Surtourisme: «Il faut surtout une diversification de l’offre et un étalement dans l’espace et le temps»

Des touristes au Machu Picchu — Greg Vaughn / VWPics/SIPA

  • De plus en plus de visiteurs massés de moins en moins d’endroits… Le surtourisme est un nouveau fléau pour la planète.
  • « 20 Minutes » a interrogé Danièle Küss, experte indépendante en tourisme et ancienne cheffe du pôle Développement international du tourisme au ministère des Affaires étrangères, sur ce nouveau phénomène.

Le Machu Picchu, Venise, Barcelone. Autant d’endroits magnifiques qui sont en train d’étouffer sous un flot continu de touristes, victimes de leur réputation. Ce phénomène, nommé « surtourisme », modifie notre perception du voyageur. Jadis vu comme le Graal à atteindre, un nombre sans cesse accru de visiteurs est malheureusement aussi synonyme de gentrification des villes, de hausses des prix, de dégâts écologiques, ou encore de ravages des zones historiques.

Danièle Küss, experte indépendante en tourisme et ancienne cheffe du pôle Développement international du tourisme au ministère des Affaires étrangères, explique à 20 Minutes les rouages de ce nouveau phénomène et comment le contourner, tout en conservant les bénéfices du tourisme.

Avec le surtourisme, assiste-t-on à un changement de paradigme où le tourisme quantitatif apparaît comme mauvais au profit du tourisme qualitatif ?

Oui, et il était temps qu’on le comprenne en France ! Cela fait un moment que par exemple les Espagnols cherchent à maximiser les revenus liés au tourisme plutôt que leur nombre brut. Voilà pourquoi, même si l’Espagne a moins de touristes que nous, elle en tire plus de recettes. Il est temps en France de sortir de cette logique du plus grand nombre, pour penser à maximiser le tourisme au lieu de simplement l’augmenter.

Quelles sont les clés pour lutter contre le surtourisme ?

Pour lutter contre ce phénomène, sans impacter les recettes, et même les fortifier, il faut surtout une diversification de l’offre et un étalement dans l’espace et le temps. Lutter contre la saisonnalité, la concentration dans les mêmes sites, en proposant de l’offre ailleurs, et indépendante de la météo.

A partir du moment où l’attrait n’est ni la plage ni la montagne, cela offre un tourisme possible toute l’année, mais également étalé sur tout le territoire. Même au sein d’une même ville, comme Paris par exemple, il y a du surtourisme dans certains quartiers et des zones vides touristiquement. Le problème n’est pas le manque d’intérêt de ces zones, mais la promotion n’est pas bien faite et n’attire pas les touristes internationaux.

Comment faire alors ?

La création d’itinéraires culturels thématiques, par exemple, est une des solutions que met en place l’Europe pour attirer différemment et tout au long de l’année. Et ces circuits sont également la preuve qu’on peut s’entraider entre pays, communes, départements, ce qui est parfois une gageure en France.

Cela nécessite des campagnes de promotions, des circuits mis en place – qu’ils soient culturels donc, mais aussi scientifiques, industriels, militaires, écolos – afin de déconcentrer les pôles touristiques majeurs, mais aussi de faire profiter des avantages du tourisme à l’ensemble du pays, au lieu de concentrer les qualités et les défauts de l’offre touristique dans de rares endroits, et à de rares périodes de l’année.

Certaines villes, comme Venise, comptent mettre en place une taxe touristique, au risque de gentrifier le tourisme. En voulant lutter contre le surtourisme, n’allons-nous pas le réserver à une élite sociale ?

Je ne pense pas qu’il faille augmenter les prix pour lutter contre le surtourisme. Au contraire, étaler sur les saisons et le territoire permet une diminution des prix, puisque hors saison et hors zone ultra-touristique, les prix baissent. Un verre de vin est moins cher dans un village de l’Aveyron l’hiver qu’au pied de la Tour Eiffel l’été. Et ce n’est pas en augmentant les prix qu’on augmente les recettes : les touristes dépensent plus là où c’est moins cher.

Le cœur du problème une fois encore, ce n’est pas la démocratisation touristique, mais au contraire, le fait que paradoxalement, alors que les possibilités n’ont jamais été aussi grandes, les gens voyagent tous aux mêmes endroits. Il faut dénormaliser le tourisme et proposer d’autres circuits, d’autres promotions. L’avantage, c’est que le matériel, a fortiori en France, est là : il y a des tas de choses à visiter hors des grands axes. Du moment qu’on met sur eux un coup de projecteur.

Cette normalisation a des conséquences économiques, écologiques, sociales, mais c’est également triste à titre individuel : le voyage, c’est l’occasion d’un développement personnel extraordinaire. Faire ce que tout le monde fait et est en train de faire, c’est dommage.

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