Syrie : Abou Hamza, un djihadiste français assez discret rangé aux côtés d’Omar Omsen

Sa mort l’aura placé sur la carte. Peu connu des spécialistes des mouvements djihadistes ou du terrorisme islamiste, Abou Hamza était un djihadiste français. Il a été tué dimanche en Syrie, lors de combat entre l’armée de Bachar al-Assad et le groupe Ansar al-Tawhid, épaulé par son groupe Firqat al Ghouraba, mené par un autre Français : Omar Omsen, aussi connu sous le nom de Oumar Diaby. Cet ancien délinquant franco-sénégalais devenu prêcheur a été qualifié de « terroriste international » par les Etats-Unis. « Avec fierté, nous annonçons à notre chère communauté la nouvelle du martyre de l’un de ses héros parmi les mouhajirin [émigrants] français, le frère Abou Hamza », a annoncé le groupe dans un communiqué sur WhatsApp lundi.

Qui était Sofiane Merabet, alias Abou Hamza ? Que faisait-il en Syrie ? Quelle est l’activité de son groupe ? A l’aide des informations recueillies auprès de Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes et auteur de L’Etat islamique, le fait accompli (Plon), et de Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT), 20 Minutes tente de retracer son parcours, depuis la Côte d’Azur au campement d’Omar Omsen dans la province d’Idlib, au nord ouest de la Syrie.

Quel est le profil de Sofiane Merabet, dit Abou Hamza ?

Sofiane Merabet, qui a pris la kunya (nom de guerre d’un djihadiste) Abou Hamza, était originaire de Nice, comme le chef de son groupe en Syrie. Il est né le 11 novembre 1994 dans la ville azuréenne, selon Jean-Charles Brisard. Il est donc mort à l’âge de 28 ans dans la région de Jabal al-Zawiya, au sud d’Idlib, « lors d’une avancée du régime d’Assad », précise son groupe.

Selon Jean-Charles Brisard, il serait arrivé en Syrie dès 2013, avant de rejoindre le groupe d’Omar Omsen en 2017. Toutefois, assure Wassim Nasr, Sofiane Merabet est bien arrivé en 2017 sur zone, intégrant dans la foulée Firqat al Ghouraba. Une arrivée tardive par rapport aux vagues de départs de jeunes français en Syrie et en Irak autour de 2014 et la proclamation du califat par l’Etat islamique, qui explique le peu d’informations circulant sur le jeune niçois. Omar Omsen – considéré comme l’un des principaux recruteurs de djihadistes français en Syrie – est, lui, parti pour la Syrie dès 2013. Quatre ans plus tard, celui qui se fera appeler Abou Hamza rejoint le recruteur niçois dans sa katiba (bataillon).

Quelles ont été son idéologie et son rôle sur place ?

Pourtant, « à la base, il était salafiste quiétiste, donc contre le djihad armé, en plus de critiquer Omar Omsen », selon Wassim Nasr. Il se laissera donc convaincre par le chef de Firqat al Ghouraba qu’il connaissait depuis Nice, leur ville commune, mais restera « discret » sur le terrain. Une chose est sûre : il n’a jamais été dans les rangs de l’Etat islamique (EI). Mais quel rôle a-t-il eu sur place ? Quelle importance avait-il dans la katiba ? Plusieurs questions restent en suspens à l’heure où sa mort a été officiellement annoncée. Il a été enterré lundi dans cette région, selon des images inédites recueillies par Wassim Nasr et diffusées sur France 24.

Dans le camp de la katiba qu’il a rejointe en Syrie, il aurait participé à l’installation de caméras et détecteurs de mouvements pour surveiller les murs d’enceinte, selon les informations de Wassim Nasr. Composé par une « écrasante majorité » de Français, Firqat al Ghouraba est un groupe de combattants étrangers, comme son nom arabe l’indique. Quelque 115 personnes y vivent : hommes, femmes, enfants… « Omar Omsen et son groupe n’ont jamais appelé à faire des attentats, ajoute le spécialiste des mouvements djihadistes. Il avait applaudi les attentats contre Charlie Hebdo, mais était contre ceux du 13-Novembre » perpétrés par l’Etat islamique (EI). En revanche le recruteur niçois continue à appeler les Français à venir se battre en Syrie ou à rejoindre l’Afghanistan.

Que fait son groupe de combattants en Syrie ?

Cette katiba située dans le nord ouest de la Syrie a été créée lors de l’arrivée sur la zone d’Omar Omsen, dès 2013. Cela fait donc presque dix ans que le Niçois vit là-bas et mène ce groupe de combattants étrangers. Il s’est fait passer pour mort en 2015 mais est réapparu finalement sain et sauf en 2016. Après quelques tensions entre les deux parties, la katiba du recruteur niçois « travaille avec les Ouïghours djihadistes » du Parti islamiste du Turkestan, explique Wassim Nasr.

Le bataillon est en froid avec Hayat Tahrir al Sham (HTS) qui tient les frontières. Omar Omsen a été emprisonné par le groupe pendant deux ans au total. Hayat Tahrir al Sham est une organisation djihadiste née d’une scission avec la branche d’al-Qaïda en Syrie et complètement indépendante du groupe terroriste depuis 2018, expliquait à l’époque Wassim Nasr. Aujourd’hui, ils combattent l’armée syrienne ainsi que ce qu’il reste de l’Etat islamique. La katiba des étrangers a par ailleurs participé à la bataille d’Idlib en 2015, lorsqu’une coalition de groupe de djihadistes et rebelles a pris la ville perdue par le régime de Damas. Mais le groupe d’Omar Omsen a toujours refusé de combattre d’autres factions djihadistes.