Top 14 : Le match UBB-Toulouse est-il la nouvelle grande rivalité du rugby français ?

C’était le 30 octobre dernier. L’UBB fête sa victoire face à Clermont. La place de leader du Top 14 en bonus ce soir-là. Le speaker prend une dernière fois la parole pour donner le rendez-vous du prochain match au stade Chaban-Delmas… Et c’est là qu’une énorme bronca descend des tribunes au moment de l’évocation de l’adversaire : 
le Stade Toulousain. Des sifflets pas très rugby comme diraient certains. Mais cela a le mérite d’être clair : les champions de France et d’Europe sont attendus de pied ferme ce samedi (21 heures) pour le choc de la 12e journée du championnat, entre son patron et son second.

L’ambiance s’annonce électrique dans une enceinte archi-comble. Les 33.000 places se sont envolées en trois jours. Et cette semaine, certains petits malins cherchaient encore à trouver un billet sous le manteau, à l’image de ce supporteur de l’Union qui au culot n’a pas hésité à aller voir en plein entraînement Laurent Marti, le président du club, pour lui quémander une place. Oui, ce match fait saliver sur les bords de la Garonne. Il faut dire que la rivalité entre les deux voisins du Sud-Ouest est de plus en plus forte ces dernières saisons.

Géographique et maintenant sportive

« De facto » c’est l’affiche du moment pour Elodie Richard, la présidente du club de supporteurs « Les Burdigalais ». « La rivalité géographique a toujours existé entre nous mais aujourd’hui, elle est renforcée par celle sportive sur le terrain, poursuit celle qui accueillera ses amis de l’Amicale des supporteurs du Stade Toulousain pour un petit encas avant la rencontre. Pour le moment, la rivalité est bon enfant même si les Toulousains font, parfois, quelques excès de zèle. C’est de bonne guerre puisqu’on essaie de prendre la place du roi. »

Et c’est vrai que sur le pré, cet affrontement a pris une nouvelle dimension depuis plus deux ans avec l’arrivée de Christophe Urios en Gironde. L’UBB titille de plus en plus le big boss du rugby français avec une première place de la saison régulière avant l’arrêt de la saison 2019/2020 en raison de la crise sanitaire et surtout, la saison dernière avec deux duels en demi-finales du Top 14 et de la Champions Cup. « Le paradoxe, c’est qu’on les battait plus avant que maintenant alors qu’on est plus fort aujourd’hui. On a du mal contre eux et ça ne fait pas plaisir de se dire que la saison dernière, ils nous ont battus quatre fois. Les trois premières fois, ils nous ont vaincus à leur guise et c’était un peu vexant. Mais la dernière fois en demi-finale en juin, on se la perd un peu tout seul », décrypte Laurent Marti.

Enfin, ce sont les acteurs qui donnent aujourd’hui encore un peu plus de piquant à ce choc. Sur les bancs pour commencer avec Christophe Urios et Ugo Mola, deux managers qui ne peuvent pas s’encadrer. Une inimitié connue depuis longtemps et déjà très présente à l’occasion des duels entre Castres et Toulouse à l’époque où le premier officiait dans le Tarn. Et que dire du terrain ? Après avoir t’en fait parler d’eux avec le XV de France ces dernières semaines, Matthieu Jalibert et Romain Ntamack vont se retrouver face à face pour un duel quatre étoiles. Antoine Dupont aura son second contre lui, Maxime Lucu, et Cameron Woki fera sûrement face à la doublette Cros-Jelonch. Que du beau monde : « Cette semaine, je suis comme une enfant. J’ai 8 ans comme mon vils. Je compte les jours. J’en peux plus d’attendre », sourit Elodie Richard.

Une rivalité encore à ses premices

De l’excitation, il y en a beaucoup mois chez Jean-Marc Arnaud. Le président du Huit, une association de supporteurs du Stade, en a vu d’autres. Des grandes rivalités, il en a connu avec Clermont, Toulon ou encore le Stade Français. Ce n’est pas la toute jeune UBB qui va le faire trembler. « C’est une rivalité parmi d’autres. Des ennemis, Toulouse en a partout (rires). Mais vu leur régularité depuis deux ans, il faut les prendre très au sérieux ces Bordelais ! » Il conclut : « Ce match est beaucoup plus important pour Bordeaux que pour nous. » Et pour le coup, il a sûrement raison.

Pourquoi ? Parce que l’UBB reste sur cinq défaites d’affilée contre le Stade. C’est aussi pour ça que la rivalité n’est pour l’instant pas aussi forte qu’elle pourrait l’être. Elle a tendance à être à sens unique. Aujourd’hui, Toulouse a clairement un ascendant psychologique sur l’Union, comme sur toutes les équipes françaises voire européennes. On pense notamment au Stade Rochelais, battu deux fois en finale la saison dernière.

Il y a un truc qu’on oublie très souvent, c’est qu’il y a 14 ans quand j’ai repris l’UBB au fond de la Pro D2, le Stade Toulousain alignait déjà les titres, explique Laurent Marti. Nous, on est tout simplement un club très jeune. Donc, on compare un club confirmé et un autre qui grandit chaque jour. C’est une question de temps de construction. »

Cette histoire commune est finalement très récente entre les deux clubs. C’est peut-être aussi pour ça que l’on ne peut pas parler encore de très grande rivalité. Elle n’est qu’à ses prémices pour le moment. Malgré ça, Laurent Marti, peut-être le plus Toulousain des Bordelais (il a joué au Stade dans sa jeunesse), veille au grain. Il est hors de question que cette rivalité dérape, comme parfois sur « les réseaux sociaux avec des insultes ou des attaques physiques », rappelle Elodie Richard. Le dirigeant bordelais prévient ses supporteurs, et par ricochet ceux des Rouge et Noir : « Je les appelle à encourager très fort notre équipe mais aussi à respecter l’adversaire. Je n’ai pas aimé les  »ils sont où les Clermontois lors du dernier match » et on a entendu la même chose à La Rochelle à notre sujet. Ce n’est pas le rugby ça. » Rendez-vous ce samedi à 21 heures pour voir si tout le monde y résiste.