel, avant de se moquer gentiment de mes mollets de coq. « Oh toi, tu vas en chier ! »

Michel (à droite) motive la troupe, c'est parti pour 25 kilomètres de vélo ! Michel (à droite) motive la troupe, c’est parti pour 25 kilomètres de vélo ! – T. Gagnepain / 20 Minutes

Me voilà prévenu. Et parti. Puis lâché dès le premier faux plat descendant. Stéphane m’attend et me ramène jusqu’au peloton. La matinée risque d’être longue… Le temps de trouver le rythme, j’arrive enfin à suivre. « Pour l’instant, ça va, ce n’est que des petites montées à 3-4 %. La première vraie bosse va arriver au col de la Chevestraye », prévient Damien, peu habitué à de telles sorties. Ouf, je ne suis pas le seul !

« Poggio local »

Passés Fresse et Les Larmets, nous voilà enfin au pied de la première difficulté. « Thibaut Pinot l’appelle le Poggio local », révèle Mathieu, en référence à la célèbre colline de Milan-San Remo. Une bosse de rien du tout oui ! Je la passe sans même me lever de ma selle. Façon Vinokourov. La descente qui suit est nettement moins simple. « Désolé, je n’aime pas trop ça », dois-je me justifier auprès de Stéphane, encore préposé à attendre le retardataire. Le seul à appuyer sur les freins quand les autres filent.

Stéphane et Mathieu, mes deux compagnons de galère. Stéphane et Mathieu, mes deux compagnons de galère. – T. Gagnepain / 20 Minutes

Nous voilà enfin sur la route du Tour. Tout à l’heure, les coureurs passeront ici même. A Plancher-Bas et Plancher-les-Mines, c’est déjà l’émulation au bord de la route. Certains nous lancent quelques encouragements. Ils ont raison : le plus dur arrive. D’un coup. 16 % de dénivelé dès ce premier kilomètre de la Planche des Belles Filles, je n’avance plus. Presque cloué sur place.

« Alors, c’est de la bonne hein ? », rigole Daniel en me doublant sans difficulté. Mes fidèles équipiers, Stéphane et Mathieu, viennent vite se remettre à mon niveau. « Sinon, tout seul, tu vas souffrir ». A trois aussi ! Mais je m’accroche, jamais très loin du point de rupture. Bon, je l’admets, l’idée de poser pied à terre me titille. Ce serait tellement plus simple…

Mini-pause salutaire

Avant le troisième kilomètre, je m’y résous quelques secondes. Officiellement pour ranger mon téléphone entre deux photos. Officieusement pour souffler un peu. Allez, ce n’est pas le moment de se laisser aller ! Stéphane et Mathieu me rassurent encore : nous ne sommes plus très loin du parking qui marquera notre arrivée. Plus que quelques efforts, quelques jurons et quelques gouttes de sueur.

Le sommet de la Planche des Belles Filles approche. Doucement. Le sommet de la Planche des Belles Filles approche. Doucement. – T. Gagnepain / 20 Minutes

Le court passage à 8-9 % me requinque. Dans cette Planche des Belles Filles qui ne cesse de grimper, c’est presque un faux plat. Voilà enfin le dernier gros passage et je retrouve les autres. Pas dernier. « T’as bien monté, me félicite Michel. Je ne sais pas si c’est le vélo ou toi mais y’a quelque chose qui allait bien ! » Le vélo, c’est sûr.

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