Toulouse : Rénover, reconstruire sur place… ou ailleurs ? Quel avenir pour l’incinérateur du Mirail ?

C’est le plus ancien, mais aussi le plus polluant des incinérateurs d’ordures ménagères de France selon une étude dévoilée la semaine dernière par l’association Zéro Waste Toulouse. L’usine de valorisation énergétique du Mirail, implantée au sud-ouest de la Ville rose depuis 1969, commence à montrer des signes de vétusté. Au point que 46 millions d’euros vont être déboursés au cours des deux prochaines années pour la mettre aux normes pour les émissions d’oxyde d’azote et continuer à traiter chaque année 285.000 tonnes de déchets, dont une partie en provenance d’autres départements non équipés.

Une dépense nécessaire mais qui ne permettra pas de répondre à son obsolescence, annoncée à l’horizon 2032. Pour réfléchir à son avenir, une concertation préalable, sous la houlette de la Commission nationale du débat public, s’ouvre ce mardi pour une période de près de deux mois. Avec une interrogation centrale : faut-il rénover l’incinérateur du Mirail pour prolonger sa durée de vie jusqu’en 2040 ? Le reconstruire in situ ou ailleurs, pour une mise en service en 2030 qui permettrait de voir venir jusqu’en 2070 ? Ou tout simplement le laisser en état après les travaux de mise aux normes avant de le fermer dans dix ans ?

Ces différents scénarios, dont le coût oscille entre 150 et 330 millions d’euros, seront abordés au cours des multiples réunions prévues ces prochains jours. Durant ces moments d’échange, le débat sera élargi à la gestion globale des déchets sur le territoire de Decoset. Ce syndicat mixte gère le traitement et la valorisation des ordures ménagères de 152 communes de la Haute-Garonne grâce à l’incinérateur du Mirail et celui de Bessières, plus récent, tous deux en délégation de service public.

Son président, Vincent Terrail-Novès, ne cache pas que « la solution la plus simple est celle de reconstruire sur place, mais nous n’avons pas encore pris de décision, la concertation doit permettre d’enrichir le débat », assure-t-il. Si, grâce au foncier actuel, elle permettrait de maintenir, en parallèle de la reconstruction, l’activité de l’actuelle usine, elle demeure aussi la solution la plus onéreuse. Si la possibilité de la déménager ailleurs est abordée, cette éventualité semble plus qu’utopique. Quelle commune accepterait de voir un incinérateur s’installer sur son territoire ?

« Les nuisances, ce sont nous qui les prenons »

Même les riverains ne se bercent pas d’illusions. Au sein de la très active association d’habitants de Lafourguette, le dossier de l’incinérateur a été toujours suivi de près. C’est même lui qui a été en partie à l’origine de sa création il y a plus de cinquante ans. « A l’époque, il était responsable de beaucoup de nuisances, plus qu’aujourd’hui, et nous avons été mobilisés contre ces pollutions », se souvient Alain Boubée, son président. Alors, pas question pour ces riverains, de ne pas participer au débat. « Les nuisances, ce sont nous qui les prenons. Mais ce n’est pas non plus simplement un problème qui concerne uniquement la métropole. Est-ce qu’on doit incinérer ici les déchets d’autres départements ? Et puis, on doit traiter l’incinérateur comme tel. Il ne faut pas que le dimensionnement de la future usine, si elle doit rester là, soit calculé pour alimenter le réseau d’eau chaude », lâche cet habitant.

L’incinérateur produit en effet chaque année 200 à 250 Gigawatt heures qui permettent d’alimenter en chauffage près de 40.000 logements du Mirail, de Montaudran ainsi que le CHU de Rangueil. C’est un des arguments qui prévaut pour son maintien et sa reconstruction sur place.

Réduire les déchets à la source

Une façon d’appréhender le problème qui n’est pas la bonne selon Thomas Guilpain de Zero Waste Toulouse. Pour lui la question n’est pas tant de savoir si l’incinérateur sera reconstruit ici ou ailleurs, mais quelle sera sa taille à l’avenir. « On nous dit qu’il y aura besoin d’un incinérateur de même capacité. Mais à aucun moment on ne parle de réductions des déchets. Si on a une vraie politique de réduction, on peut diviser la capacité de l’incinérateur par deux. Or, on nous parle d’un incinérateur à l’identique, en se disant qu’on pourrait aller chercher des déchets ailleurs. Si on dit qu’il y aura toujours un incinérateur pour les prendre tous, il n’y a aucun intérêt à faire des efforts », déplore ce militant dont l’association a produit un volumineux rapport sur l’avenir de l’incinérateur.

Il espère faire bouger les lignes, inciter les politiques à être plus volontaristes, notamment sur la question des biodéchets qui représentent un tiers du contenu de nos poubelles. En mettant aussi des moyens sur la table pour ces modes de traitement, qui évitent de voir partir de la matière organique en fumée quand elle pourrait être transformée en compost. Et tout en regrettant que la question n’ait pas été anticipée il y a plusieurs années.