Taïwan : Avec sa visite, Nancy Pelosi a cultivé « l’ambiguïté stratégique » américaine face à la Chine

Des tensions mais, pour l’instant, sans explosion. Alors que Nancy Pelosi a quitté Taïwan mercredi soir, la Chine a promis de redoubler ses exercices militaires jeudi et annoncé des sanctions commerciales contre l’île en représailles. Voici ce qu’il faut retenir de ces 48 heures de poker menteur.

Ce qu’a dit, et accompli, Nancy Pelosi

Nancy Pelosi a dit être venue « en paix ». Mercredi, on a assisté à une poignée de mains symbolique entre la première femme Speaker de la Chambre des représentants et la première présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen. Nancy Pelosi a également rencontré des parlementaires ainsi que des dissidents, notamment l’ex-leader étudiant Tiananmen Wu’er Kaixi.

Dans ce qui pourrait être l’un des derniers voyages comme patronne de la Chambre – si les démocrates perdent leur majorité en novembre lors des midterms – Nancy Pelosi a pesé chacun de ses mots. Elle a soigneusement évité de trop s’éloigner de la doctrine américaine « d’une seule Chine » principalement établie par l’ex-secrétaire d’Etat Henry Kissinger. Depuis 1979, Washington ne reconnaît qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin. Mais comme le souligne le site ForeignPolicy, Nancy Pelosi a cultivé « l’ambiguïté stratégique » américaine en venant afficher « son soutien inébranlable à la démocratie » taïwanaise, trois mois avant le congrès du parti communiste chinois lors duquel Xi Jinping briguera un troisième mandat.

Si ce timing a compliqué la vie de Joe Biden, Nancy Pelosi a reçu le soutien d’une vingtaine de sénateurs républicains. Plusieurs faucons militent pour la fin de cette ambiguïté américaine et pressent Joe Biden de tracer une ligne rouge. Ce dernier avait semblé le faire en mai dernier : en réponse à la question d’un journaliste, le président américain avait assuré que les Etats-Unis étaient prêts à défendre Taïwan en cas d’attaque chinoise. Face à la fureur de Pékin, la Maison Blanche avait ensuite clarifié qu’il n’y avait pas de changement : Washington ne s’engage qu’à « fournir des armes pour que Taïwan puisse se défendre ».

Ce qu’a répondu Pékin

Le séjour de Nancy Pelosi a déclenché l’ire de Pékin, qui considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et s’oppose avec véhémence à toute forme de reconnaissance internationale de l’île. « Ceux qui offensent la Chine seront punis », a promis mercredi le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi. A plusieurs reprises, des avions militaires chinois ont flirté avec l’espace aérien taïwanais.

Le ministère chinois de la Défense a promis des « actions militaires ciblées », avec une série de manoeuvres militaires autour de l’île qui commenceront jeudi, dont « le tir à munitions réelles de longue portée » dans le détroit de Taïwan, qui sépare l’île de la Chine continentale. Et la Chine « répliquera avec vigueur » si l’armée taïwanaise cherche à perturber ses exercices militaires, a déclaré mercredi soir à l’AFP une source anonyme au sein de l’armée chinoise. Selon les coordonnées publiées par l’armée chinoise, une partie des opérations militaires doivent avoir lieu à 20 kilomètres des côtes de Taïwan.

Ce qu’a répondu Taipei

La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, a affirmé de son côté que l’île « ne reculerait pas » face à la menace de la Chine et les chefs de la diplomatie des sept pays les plus riches du monde (G7) ont estimé que « la réponse en forme d’escalade » de Pékin « risque d’augmenter les tensions et de déstabiliser la région ».

« Nous allons (…) continuer à défendre la démocratie », a affirmé la présidente de Taïwan. « Face à des menaces militaires délibérément accrues, Taïwan ne reculera pas », a martelé la présidente taïwanaise. « Certaines des zones des manoeuvres de la Chine empiètent sur (…) les eaux territoriales de Taïwan », a déclaré le porte-parole du ministère taïwanais de la Défense, Sun Li-fang.

Le ministère taïwanais de la Défense a assuré que l’armée allait « protéger la sécurité nationale ». Plusieurs navires américains croisent également dans la région, dont le porte-avions USS Ronald Reagan, selon des sources militaires américaines.