Toulouse : Peut-on encore manifester le week-end en centre-ville alors que les interdictions se multiplient ?

Depuis la mi-juillet, à 43 reprises, les manifestations ont été interdites dans le centre-ville de  Toulouse. Au-delà des risques liés à la crise sanitaire, du contexte des soldes ou de l’absence de déclaration, la  préfecture de la Haute-Garonne a régulièrement justifié sa prise d’arrêtés par des raisons de maintien de l’ordre public. Ainsi, depuis plusieurs mois, les manifestations, déclarées ou pas, sont cantonnées aux boulevards, la place du Capitole ou celle de Saint-Etienne n’étant plus accessible aux revendications, comme le 12 mars dernier avec la marche « Look up ».

Une situation qui a poussé une vingtaine d’associations à envoyer une lettre ouverte au préfet de la Haute-Garonne.

« Interdire une manifestation, c’est une mesure d’exception, or là c’est systématiquement le cas depuis mi-juillet. Et les arrêtés tombent souvent un ou deux jours à peine avant la manifestation, ce qui rend impossible un recours devant le tribunal administratif », déplore Pierre Bernard, coprésident de la Ligue des droits de l’Homme de Toulouse, signataires du courrier adressé au représentant de l’Etat.

Pas d’autres exemples en France

Ce dernier dénonce une attaque à la liberté de manifester. « Tout ce qui est revendication politique, ça ne peut plus se faire. Par contre, parfois d’autres types manifestations sont autorisés, il y a deux poids deux mesures. La voie publique appartient à tout le monde », rappelle ce défenseur des libertés publiques qui estime que Toulouse est une particularité en la matière. Si depuis les « gilets jaunes » d’autres villes ont fait l’objet d’arrêtés d’interdiction, notamment dans le cadre du contexte sanitaire, rares sont celles qui en ont connu autant depuis l’été dernier. A Rennes, ce n’est pas toutes les semaines, ni à Lille où souvent les services de l’Etat passent par une modification du parcours. Ce fut longtemps le cas à Strasbourg durant la période de Covid, l’accès à la Grand Ile étant interdit. Après avoir été dénoncées, depuis la baisse du nombre de cas, ces interdictions ont fléchi dans la capitale alsacienne.

A Nancy, l’arrêté du 16 novembre dernier, qui interdisait toute manifestation dans le centre-ville entre le 19 novembre et le 2 janvier, a été attaqué devant le Tribunal administratif et suspendu par les juges. Un droit au recours dont les associations toulousaines s’estiment privées, n’ayant la connaissance de l’arrêté que peu de jours avant la tenue des événements.

Débordements répétés

La préfecture de son côté estime être en conformité avec la loi française qui prévoit les déclarations de manifestations. « Elle permet d’identifier les organisateurs responsables, de définir le parcours de la manifestation, la durée et les modalités d’organisation. Le préfet qui est en charge de l’application des lois, a le devoir de prévenir les troubles à l’ordre public, les risques pour tous les usagers et de garantir l’exercice des libertés publiques », précise auprès de 20 Minutes les services de l’Etat.

Mais lorsque la manifestation n’est pas déclarée, « l’absence d’organisateur garantissant le bon déroulement de la manifestation et la sécurité des participants et des tiers accroît les risques de troubles à l’ordre public », fait valoir la préfecture qui pour chaque événement réalise « une analyse de risques qui peut éventuellement conduire à une interdiction ». « D’ailleurs, de nombreuses manifestations non déclarées le samedi ont donné lieu à des débordements répétés », assure le représentant de l’Etat.

Des débordements que pointent du doigt les commerçants du centre-ville. À la suite de la lettre ouverte, leur fédération plébiscite les dispositifs policiers déployés dans l’hypercentre. « Après deux ans de « gilets jaunes » dans le centre-ville, puis la période Covid, maintenant les antivax, ce sont des centaines d’emplois qui ont été perdus à cause de cette succession d’événements. Les mêmes qui se battent au quotidien pour défendre l’emploi dans leurs entreprises, se rassemblent le samedi pour détruire l’emploi des commerçants et de leurs salariés, c’est une attitude que nous ne pouvons pas comprendre », explique Philippe Léon, son président dans un communiqué.