Surpêche en France : « On doit savoir comment le poisson a été attrapé »
En France, plus de 320.000 tonnes de poissons sont pêchées chaque année, selon l’estimation de l’Ifremer. Depuis 2023, une trêve de la pêche hivernale d’une durée d’un mois a été imposée dans le Golfe de Gascogne pour réduire la mortalité des dauphins.
Plus de 320 000 tonnes de poissons sont pêchées chaque année en France, selon une estimation de l’Ifremer, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.
### Des navires usines sur nos côtes
Parmi les méthodes de pêche couramment pratiquées dans les Zones Économiques Exclusives françaises, un tiers des captures proviendrait de chaluts pélagiques. Ces navires-usines exploitent un grand filet traîné en pleine eau pour capturer le maximum de poissons, sans distinction. Les chaluts de fond, équipés d’une drague, raclent les fonds marins, tandis que les chaluts utilisant la senne piègent les bancs de poissons en les forçant à remonter à la surface grâce à un immense filet.
### Quand la pêche dépasse les limites
Les chiffres sont inquiétants : d’après l’Ifremer, les populations de poissons exploitées s’effondrent, notamment celles du maquereau, du saumon et du cabillaud. Ces espèces n’ont pas le temps de se renouveler, et les espèces marines concurrentes peinent à s’alimenter.
L’impact est également ressenti par les dauphins, les tortues de mer et les oiseaux marins, souvent capturés accidentellement dans les filets. En réponse, depuis 2023, une trêve de pêche hivernale d’un mois a été instaurée dans le Golfe de Gascogne pour réduire la mortalité des dauphins.
Pour protéger les océans, il est donc crucial de développer des techniques de pêche durables, qui privilégient une approche « douce » par opposition à la pêche de masse, comme la pêche à la ligne.
### La vérité cachée derrière les quotas
Une autre solution pour faire face à cette situation est l’instauration de quotas. Ces quotas déterminent les volumes de poissons que les autorités publiques autorisent à pêcher, s’appuyant (ou non) sur des avis scientifiques évaluant la santé des populations. En 2026, par exemple, le quota des captures de maquereaux, en déclin, a été réduit de 70 % en France.
Cependant, les quotas soulèvent un problème majeur : selon l’association BLOOM, dédiée à la conservation marine, seulement 3 % des navires de pêche sur nos côtes détiennent 50 % des poissons. Les petits pêcheurs artisans sont donc défavorisés par ces quotas.
Frédéric Le Manach, Directeur Scientifique de BLOOM, souligne l’importance de la question des quotas :
> « Ces quotas sont évalués au niveau européen. Ce sont les scientifiques qui estiment les populations halieutiques, quelle est la taille totale du gâteau, puis, les ministres des États de l’Union européenne décident de la façon dont le gâteau est réparti. Une fois que la France a récupéré sa part de gâteau, ce sont les organisations de producteurs qui vont décider quels pêcheurs ont le droit de manger cette part de gâteau. »
Il dénonce également le caractère opaque et problématique de cette décision :
> « Une espèce qui pourrait être ciblée par des artisans est allouée à de très gros bateaux qui appartiennent à une multinationale. »
En France, 13 Organisations de Producteurs se répartissent les quotas. La plus puissante, FROM NORD, basée à Boulogne-sur-Mer, détient à elle seule 44 % du quota national, qu’elle répartit entre deux grands navires-usines de plus de 80 mètres, capables de pêcher chacun jusqu’à 150 000 kg de poissons par jour. Ces navires « français » appartiennent en réalité à un petit groupe de multinationales néerlandaises, s’appropriant ainsi ce que 1 000 pêcheurs artisans côtiers auraient pu partager.
### Une seule chose à savoir : la technique de pêche
Pour bien choisir son poisson et ne pas contribuer au déclin des océans, Frédéric Le Manach recommande de vérifier si le poisson a été pêché à la ligne, au chalut ou au filet, et souligne :
> « On doit être à même de savoir si le poisson qu’on achète a été pêché à la ligne, au chalut ou filet. S’il y a une seule chose à apprendre pour bien choisir son poisson, c’est bien la manière dont il a été péché. »
Voici quelques conseils :
– Manger des poissons pêchés le long des côtes françaises, provenant uniquement de méthodes de pêche durable comme la pêche à la ligne, et éviter la pêche au chalut. Des enseignes comme Poiscaille ou l’association Pleine Mer défendent un réseau d’artisans pêcheurs français.
– Ne pas consommer les poissons situés en haut de la chaîne alimentaire, comme le saumon, le thon ou le cabillaud, qui subissent une forte pression. Privilégier des espèces comme la dorade ou le tacaud.
– Se méfier des labels souvent trompeurs présents sur les emballages.
– Végétaliser au maximum son alimentation.
La bonne nouvelle est que, lorsqu’une protection durable est instaurée, comme les trêves de pêche, les résultats peuvent être spectaculaires. Ainsi, l’Observatoire Pelagis a rapporté que 60 % des dauphins ont été épargnés pendant un mois de trêve hivernale dans le Golfe de Gascogne, et certaines populations de poissons protégées connaissent une recrudescence.
Une preuve que la nature peut retrouver son équilibre lorsque les espèces sont protégées.

