Tensions avec l’Algérie : Un employé de Bercy mis en examen pour espionnage à la solde d’Alger

Victime de manipulation ou véritable espion ? Les enquêtes devront mettre faire la lumière sur le cas d’un fonctionnaire de Bercy mis en examen en décembre dernier et placé sous contrôle judiciaire, selon une information dévoilée mercredi. L’homme en question est soupçonné d’« intelligence avec une puissance étrangère », « livraison à une puissance étrangère d’information sur intérêt fondamental à la nation » et « exercice d’activités pour s’informer sur les intérêts fondamentaux de la nation pour une puissance étrangère », a précisé le parquet de Paris. Autrement dit, il est poursuivi pour espionnage.
Il aurait été « en contact régulier avec une personne de nationalité algérienne travaillant au consulat d’Algérie de Créteil », et « de lui avoir transmis des informations personnelles et sur les demandes d’asile » concernant des Algériens, et notamment « des opposants notoires au régime politique en place », a précisé le ministère public. Une affaire particulièrement sensible au moment où les tensions entre Paris et Alger sont tenaces.
Un fonctionnaire manipulé ?
Mais son avocat, Me Sipan Ohanians, affirme de son côté que son client était « victime d’une campagne de menaces et de manipulation d’une puissance étrangère ayant resserré l’étau autour de lui ».
D’après une source proche de l’enquête, l’Algérien qui exerçait au consulat d’Algérie de Créteil depuis fin 2022 était le commanditaire des renseignements : il bénéficiait selon elle d’une « couverture » et travaillait pour les renseignements algériens. Lui n’a pas été mis en examen à ce stade, couvert par l’immunité diplomatique, précise Le Parisien.
Selon la source proche de l’enquête, cet agent demandait des informations à l’employé de Bercy sur des ressortissants algériens, dont des opposants connus tels qu’Amir Boukhors et Mohamed Larbi Zitout, tous deux sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour terrorisme, ou encore des personnalités influentes comme l’influenceur Chawki Benzehra, mais aussi un journaliste réfugié, un Algérien ayant porté plainte en France contre un général…
Ces personnes ont, pour « certaines », été « victimes de violences, menaces de mort ou tentative d’enlèvement », a souligné la source proche de l’enquête, sans donner davantage d’éléments sur le lien éventuel de causalité.
Des confidences sur l’oreiller
Comment le fonctionnaire de Bercy obtenait-il ces informations ? D’après une source proche du dossier, il avait noué une « relation intime » avec une assistante sociale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), qu’il sollicitait pour qu’elle consulte un logiciel confidentiel et obtenir des renseignements. La quadragénaire a été mise en examen le 7 février pour violation du secret professionnel, selon le parquet.
Au cours des investigations, elle a assuré n’avoir touché aucune contrepartie, d’après la source proche du dossier. Contacté, son avocat Fabien Arakelian n’a pas souhaité s’exprimer.
Nos derniers articles sur les tensions avec l’Algérie
L’affaire remonte à juin 2024 quand la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a été alertée d’une relation entre un employé de Bercy et un fonctionnaire algérien.
En novembre, les investigations étaient confiées à deux juges d’instruction pour « intelligence avec une puissance étrangère, livraison à une puissance étrangère d’information sur intérêt fondamental à la nation, soustraction et divulgation de secret-défense nationale par son dépositaire, provocation à un crime de trahison ou espionnage non suivie d’effet, et violation du secret professionnel ». Les investigations se poursuivent.