Top 14 : « Plus Dominici que Lomu »… Louis Bielle-Biarrey, la nouvelle pépite de l’UBB

C’est une petite phrase mais elle veut dire beaucoup : « Christophe [Urios] souhaite ne pas le mettre trop en avant pour l’instant » ! Cette réponse, c’est celle d’un salarié de l’Union Bordeaux-Bègles sollicité au sujet de Louis Bielle-Biarrey. Le patron veille en effet de très près sur sa nouvelle pépite. Pas question de la griller. L’emblématique manager bordelais connaît trop bien la musique. D’ailleurs, pour la petite histoire, « si Romain Buros [l’arrière titulaire] ne s’était pas blessé, on ne l’aurait pas vu cette année » rappelle avant toute chose Urios.

Mais on l’a vu, beaucoup même et maintenant, on en redemande. Cela a commencé par dix minutes d’échauffement à Brive en Top 14 avant le premier coup d’éclat de la carrière de « LBB » avec un triplé lors de sa première titularisation en pro à 18 ans en Coupe d’Europe. Qui dit mieux ? Personne. Même l’intéressé avait du mal à s’en remettre : « C’est vraiment incroyable. Liam Williams [champion d’Europe, 71 sélections avec le Pays de Galles] est un joueur que j’admire beaucoup et qu’il vienne m’étirer les crampes, c’est impensable. Je suis super content de ça et de mes trois essais. » Tout va donc très vite pour le très jeune arrière et ailier de l’UBB, comme lui sur le terrain.

Un gamin « ultra-complet »

Pourtant, le paradoxe, c’est que cet exploit n’a finalement surpris presque personne. En tout cas, pas ceux qui le connaissent ou encore ceux qui l’observe comme nous chaque semaine à l’entraînement. A l’UBB, tout le monde a entendu parler du gamin depuis son arrivée l’été dernier du centre de formation de Grenoble. Certains parlent de celui qui enchaîne les essais avec les Espoirs comme d’un phénomène. Son coéquipier et concurrent, Nans Ducuing le décrivait il y a quelques jours sur France Bleu comme « une bombe à retardement » et que tout le club « savait qu’il allait exploser un jour ou un autre. » « Bon, faut qu’on fasse gaffe qu’il n’explose pas trop tôt parce que ça pourrait le mettre en difficulté Nans », s’amuse de son côté le taquin Christophe Urios. Mais comme dirait un autre phénomène français, le talent n’a pas d’âge.

Louis Bielle-Biarrey, l'arrière de l'UBB avec l'équipe de France -20 ans.
Louis Bielle-Biarrey, l’arrière de l’UBB avec l’équipe de France -20 ans. – GEOFF CADDICK / AFP

« Louis, c’était un diamant brut », se souvient aujourd’hui Olivier Grand, son premier entraîneur au Rugby Club de Seyssins. C’est là-bas dans la banlieue grenobloise que le garçon a traversé ses premiers terrains. « Dès le départ, on a vu un gamin athlétique avec de super appuis et une très bonne gestuelle. C’est rare chez un enfant de 8-9 ans. Il avait aussi une très bonne vision du jeu et un bon jeu au pied. En fait, sa plus grosse force, c’est d’être ultra-complet », explique celui qui l’a entraîné pendant quatre ans avant son départ pour le FCG à 13 ans. A l’époque, Olivier Grand le faisait d’ailleurs jouer au poste d’ouvreur, « peut-être qu’un jour il y reglissera en 10 », prédit son ancien coach.

Un physique comme on en voit plus

En attendant, Louis Bielle-Biarrey va continuer à « écouter » car c’est un jeune « très bien éduqué qui était à son partiel dès le lundi matin [le lendemain de son triplé] alors que j’en connais d’autres… », souligne Christophe Urios. « C’est une véritable éponge, il capte tout ce qu’on lui dit », ajoute Olivier Grand. Ça devrait l’aider à obtenir au passage son DUT de gestion des entreprises et des administrations. Sur le terrain, le plus dur reste à faire pour l’international français des moins de 20 ans, confirmer son immense potentiel. Pour ça, l’arrière risque de passer encore quelques heures à la salle de muscu. « C’est vrai qu’il est plus Dominici que Lomu », sourit l’ex-éducateur du RC Seyssins à propos de son ancien poulet (79 kg pour 1,84 m). Mais attention, « il compense grâce à toutes ses autres qualités » à l’image de son match XXL face aux Gallois.

Si on peut difficilement le manquer avec son casque rouge, Christophe Urios rappelle que « son rôle sera aussi de le protéger » :

Bon, il a beaucoup parlé à la presse après le match, là il ne va plus parler ! Il a déjà eu du mal à récupérer du match parce que je rappelle que c’est un gamin. Il faut maintenant trouver le bon équilibre avec lui, le fait de le faire enchaîner et jouer, puis le fait de le préserver. »

Pour l’instant, le manager de l’UBB n’a pas le choix. Avec les blessures de Buros et Ducuing, il va devoir renvoyer le gamin au front face à Castres ce samedi (15 heures) pour le choc de la 16e journée de Top 14. Une autre paire de manches pour Louis Bielle-Biarrey. Mais bon, le talent n’attend pas.