Top 14 : « Le rugby est de retour à Paris »… La révolution (en famille) va-t-elle sauver le Stade Français ?

♫ Oh mon maillot oh oh oh, tu es le plus beau des maillots ♪ — MARTIN BUREAU / AFP

Le pari était osé mais le symbole avait de la gueule. En ressortant du placard le maillot mythique bleu aux éclairs rouges des années folles, dimanche contre le Stade Toulousain, le Stade Français s’est offert un petit shoot de nostalgie. Et de bonheur, aussi, puisque les Parisiens ont (enfin) régalé un public en manque de sensation forte grâce à une victoire de gala, après des mois et des mois à manger du lait ribot à la petite cuillère. « C’était juste fabuleux, on est sur un nuage », savourait lundi Franck Lemann, le président du Virage des dieux, le principal groupe de supporters stadiste. « On a retrouvé la vraie nature de notre club », se félicite celui que tout le monde surnomme papa ours.

Repris en main par Thomas Lombard (nommé directeur général) et le duo maison Laurent Sempéré-Julien Arias, après la démission du coach sud-africain Heyneke Meyer à la mi-novembre, le Stade Français, à la dérive en Top 14 depuis le début de la saison, retrouve enfin le sourire.

« Il y avait une formidable ambiance au stade, se réjouit Max Guazzini, fondateur et ancien président de la Pink Army. Lors du troisième essai, on s’est pris dans les bras avec Thomas [Lombard], c’était un grand moment. Le public parisien a vécu une très belle soirée. Pour moi ça y est, le rugby est de retour à Paris. Qui aurait pu imaginer ça il y a encore quelques mois avec toute la paranoïa qui s’était installée dans le club autour de l’ancien coach ? »

Le vestiaire a eu la peau de Meyer

Ces changements drastiques à la tête du club étaient devenus nécessaires pour lui éviter de connaître le drame d’une relégation en fin de saison. A l’intérieur, la situation était intenable. Après s’être mis à dos une bonne partie des historiques du vestiaire dès la saison dernière, l’entraîneur sud-af, dont les méthodes brutales avaient fini par gaver les joueurs, a cramé tous ses jokers. « Depuis un an et demi, le club était dirigé par des incompétents, lâche Max Guazzini. Les joueurs accusaient un gros retard dû à une prépa physique lamentable. Ils n’ont rien foutu aux entraînements car ils s’emmerdaient, ils avaient perdu la motivation. Là, je ressens à nouveau un certain enthousiasme. »

« Et quand certains ont voulu l’ouvrir, ils se sont fait dégager, poursuit la figure historique du club. Meyer s’est débarrassé de tous ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre. Je pense à Parisse, Flanquart, Plisson ou Camara, qui étaient des enfants du club. Quand un club vire ses enfants, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne plus rond. » Le président Hans-Peter Wild a finalement choisi d’écouter les frondeurs qui réclamaient un retour aux fondamentaux avec, si possible, des gens issus du cru pour les encadrer.

Si, si, la famille

La nomination de l’ancien parisien Thomas Lombard au poste de directeur général est en partie une réponse à cela. Dès son arrivée, l’ex-international tricolore décide d’ouvrir le répertoire du club pour faire appel aux anciennes gloires parisiennes, histoire de montrer aux joueurs le chemin à suivre pour retrouver les sommets. Dimanche soir, ils étaient nombreux (Dominici, Rabandan, Marconnet, Moni, Fillol, Corletto) à avoir répondu présents.

Toujours aussi disponible pour la presse que du temps où il était consultant pour Canal +, Thomas Lombard ne voyait pas les choses autrement : « Ce n’est pas la situation du club qui fait qu’on rappelle les anciens, c’est juste que c’est ça un club. Ces gars-là sont hors du temps, hors des résultats, ils ont fait le club, ils sont ici chez eux. Les avoir avec nous, c’est juste une évidence pour moi alors que ça ne l’était pas pour les gens qui étaient là avant. C’est non négociable, c’est une nécessité absolue. » « Un club de rugby, c’est une famille, pas une entreprise lambda. Si on lui enlève ça…, souffle Guazzini. S’il n’y a pas un minimum d’affect, ce n’est pas possible. »

« Tout le monde retrouve la banane »

Preuve que les temps changent, le Stade Français a renoué dimanche avec une tradition à la papa : l’ouverture des vestiaires aux médias après la rencontre. Un geste anodin ? Pas forcément. « La fermeture et le cloisonnement ce n’est pas bon, pense Lombard. On n’a rien à cacher, je trouve ça normal que la presse puisse accéder aux vestiaires. Le Stade Français a toujours fait les choses de manière un peu différente, donc si on peut retrouver ça, on ne va pas s’en priver. »

Jusqu’ici, la tactique s’avère payante. Depuis la nomination des deux néo-entraîneurs, l’équipe semble se transformer de jour en jour. « Mentalement, c’est une équipe qui était malade, admet le nouveau directeur général. Mais quand on remet de l’humain dans tout ça, ça se ressent tout de suite. Là, on a opéré un virage, pour ne pas dire un demi-tour. Et quand sportivement ça va mieux, les joueurs retrouvent le sourire. Le sportif ça irradie tout, tout le monde retrouve la banane à l’entraînement, dans les bureaux. » Une victoire aux biscotos contre Pau (21-18), un nul à Montpellier et un succès de prestige contre Toulouse, il n’en fallait pas plus pour ramener le smile à Paris.

Adieu la dernière place

Pas encore de quoi twerker sur le toit de Jean-Bouin, mais tout de même : « La victoire contre le Stade Toulousain, ce n’était qu’un match parmi les treize qu’il reste encore à disputer. On n’est que 13e avec deux points d’avance sur Agen [dernier de Top 14]. Mais c’est vrai que maintenant on sait ce qu’on est capable de faire. On se dit que si on a la force mentale pour reproduire ça, on aura d’autres satisfactions cette saison ». De son côté, Max Guazzini ne souhaite pas se projeter. Sa nouvelle philosophie avec le Stade Français ? « Carpe Diem ».

Reste à savoir si, par superstition, les Parisiens garderont le maillot old school utilisé dimanche. « A priori ce n’est pas l’idée », répond Thomas Lombard. « On peut utiliser ce genre de leviers ponctuels pour aller impulser une mobilisation, une motivation particulière, une identification. Le bleu et rouge, c’est une belle page de l’histoire du Stade Français, mais le club aujourd’hui c’est le rose. » Comme la vie des joueurs en ce moment à Paris, c’est cohérent aussi.

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