Toulon : « J’ai vécu dans la clandestinité », cinq ans de prison requis contre une mère divorcée en cavale avec sa fille

C’était en mars dernier. La jeune Camille, adolescente varoise de 16 ans installée en Suisse depuis plusieurs années avec sa mère, est au ski avec des amis. Lorsqu’elle rentre de son séjour, sa mère n’est plus au domicile familial. En son absence, Priscilla Majani a été arrêtée, au cours d’un banal contrôle routier. A la barre de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, Martine, la directrice de son école suisse chez qui Camille s’est réfugiée se souvient. « Camille savait que si quelque chose arrivait à sa maman, elle pouvait contacter une personne de confiance. »

Depuis des années, Priscilla Majani fait l’objet de deux mandats d’arrêt. Voilà onze ans qu’elle a quitté du jour au lendemain le Var, avec sa fille. Au moment de sa disparition, Priscilla Majani vit selon les termes de l’avocat général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence Jean-Louis Persico, « une séparation conflictuelle » avec le père de Camille, qui bénéficie de la garde alternée de sa fille. « J’ai dû quitter mon pays, reconnaît Priscilla Majani à la barre. J’ai passé onze ans dans la clandestinité. J’avais un très bon salaire. »

« Papa m’a mis le zizi dans les fesses »

En janvier 2011, une plainte pour viol sur Camille visant son père est déposée. Dans une audition diffusée à la barre, entre deux coloriages, la petite tête blonde répond aux questions relativement fermées du policier. C’est la deuxième audition de la fillette, que sa mère entend pour la première fois, en pleurs, tête baissée, dans le box des accusés. Le policier revient sur une déclaration de la fillette, selon laquelle, d’après sa mère, elle aurait oublié d’indiquer aux forces de l’ordre avoir été victime de viols anaux de la part de son père. « Papa m’a mis le zizi dans les fesses, lance Camille, alors âgée de cinq ans. Il était tout nu. Il m’a même enlevé la culotte. »  « Qu’as-tu ressenti ? C’était comment ? Ça chatouille ? C’était froid ? Ça t’a fait mal ? » Entre deux questions, la petite fille dit être fatiguée, joue. Et lance, face aux questions répétées du policier : « C’était froid. Il m’a fait mal très très fort. Mais je l’ai pas dit parce que je m’en souvenais plus. » « Pourquoi avoir dit que tu n’avais pas vu le zizi de ton papa alors ? » « Bah, parce que je me suis retournée. »

Une expertise estimera le ton de la fillette « récitatif ». La plainte est classée sans suite, après deux jours d’enquête. « Je vous le reconfirme et je le dis à la Terre entière, clame à la barre de la cour d’appel d’Aix-en-Provence son père Alain. Je n’ai jamais violé Camille. Je vais pas encore le répéter 100.000 fois. D’abord, en tant que père, ce n’est pas ma tasse de thé. Je n’ai jamais violé une femme. Je n’ai jamais eu besoin de le faire et je n’ai pas envie de le faire. »

Une cavale de onze ans

En février 2011, soit un mois après le classement sans suite de la plainte, Priscilla Majani et sa fille Camille disparaissent. « Elle est partie pour protéger sa fille », fait valoir à la barre son avocate, Sophie Benayoun. « Pour moi, c’est un acte de courage ce qu’a fait Madame Majani, parce que son amour de mère est passé au-dessus de tout, au risque de sa vie », abonde son autre avocate, Me Myriam Guedj-Chauvet. La cavale de la mère avec sa fille durera onze ans. Jusqu’à son arrestation au début de l’année 2022. Depuis, Priscilla Majani est en prison. En septembre dernier, elle a été condamnée à cinq ans de prison pour dénonciation calomnieuse envers son ancien mari et non-présentation d’enfant.

« Vous avez organisé de manière assez stupéfiante votre départ avec votre fille, ce qui laissait penser que c’était prévu bien avant le classement sans suite de la plainte, lance la présidente de la cour d’appel d’Aix-en-Provence Corinne Hermerel. Votre fille est déscolarisée depuis janvier. Elle ne figure plus sur aucune liste scolaire, ne bénéficie plus de soins remboursés par la Sécurité sociale. Votre portable cesse d’émettre très rapidement. » « Pourquoi Madame prend la fuite ?, s’interroge l’avocat du père de Camille, Me Olivier Ferri. Elle est dans la nasse. Madame a déposé plainte. La plainte est classée sans suite. Elle sait très bien que face à ce type d’accusation, si j’appuie sur le bouton, c’est fini pour elle. Et c’est ce qui va se passer d’ailleurs. C’est inéluctable. Elle avait tiré la cartouche de trop, dans le but d’éloigner Camille de son père. »

Une hypothèse partagée par le ministère public. « Depuis le début de cette procédure, on a l’impression que Madame Majani ne peut accepter que le père ait des droits, estime Jean-Louis Persico. C’est la négation du père par tous les moyens, y compris la manipulation des enfants pour parvenir à ses fins. » Pour l’avocat général, Camille a en effet victime du « syndrome d’aliénation parentale » de la part de sa mère, et a requis, au terme d’une audience longue de sept heures, cinq ans de prison, dont quatre fermes, à l’encontre de Priscilla Majani. La décision a été mise en délibéré le 4 janvier. De son côté, comme tout au long de la procédure, Camille, qui refuse de voir son père, était de nouveau absente. Âgée de 17 ans, elle a été placée sous curatelle en Suisse. Le 18 novembre dernier, selon une information de 20 Minutes, l’adolescente a porté plainte contre son père pour violences sexuelles, physiques et psychiques.