Texas, Kentucky, Bondy… Mais il sort d’où, cet accent de Kylian Mbappé en anglais ?

Kylian Mbappé et sa maîtrise remarquable de l’espagnol dans les interviews d’après-match de PSG-Real avaient fait les gorges chaudes de ses groupies madrilènes. Enfin avant le drame, la traîtrise, le reniement, le « mercenaire, plus jamais dans mon club », et toutes ces fadaises qui voleront en éclats pas plus tard que l’été prochain. Verdict unanime, à l’époque : le Français, influencé par la forte colonie argentine du PSG, parlait l’ibère avec un léger accent de Buenos Aires, sans aller jusqu’à chuinter tous les Y qui se ramènent.

Que dire, alors, de cette vidéo impayable du champion du monde interrogé en anglais par EA sports sur ses notes dans le jeu FIFA 2023, séquence tournée pendant ses vacances estivales aux Etats-Unis, qui caracole déjà à plus de 2 millions de vues en quelques heures ? En fermant les yeux pour se concentrer sur le son, on a repensé à l’imitation magistrale de Donald Trump by Michael J. Fox entendue récemment. Cette fois ? Une parodie un poil malaisante de 50 cent ou quelque chose comme ça. « Noowwwwwwwwww defeeeeeeeeeeeeeeence meeeeen », sérieusement ?

Mbappé, qu’on a déjà entendu parler anglais quelques fois sans s’affoler plus que ça de ses manières, force ici à mort son accent de la « West Coast », où l’idée qu’on s’en fait, parce que bon, l’anglais, c’est pas notre meilleur atout pour réussir dans la vie. On s’est donc tournés vers des spécialistes de la chose, profs d’anglais a minima, bilingues souvent, et ayant traversé les US de fond en comble ou presque, pour savoir si oui ou non Kylian Mbappé a trop maté Friday night lights entre deux mises au vert avec le PSG.

« On se demande d’où sort le mec »

Raphaël, notre premier témoin, écoute la vidéo à l’aveugle. Première impression ? « On se demande d’où sort le mec. D’abord, on pense à un Africain qui vit aux Etats-Unis. Il essaie de prononcer à l’américaine parfois. Puis il y a des intonations qui rappellent les Caraïbes. Trinidad et Tobago, la Jamaïque… C’est un mix de tout ça. »

On enchaîne avec Etienne, qui se prend au jeu direct : « Laisse-moi le temps de passer à travers ce filtre de mauvaise prononciation pour t’en dire plus. » Derrière, c’est presque une thèse de linguiste. « Alors il y a un accent français très fort, avec des intonations africaines comme on peut en entendre là-bas. Mais personne peut dire que ça sonne comme au Tennessee ou Texas parce que la plupart des sons sont mal prononcés de toute façon. Il force grave sur l’intonation noire américaine, c’est un accent standard, pas régional mais plutôt communautaire. »

Comme un jeu, en quelque sorte, puisque dans ses autres interviews accordées à des médias en langue anglaise ces dernières années, l’accent de Kylian Mbappé est beaucoup moins travaillé, complète Etienne : « D’habitude, il a un accent très français, avec une pointe d’accent espagnol, comme s’il avait appris certains mots au contact d’un hispanophone qui lui parlait en anglais. » Damien, notre troisième homme, rebondit en blaguant à moitié : « Il y a quelque chose dans la voix d’un acteur de second plan dans la série Narcos. Un colombaméricain, quoi. » Métaphore raccord avec cette photo instagram du loustic déguisé en « gringo » il y a quelques mois ?

« Mouais, il y a toujours une pointe d’élocution africaine qui sort de je ne sais où, rétorque Etienne. Ça peut ressembler un peu à l’accent des Antilles britanniques parfois, avec ce flow rapide et ces voyelles plates, mais pour moi c’est le mélange de ses influences qui donnent ça… Sauf s’il a appris l’anglais dans le nord de Londres, au contact des descendants de Jamaïcains. »

Ce qui est amusant, finalement, dans l’affaire, c’est de voir, ou plutôt d’écouter Mbappé jouer avec des accents différents dans une langue qu’il ne maîtrise qu’imparfaitement, un détail qui fait bondir les universitaires de tout poil. « Ce que je dis aux candidats qui passent le Capes d’anglais, c’est de montrer le plus consistants possible, souligne Raphaël. Je prends l’exemple d’un étranger qui passerait le Capes de français et qui commencerait son oral avec un accent marseillais avant de finir avec l’accent québécois. Ça n’aurait pas de sens. Mieux vaut un accent neutre, même si ça sonne français ». Bon Kylian, ça sent pas bon pour cette reconversion en prof d’anglais à 40 ans. C’est bête, il y a des places de libre.