Tirs mortels sur le Pont-Neuf : reconstitution sur les lieux du drame

Que s’est-il passé exactement le 24 avril dernier sur le Pont-Neuf à Paris ? C’est ce que tentent de déterminer les enquêteurs ce vendredi matin grâce à une reconstitution sur les lieux du drame. Il y a deux mois, deux hommes en voiture avaient été tués par balles par un policier armé d’un fusil d’assaut, lors d’un contrôle routier.

La circulation a donc été bloquée par des fourgons de police côté nord et côté sud du pont, des cavaliers jaunes disposés sur les pavés et une voiture sombre positionnée comme le soir des faits.

Un policier de 24 ans à l’origine des tirs

Cette « mise en situation », sous l’autorité du juge d’instruction chargé de ce dossier criminel, pourrait notamment permettre de comprendre les positions respectives des différents protagonistes au moment du drame.

Le gardien de la paix ayant tiré, âgé de 24 ans, avait été mis en examen le 27 avril pour « homicide volontaire » concernant le conducteur, « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner » s’agissant du passager avant, et placé sous contrôle judiciaire.

Un drame survenu juste après la présidentielle

Dimanche 24 avril au soir, quelques heures après la réélection d’Emmanuel Macron, une patrouille de cinq policiers s’est dirigée vers une voiture garée à contresens, feux de détresse allumés, quai des Orfèvres sur l’île de la Cité, pour contrôler le véhicule, selon le compte rendu d’intervention de la police.

Alors que les policiers s’approchaient de l’avant de la voiture, celle-ci a démarré et aurait « foncé vers un des fonctionnaires qui s’est écarté pour l’éviter », toujours selon la version déclarée alors par les fonctionnaires de police.

« Le seul » policier sur place à être armé d’un fusil d’assaut a alors ouvert le feu sur le véhicule qui prenait la direction du Pont-Neuf où la voiture a terminé sa course après être montée sur un terre-plein.

Le conducteur, Fadjigui, âgé de 25 ans, et le passager avant, Boubacar, âgé de 31 ans, sont morts. Tous deux étaient nés à Paris et résidaient dans le 20e arrondissement de la capitale.

Un passager arrière de la voiture avait également été blessé. D’après des éléments de l’enquête dévoilés mardi par Mediapart et Libération, ce troisième homme était monté dans la voiture pour une transaction de stupéfiants.

Quid de la trajectoire des balles ?

Toujours selon les deux médias, le policier a invoqué la légitime défense, après avoir tiré à dix reprises. Ses balles mortelles ont atteint les victimes par le côté et l’arrière, une trajectoire qui ne semble guère compatible avec cette thèse de la légitime défense.

Selon RTL, le jeune policier venait d’être formé au maniement du fusil d’assaut seulement deux semaines avant qu’il n’en fasse un usage mortel.

La position du gardien de la paix ayant tiré, sa présence sur la trajectoire du véhicule, la vitesse de la voiture et la capacité que ce fonctionnaire avait de l’éviter, sont au cœur de l’enquête.