Syrie: Le point sur l’offensive turque contre les forces kurdes

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) se préparent à attaquer le dernier bastion de Daesh à Baghouz, en Syrie, le 13 mars 2019. — Maya Alleruzzo/AP/SIPA

  • Donald Trump a annoncé le retrait des forces américaines de la frontière turque en Syrie, ouvrant la voie à une offensive militaire turque contre les Kurdes du YPG. 
  • Les Turcs souhaitent créer une zone tampon de 30 kilomètres de profondeur et près de 500 kilomètres de largeur pour éloigner les milices kurdes de la frontière avec la Turquie.
  • La Turquie considère les YPG, alliés des Etats-Unis contre Daesh, comme un groupe « terroriste », au même titre que l’EI. 

Les troupes américaines déployées dans le nord de la Syrie ont débuté, ce lundi, leur retrait de plusieurs secteurs proches de la frontière turque, ouvrant la voie à une offensive militaire turque contre les forces kurdes, pourtant des alliées de Washington dans la lutte antidjihadiste.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils décidé de retirer leurs troupes ? La Turquie va-t-elle lancer une offensive militaire ? Comment réagit la communauté internationale ? 20 Minutes fait le point sur la situation.

Que se passe-t-il en Turquie ?

Samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réitéré la menace de lancer une opération en Syrie contre une milice kurde (YPG) considérée comme « terroriste » par Ankara, mais alliée de Washington. La semaine dernière, le président turc avait affirmé que son pays arrivait à bout de patience envers les Etats-Unis au sujet de la création d’une « zone de sécurité ». En août dernier, les Etats-Unis et la Turquie avaient convenu d’établir une zone tampon de 30 kilomètres de profondeur et près de 500 kilomètres de largeur dans le nord de la Syrie pour éloigner les milices kurdes de la frontière avec la Turquie. Mais Ankara s’est plaint à plusieurs reprises de la lenteur de la mise en place du dispositif.

Auparavant, Recep Tayyip Erdogan avait averti Washington que la Turquie donnait aux Etats-Unis jusqu’à la fin septembre pour des résultats concrets dans la mise en place de cette zone tampon et que, dans le cas échéant, elle déclencherait une opération contre les YPG. « A ce stade, nous n’avons d’autre choix que de poursuivre sur notre propre voie », a déclaré Recep Tayyip Erdogan la semaine dernière. « Nous avons tout essayé. Nous avons été extrêmement patients », avait-il ajouté. « Nous ne pouvons plus perdre un instant. »

Que veut le gouvernement turc ?

Les YPG ont été le fer de lance de l’offensive d’une coalition internationale ayant permis de vaincre militairement le groupe Etat islamique (EI). Les combattants kurdes ont été soutenus par les pays occidentaux. Mais pour Ankara, les YPG sont un groupe « terroriste », au même titre que l’EI, en raison de leurs liens étroits avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre depuis 1984 une sanglante guérilla sur le sol turc. Lundi, le porte-parole du président turc, Ibrahim Kalin, a indiqué que cette « zone de sécurité » était également destinée à accueillir des Syriens réfugiés en Turquie, où ils sont plus de trois millions à avoir fui depuis le début du conflit ravageant leur pays. Cela permettrait à Ankara de faire d’une pierre deux coups : éloigner la « menace » des YPG et réduire le nombre de Syriens vivant en Turquie.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils décidé de retirer leurs troupes ?

Dimanche, la Maison Blanche a annoncé que les troupes américaines stationnées en Syrie allaient se retirer des abords de la frontière turque. « La Turquie va bientôt mettre en œuvre son opération prévue de longue date dans le Nord de la Syrie ». « Les forces américaines ne vont pas soutenir ou être impliquées dans l’opération et les forces américaines, qui ont vaincu le « califat » territorial de l’Etat islamique, ne seront plus à proximité immédiate », a-t-elle ajouté. Donald Trump, lui, a expliqué qu’il voulait laisser aux protagonistes impliqués dans ce conflit le soin de « résoudre la situation » eux-mêmes, confirmant sa volonté de désengagement dans la région : « La Turquie, l’Europe, la Syrie, l’Iran, l’Irak, la Russie et les Kurdes devront maintenant résoudre la situation et déterminer ce qu’ils veulent faire des combattants de l’EI capturés dans leur « voisinage » ».

« Les Kurdes ont combattu avec nous mais ils ont reçu énormément d’argent et de matériel pour le faire. Cela fait des décennies qu’ils combattent la Turquie. Je me suis tenu à l’écart de ce conflit pendant presque trois ans, mais il est temps pour nous de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales », a ajouté le milliardaire républicain. « Nous nous battrons là où nous y trouvons un intérêt, et seulement pour gagner », a-t-il conclu, accusant l’Europe de penser que les Etats-Unis étaient un « pigeon ». L’annonce de dimanche soir représente un nouveau revirement dans la position américaine sur la Syrie. Les Etats-Unis estimaient jusqu’ici qu’il était nécessaire pour leurs militaires de rester dans le nord de la Syrie afin de contrer toute résurgence du groupe EI.

Comment a réagi la communauté internationale ?

Craignant une nouvelle crise humanitaire, l’ONU a dit se « préparer au pire » alors que le conflit en Syrie a fait des millions de déplacés et de réfugiés et coûté la vie à plus de 370.000 personnes depuis 2011. L’Union européenne a, elle, estimé qu’une offensive pourrait exacerber « les souffrances du peuple syrien ». Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont la principale composante, ont averti qu’une opération turque entraînerait une résurgence de l’EI et annulerait « des années de combats fructueux » contre les djihadistes.

Les chefs de l’EI encore en vie pourraient sortir de « leur cachette », notamment dans le désert. Une offensive menacerait aussi les prisons et camps gérés par les FDS qui abritent de nombreux djihadistes et leurs familles, ont dit les forces kurdes. Avec l’aide des Etats-Unis principalement, les FDS ont pris en mars 2019 l’ultime bastion du groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie et mis fin à son « califat » autoproclamé dans ce pays. La France a de son côté exhorté la Turquie à « éviter toute initiative » qui nuirait à la lutte contre Daesh. 

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