Toulouse : « Ces messieurs sont là pour être tapés ! », on a suivi un stage de self-défense réservé aux femmes

« Vous vous demandez peut-être pourquoi il y a des hommes ici. Et bien, ces messieurs sont là pour être tapés !, lance avec un grand sourire l’instructeur de 53 ans, provoquant des rires amusés et nerveux dans la salle. Afin de vous mettre en situation réelle. ». Déterminées, elles sont une vingtaine d’élèves à avoir franchi la porte de la Maison des Arts Martiaux​ de Saint-Orens, dans la banlieue de  Toulouse. Pour leur apprendre les rudiments de l’autodéfense, le Comité départemental de karaté et disciplines associées de Haute-Garonne a mis en place ce stage réservé aux femmes. Au cours de celui-ci, Dan Bertrand et Stéphanie Falcou, deux professeurs de Pencak-Silat (l’art martial des commandos indonésiens), auront la charge durant deux heures de leur apprendre à ne pas, ou plus, se laisser faire.

Quand les sacs de frappe remplacent les agresseurs.
Quand les sacs de frappe remplacent les agresseurs. – Dorian Naryjenkoff – 20 Minutes

Au programme, frappes en rafale, coups entre les jambes ou encore comment faire lâcher prise à un agresseur. « Le but est que vous soyez opérationnelles en repartant », leur explique Stéphanie Falcou, 45 ans, ancienne championne de France de Taekwondo.

« C’est quelque chose qu’elles doivent malheureusement apprendre »

Après un court échauffement, Stéphanie ouvre le bal en explicitant la notion de fausse garde. « La première chose à faire est de mettre les mains devant le visage, pour se tenir prête à parer les coups et contre-attaquer, c’est un message de paix universelle. Car si vous montrez une vraie garde, avertit Stéphanie en mimant la position d’un boxeur, cela ne va pas désamorcer la situation mais l’envenimer. »

Une fois le concept intégré, il est temps de passer aux choses sérieuses. Dan distribue aux filles des paos, sorte de gros coussins de frappe, et les met en binômes pour échanger les premiers coups. « On va d’abord voir comment parer un coup avec son coude, pensez à bien replier le bras pour protéger l’oreille », précise l’instructeur. Peu habituées à frapper, beaucoup sont, dans un premier temps, un peu désorientées par l’exercice, puis la répétition des mouvements fait petit à petit son œuvre et le rythme s’affine. « Dites-vous que si le mec en face fait 20 kilos de plus et qu’il vous met un coup à la tête, c’est fini. Il faut vous faire à l’idée que vous allez avoir mal, mais mieux vaut que ce soit aux bras en parant le coup qu’au visage », explique Dan, qui ne souhaite pas les ménager quant à la réalité du terrain.

Certaines combattantes en herbe ont le réflexe de fermer les yeux et de se recroqueviller lorsqu’elles voient le coup arriver. « C’est dangereux, car l’agresseur peut t’emmener au sol si tu te baisses, pense à bien le regarder dans les yeux », conseille Dan à l’une des élèves. Et si l’une d’elles se retrouve effectivement à terre, pas de panique ! Les rudiments de la défense au sol sont justement l’une des spécificités de ce cours féminin. « C’est quelque chose qu’elles doivent malheureusement apprendre en cas d’agression sexuelle », confie Stéphanie.

« Ça me motive pour la suite et ça me redonne confiance en moi »

Tandis que les participantes affûtent leur arsenal de techniques, les quatre hommes, les « Redmen », les quatre élèves réguliers de Dan recrutés pour servir de punching-ball s’équipent : coquille génitale, casque, protège-tibias, plastron, etc. Le tout pour encaisser les coups sans trop de danger, au détriment d’une allure de Bibendum Michelin. L’exercice donne ainsi lieu à une situation assez chaotique où les Redmen se jettent au hasard sur les stagiaires, bien obligées de mettre en pratique ce qu’elles viennent d’apprendre. Si certaines sont encore peu à l’aise avec l’idée de frapper une personne qui ne leur a rien fait, la plupart ont bien intégré le principe et enchaînent les frappes.

« Bien sûr, on ne peut pas tout vous apprendre en deux heures, mais d’autres stages plus longs sont possibles si vous souhaitez progresser », conclut Dan devant les stagiaires en sueur. Une idée qui semble emballer Lisa Segalowitch, 23 ans, kiné à Toulouse. « J’avais déjà fait un cours de self avec Steph. Au début, c’est surprenant et violent, mais au final on s’y fait et ça défoule, décrit la jeune fille. On apprend des techniques pour la vie de tous les jours au cas où on se ferait embêter, même si ça ne m’est jamais arrivé. » La situation est un peu différente pour Emilie Torregrosa, 34 ans. « J’ai décidé de venir suite à une agression, se remémore péniblement cette conseillère funéraire toulousaine. Ce stage m’a fait du bien, ça me motive pour la suite et ça me redonne confiance en moi. J’ai particulièrement aimé les techniques au sol, c’est vrai que c’est important. »

Evacuer le côté artistique pour se concentrer sur l’efficacité

Bien-sûr, appliquer des techniques en combat réel est plus difficile que sur un tatami, d’où la nécessité d’être concis. « On leur apprend des choses simples pour qu’elles puissent s’en souvenir facilement. Si je commence à leur montrer des coups de pied croissants, elles ne vont jamais le retenir », explique en rangeant le matériel celui qui pratique les arts martiaux depuis quarante ans. « Ce qu’on a vu aujourd’hui est un mélange de différents arts martiaux, mais dont on a évacué le côté artistique pour se concentrer sur l’efficacité, détaille Stéphanie, dans le milieu depuis 35 ans. Ce cours est réservé aux femmes car beaucoup ne se sentent pas en confiance ou ont vécu un traumatisme, un cours mixte aurait pu les dissuader de venir. De plus, les techniques qu’on a vues sont pensées pour des agressions qui visent particulièrement les femmes. Un homme risque de ne pas y trouver son compte. »

Enfin, la professeure rappelle que la violence n’est pas une fatalité. « Souvent, les gens pensent que la self-défense est uniquement physique, mais elle peut aussi être verbale, le but étant de ne pas en arriver là. »