Tauromachie : Peut-on encore, aujourd’hui, défendre la corrida ?

Ce jeudi, la corrida entre dans l’arène de l’Assemblée nationale. La proposition de loi d’Aymeric Caron (Nupes) d’interdire cette tradition, encore en vigueur dans une poignée de villes du sud de la France, sera examinée par la commission des lois. Ce texte, qui vise à bannir cette pratique jugée barbare, débarque alors que la corrida fait l’objet, depuis plusieurs années, d’attaques de plus en plus virulentes de la part de ses opposants.

Plusieurs (petites) communes y ont d’ailleurs renoncé. A Palavas-les-Flots (Hérault), pour des raisons économiques et de désaffection grandissante du public, indiquait la station balnéaire, en 2017. A Vergèze (Gard), c’était, officiellement, en 2020, pour des raisons de sécurité. Mais le débat qui fait rage autour de cette tradition a sans doute mis le dernier coup de corne, dans ces mairies. Peut-on encore, aujourd’hui, défendre la corrida ? 20 Minutes a posé la question à des aficionados, qui n’ont pas prévu de baisser la garde.

« On peut être jeune et défendre la corrida »

Dominique Valmary, le président de la Fédération des sociétés taurines françaises, reconnaît que défendre la corrida est devenu « compliqué ». « Mais nous y parvenons, nous avons des arguments », confie-t-il. « Nous défendons une communauté culturelle, explique Dominique Valmary. Nous défendons aussi le taureau de combat, et son élevage, qui disparaîtrait si on supprimait la corrida, car il n’est pas économiquement profitable, en matière de production de viande ou de lait. Le taureau a des conditions de vie idéales, jusqu’à l’âge de quatre ans, et, ensuite, peut démontrer ses qualités d’agressivité dans l’arène. C’est le seul herbivore qui a pour système de défense l’attaque. » Et la souffrance du taureau, et sa mise à mort dans une effusion de sang, dénoncées par les opposants, comment la justifier ? « Nous répondons que nous mettons en valeur le taureau, jusqu’au bout de sa raison d’être », poursuit le chef de file des clubs taurins.

Corentin Carpentier, passionné de tauromachie, et porte-parole de l’Union de la jeunesse taurine de France, assure qu’il est « évidemment encore possible, aujourd’hui, de défendre la corrida. On peut même être jeune, aujourd’hui, et défendre la corrida. » Dans les territoires ruraux, où la tauromachie est implantée, « le débat ne fait pas rage, comme on a tendance à le voir dans les médias, au niveau national, poursuit ce trentenaire nîmois. Nous sommes face à un clivage territorial, entre ceux qui vivent leur passion librement, sans jamais rien imposer à personne, et ceux qui voient la tauromachie par un petit bout de la lorgnette, à travers des vidéos, sorties de leur contexte. »

« S’ils n’aiment pas la corrida, ils n’ont qu’à pas y aller »

Car ce qui se passe dans l’arène, poursuit-il, « n’est que la conclusion d’une culture beaucoup plus large, immensément respectueuse du bien-être animal ». Et il n’est pas pertinent, note l’aficionado nîmois, de « mettre sur un même pied d’égalité, son chien ou son chat de compagnie, avec un taureau de combat, à qui nous avons permis de conserver sa nature profonde, l’aspect sauvage et la combativité ». Pour défendre leur passion, face au déferlement de vidéos où l’on voit de pénibles images de taureaux dans l’arène, l’Union de la jeunesse taurine de France contre-attaque. Lundi, la fédération a publié une vidéo, déjà vue plus de 20.000 fois, où une jeune vétérinaire et éleveuse de taureaux explique son amour pour la corrida, et pourquoi il ne faut pas qu’elle disparaisse.

Laurent Jaoul (sans étiquette), lui aussi aficionado, sera, la semaine prochaine, à l’Assemblée nationale, pour s’opposer au texte d’Aymeric Caron. Comme d’autres élus de France, le maire de Saint-Brès, une commune de l’Hérault de quelque 3.200 habitants, assistera aux débats. Depuis toujours, il défend « toutes les traditions de notre pays, la chasse, les chasses traditionnelles, la course camarguaise, et la corrida », confie-t-il. « Bien sûr, on peut encore défendre la corrida, note Laurent Jaoul. Mais je suis aussi parfaitement conscient que ça se restreint, avec le lobby écologiste. Mais on est là. »

« Nous avons un avenir »

L’élu a d’ailleurs écrit aux députés de l’Hérault, ces dernières heures, pour leur demander « de rejeter cette proposition de loi ». « Aux opposants, je réponds que s’ils n’aiment pas la corrida, ils n’ont qu’à pas y aller, gronde-t-il. Moi, par exemple, je n’aime pas les combats de boxe. Ce n’est pas mon truc, je n’y vais pas. Vous savez, dans une corrida, le taureau, il va au combat. Il a plus de chances de s’en sortir que celui qui part à l’abattoir. »

A l’approche de l’examen du texte de la Nupes, Corentin Carpentier s’interroge. « Est-ce que l’on fait de la politique à l’émotion ? Ou est-ce que l’on fait de la politique de façon pragmatique, en prenant en compte tous les tenants et les aboutissants d’une culture qui fait vivre des gens, qui rend heureux des gens ? » Le Nîmois ne pense pas que les opposants parviendront à enterrer sa passion. « Nous avons un avenir, assure-t-il. Nous n’avons jamais vu autant de jeunes qui reprennent l’élevage de leurs parents. De jeunes qui s’investissent dans des associations. Tous les jours, des jeunes nous appellent. »