Thibaut Pez, le journaliste politique reconverti en chanteur pop romantique

Le chanteur Thibaut Pez. — Marie Rouge

  • Thibaut Pézerat a abandonné il y a deux ans le journalisme politique pour se consacrer à la chanson en tant que Thibaut Pez.
  • A 32 ans, il a sorti ce vendredi son premier EP, « Garçon formidable ».
  • « Je suis un homo qui parle d’hommes dans ses chansons d’amour. Je suis convaincu qu’un mec gay qui parle d’amour est aussi universel qu’un mec hétéro qui parle d’amour », assure-t-il à 20 Minutes.

Des écoles aux rédactions, il est coutume de dire que le journalisme mène à tout à condition d’en sortir. Une formule que Thibaut Pézerat a fait sienne. Il y a deux ans, ce reporter spécialisé en politique, passé par LCI, Europe 1 et Marianne, a claqué la porte du métier et élidé son patronyme pour prendre le chemin de la musique. Résultat : vendredi, Thibaut Pez a sorti, à 32 ans, son premier EP de quatre titres, Garçon Formidable.

Petit retour en arrière, quelques mois avant la présidentielle de 2016. Le jeune Parisien est en plein « grand écart ». « En journée, je couvrais la campagne de Fillon, je signais des papiers sur Pénélope et les affaires. Le soir, quand je rentrais chez moi, je me mettais à bidouiller des prods, à écrire des paroles sentimentales », raconte-t-il à 20 Minutes. A l’époque, il semble de plus en plus prêt à concrétiser son rêve d’enfant : devenir chanteur.

« Mes anciens confrères se sont demandé ce qui me prenait »

Thibaut Pez a grandi dans une famille à la fibre musicale. Son père est guitariste, pianiste, tromboniste. Son frère est saxophoniste, pianiste, guitariste. Lui, a commencé le piano à 8 ans et ses dix ans de conservatoire font la fierté de ses parents. Au lycée, il se met à la basse au sein d’un groupe. Puis, une fois le Bac en poche, il remise ses rêves de scènes et d’albums. « J’avais tellement peu confiance en moi, je me disais que je n’y arriverais jamais dans la musique. Même si j’écrivais des chansons », confie-t-il. Il choisit alors la voie du journalisme. « Il fallait faire un métier sérieux, avance-t-il. C’était une manière pour moi de me connecter à l’écriture de façon professionnelle. »

Passionné de politique et « par la marche du monde d’une manière générale », ce plan de carrière ne lui fait pas violence. Les années passent, ses reportages et comptes rendus aussi. Puis une rupture sentimentale « douloureuse » vient perturber sa routine. Elle fait office de déclic. « J’ai écrit Que tu meures [la première chanson de l’EP], réussissant à traduire en musique ce que je ressentais, ça a été libérateur. » C’est parti pour le « grand écart », politique le matin, musique le soir, jusqu’à ce que Thibaut Pez décide enfin de ne se consacrer qu’à la chanson.

« Mes anciens confrères se sont demandé ce qui me prenait. Je pense qu’ils regardent ça avec circonspection », imagine l’artiste qui précise que faire le saut dans l’inconnu n’a pas été aisé. « Je n’appartiens pas au sérail, j’ai assez peu de potes musiciens, ça a été un peu compliqué de trouver un producteur. J’ai contacté pas mal de monde et quand tu n’as pas d’amis dans le milieu, c’est difficile », affirme le chanteur. Il finira par croiser la route du producteur de The Pirouettes et du mixeur d’Eddy de Pretto avec lesquels il a donné naissance à Garçon formidable.

« Romantisme gay »

Sur ce début de parcours à pas feutrés, le trentenaire est philosophe : « Ce démarrage plus lent m’a permis de prendre du recul sur moi et de savoir ce que je voulais défendre en tant qu’artiste. » Il entend « donner à voir une vision d’un romantisme gay assez peu représenté dans la musique en France. » Sur la pochette de son EP, il apparaît torse nu sous un voile blanc. Un clin d’œil à la photo de couverture du Mausolée des amants d’Hervé Guibert, œuvre majeure de la culture queer. « Je suis un homo qui parle d’hommes dans ses chansons d’amour. Je suis convaincu qu’un mec gay qui parle d’amour est aussi universel qu’un mec hétéro qui parle d’amour », assure-t-il.

Ses références musicales vont de son « idole » Etienne Daho à « un peu » de Mylène Farmer, en passant par les Smiths, Robyn – « elle est ultra-cool, la meuf parfaite » -Radiohead ou LCD Sound System. En conséquence, les quatre morceaux de son EP naviguent dans les eaux d’un spleen joyeux, qu’il commence à partager sur scène. Il y a quelques mois, il a assuré la première partie d’un concert de Juliette Armanet, avec laquelle il est depuis devenu copain. « C’était une salle de 1.000 personnes avec des lumières en plein dans la gueule. C’était un exercice vivifiant. L’accueil a été super bon, alors que le public ne s’était pas déplacé pour moi. J’ai reçu plein de messages d’encouragements, j’étais en larmes. » Loin du monde politique, Thibaut Pez n’en a pas fini avec les grands soirs.

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