Toulouse : Un salarié du CHU, reconnu coupable de harcèlement sexuel, a-t-il été promu ?

L’entrée des urgences de l’hôpital Pierre-Paul Riquet au CHU Purpan, à Toulouse, le 20 mars 2020. — Frédéric Scheiber / Sipa
  • En décembre dernier, le CHU de Toulouse était condamné pour ne pas avoir protégé une salariée du harcèlement sexuel de l’un de ses managers.
  • La présentation du salarié « harceleur » en qualité de directeur adjoint d’un service sur un organigramme lors d’un comité technique a soulevé l’indignation des syndicats.
  • Ces derniers dénoncent une promotion du coupable de harcèlement, ce que dément formellement la direction du CHU de Toulouse qui rappelle qu’elle l’a fait changer de site et avait demandé sa rétrogradation en commission de discipline.

En décembre 2020, le tribunal administratif de Toulousecondamnait le CHU pour ne pas avoir protégé l’une de ses salariés, victime de harcèlement de la part d’un responsable de son service. En 2016, durant de longs mois, cette salariée du pôle ressources matérielles avait reçu des mails d’un de ses responsables de son service, toujours très explicites et avait dû, à plusieurs reprises, refuser ses avances et baisers imposés.

Des faits dénoncés par la victime, soutenue par la CGT, qui se sont finalement traduits en 2017 par une enquête administrative et des sanctions disciplinaires à l’encontre du harceleur. En janvier, la direction du CHU avait par ailleurs indiqué qu’elle ne ferait pas appel de sa condamnation, « faisant de la lutte contre les harcèlements et les discriminations une priorité institutionnelle ».

L’histoire aurait pu en rester là. Mais, jeudi lors d’un comité technique d’établissement, l’apparition du nom du salarié harceleur dans l’organigramme en qualité de responsable adjoint de l’un des pôles a eu le don de hérisser le poil des syndicats de l’établissement public de santé. Ces derniers dénoncent la promotion du « harceleur à un poste de responsable ». 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Jeudi, lors du comité technique d’établissement, le nom du salarié reconnu responsable du harcèlement envers sa collègue est bien apparu sur l’organigramme de l’un des pôles avec la fonction de responsable adjoint, comme a pu le constater sur un fichier 20 Minutes. « Quand nous avons reçu les documents de préparation du CTE, nous avons halluciné en voyant son nom, le mettre en avant c’est scandaleux. Nous avons alors décidé d’inviter la personne victime afin qu’elle témoigne de ce qu’elle a vécu, elle est dans ce pôle et lui en est encore un des responsables », raconte Pauline Salingue, déléguée CGT.

Aux côtés de SUD et FO, le syndicat a décidé de monter au créneau pour dénoncer « la situation de déni des violences faites aux femmes dans notre institution de soins » et la commission technique a fini par s’achever dans une ambiance délétère.

Ce vendredi, la direction du CHU de Toulouse a tenu à apporter un démenti formel à toute promotion de cette personne. « Avant, dans son pôle, il y avait dans l’ordre hiérarchique : un directeur, un responsable, puis lui. Désormais, il y a un directeur, un responsable, un responsable en cours de recrutement, puis lui. Il a une expertise technique, aucune mission managériale, et a été changé de site », indique Anne-Laure Navarre, la directrice de cabinet du CHU de Toulouse. Donc ni promotion, ni hausse de salaire.

Après la dénonciation des faits par la victime, la direction avait lancé une procédure disciplinaire à son encontre et il avait écopé d’un blâme. « Nous étions favorables à sa rétrogradation, mais certaines organisations syndicales avaient qualifié cette sanction de trop lourde. Il a été changé de poste sans fonction de management et nous réalisons un suivi de cette sanction », poursuit cette responsable, qui déplore les allégations portées par les trois syndicats.

Eux ont une autre lecture de ce qui a pu se passer en commission de discipline lorsque ce cas a été abordé. Selon eux, pour sanctionner le salarié, la direction du CHU aurait invoqué l’utilisation de sa boîte professionnelle à des fins personnelles – pour envoyer les mails à la victime – plutôt que les faits de harcèlement à proprement parler. Ce que certains délégués du personnel auraient dénoncé à l’époque.

« Nous, nous avons toujours soutenu la victime et nous demandions la révocation. Il y a eu un désaccord avec certains délégués du personnel, mais que la direction se réfugie derrière ça, c’est lamentable. La responsabilité, ce sont eux qui la portent, ils ont été condamnés pour ça », critique Pauline Salingue de la CGT.

Alors, y a-t-il eu une mauvaise interprétation de l’organigramme ou une mauvaise communication du CHU sur ce cas précis ? Une chose est sûre, cela ne risque pas d’atténuer le fossé qui existe depuis des mois entre la direction et certains syndicats.

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