Terrorisme: «La virilité d’un homme ne se mesure pas au nombre de poulets égorgés!»

Le nouveau Palais de justice de Paris aux Batignolles. (Illustration) — SIPA

Cüneyt Kolankaya, 22 ans, a été, sans le savoir, l’une des stars d’un documentaire diffusé sur Canal + en mai 2016. Le réalisateur du film, intitulé sobrement Soldats d’Allah, avait infiltré un groupe de jeunes Français radicalisés dont le rêve était de mourir en martyr, en France ou en Syrie. « Je me sentais inutile, j’avais besoin de faire quelque chose de ma vie », explique ce mercredi à la barre celui qui avait été désigné « émir » de la bande. « Je voulais aider les populations syriennes », ajoute-t-il. « En mourant en martyr ? » rétorque la présidente, Isabelle Prévost-Desprez.

Chemises à carreaux, cheveux bruns assez courts, Cüneyt Kolankaya est jugé, aux côtés de deux autres personnes, jusqu’à vendredi à Paris pour association de malfaiteurs à visée terroriste. La justice le soupçonne d’avoir incité plusieurs personnes, avec qui il communiquait sur la messagerie cryptée Telegram, à partir en Syrie. Il est aussi accusé d’avoir voulu organiser un attentat en France. Dans le fameux documentaire, il disait vouloir attaquer des militaires, des gendarmes, des écoles de droit « d’où sortent les futurs juges qui jugeront à la place d’Allah », des médias. Il voulait voir « des milliers de Français » mourir.

« Tout est dans l’exagération »

« Ce n’est pas sérieux ! » s’est défendu ce natif de Chateauroux qui se décrit comme un jeune paumé. Il a longuement insisté sur le fait qu’il n’aurait pas été « capable » de commettre un attentat en France. Un informateur avait pourtant soufflé aux enquêteurs qu’il cherchait à se procurer des armes pour passer à l’acte quelque part en Europe. Mais Cüneyt Kolankaya jure à la cour que tout ça est « complètement faux ». Certes, il avait affirmé à un proche qu’il approuvait « les exactions et les décapitations pour faire peur à l’ennemi ». Mais « tout est dans l’exagération », nuance-t-il.

La présidente lui rappelle qu’un couteau a été découvert sous son oreiller. C’était pour « impressionner », argue-t-il. Dans son téléphone ont été trouvées une vidéo montrant un pilote jordanien brûlé vif par des djihadistes de Daesh ainsi que des images où on le voit égorger des poulets. Mais il assure qu’il ne s’entraînait pas de cette manière à trancher des gorges. « C’est comme les photos de mes parents à la fête de l’Aïd avec le mouton. » Et la présidente de lui répondre : « La virilité d’un homme ne se mesure pas au nombre de poulets égorgés. »

Inès Madani interrogée jeudi

A ses côtés, dans le box, Inès Madani, 22 ans. Veste blanche, tee-shirt clair, les cheveux attachés en chignon, la jeune femme avait fait parler d’elle dans un autre dossier très médiatisé. En septembre 2016, à Paris, elle avait tenté d’enflammer une voiture remplie de six bonbonnes de gaz, près de Notre-Dame. Pour ces faits, elle sera jugée en septembre prochain.

En attendant ce nouveau procès, elle sera interrogée jeudi, a indiqué la présidente à la presse lors d’une suspension d’audience. Elle est soupçonnée de s’être fait passer sur Telegram pour un djihadiste rentré de Syrie afin d’user de son influence.

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