Surf : « Quand je surfe j’ai l’impression d’être exactement là où je dois être », explique Vahine Fierro

Si vous vous attardez sur le compte Instagram de cette jeune polynésienne de 21 ans, vous comprendrez très vite l’ampleur de son talent. Il regorge de vidéos et de photos toutes plus impressionnantes que les autres où elle dévale avec agilité et style des vagues gargantuesques, ou s’engouffre au creux de tubes parfaits, tout sourire malgré la menace cristalline qui la surplombe. Des images hypnotisantes, un poil démoralisantes quand on peine déjà à prendre une mousse. (Si vous manquez de vitamine D, ces clichés ne sont pas non plus pour vous).

Pour Vahine Fierro, il faut dire que glisser sur les océans est une seconde nature. « Quand je surfe j’ai l’impression d’être exactement là où je dois être !, s’exclame-t-elle au téléphone, de l’autre côté du globe. Quand je suis dans l’eau ou sur ma planche, quand je suis reliée à l’élément que j’aime le plus, je n’ai plus d’autres pensées. Je suis libre de pouvoir faire ce que je veux, de pouvoir m’exprimer comme j’ai envie, sans jugement. C’est la liberté. » Une passion dont elle a fait son métier, et qu’elle pratique quasiment depuis qu’elle sait marcher.

Cet été, 20 Minutes part à la rencontre de surfeuses passionnées de sensations fortes et d’immensités bleues. Après la surfeuse de grosses vagues Justine Dupont, la free surfeuse Léa Brassy et la pionnière Marie-Christine Delanne, le dernier épisode de cette série est consacrée à Vahine Fierro, étoile montante du surf français.

Une connexion à la mer depuis l’enfance

C’est à Huahine en Polynésie française, au cœur du Pacifique, que Vahine Fierro découvre les joies du surf dès toute petite. Ses parents, une Tahitienne et un Américain féru de la discipline, initient très tôt ses deux petites sœurs et elle aux plaisirs de la glisse. « C’était un peu notre activité de tous les jours après l’école d’aller surfer et de se défouler dans l’eau, dit-elle. Pour nous c’est une passion qu’on adore et dont on ne pourra jamais se passer. » Installée désormais près de la mythique vague de Teahupoo à Tahiti, elle ne manque d’ailleurs jamais une occasion pour retourner surfer en famille entre deux compétitions.

Car depuis près de huit ans, Vahine Fierro enchaîne les compets, le parcours classique de toute surfeuse professionnelle. D’abord à Tahiti dès l’âge de 14 ans, puis en Europe, encouragée par ses sponsors pour améliorer sa technique. Le challenge ? Se frotter à des conditions météorologiques moins clémentes et à d’autres fonds marins. « On m’a demandé de venir participer aux compétitions en France pour que je progresse dans des conditions de plages et que je m’habitue aux combinaisons. On n’en porte pas à Tahiti, et c’est beaucoup plus lourd, précise-t-elle. Pareil pour les vagues, on a des vagues parfaites donc il fallait que je parte d’ici pour en découvrir d’autres. »

Objectif top mondial

Un entraînement couronné en 2018 par une victoire aussi belle qu’inattendue : le sacre de championne du monde junior (un événement de la World Surf League, l’organisatrice du circuit pro mondial). Un titre qui n’avait pas été obtenu par une Française depuis près de huit ans, et une énorme surprise pour la surfeuse. Passant son bac la même année, Vahine Fierro n’avait pas pu se qualifier pour la finale. Mais au regard de ses résultats sur d’autres compétitions, la WSL lui a finalement accordé une précieuse wildcard, un sésame que la ligue offre à trois compétiteurs chaque année (deux hommes et une femme), pour y accéder. « Petit à petit, j’ai réussi à passer mes séries et j’ai fini par gagner. Personne ne s’y attendait parce que je n’étais même pas supposée être dedans. C’est mon meilleur résultat pour le moment et ça reste l’un de mes plus beaux souvenirs ! », estime-t-elle.

Malgré des résultats prometteurs, tout n’est pas écrit d’avance pour la jeune femme. Début juin, la Polynésienne n’a notamment pas réussi à se qualifier pour les JO de Tokyo. La concurrence est rude dans le surf, la discipline particulièrement exigeante, d’autant qu’on ne peut pas contrôler les éléments. « Je pense que tu perds beaucoup plus que tu ne gagnes. Il y a des moments où les frustrations sont très fortes mais si tu es passionnée tu arrives à les surmonter et à les utiliser comme motivation pour progresser », assure Vahine Fierro. Ses marges de progression ? Gagner en puissance, rapidité et mental. Et peut-être marquera-t-elle un jour l’histoire de la discipline à l’image de ses modèles, l’Australienne Stéphanie Gilmore, l’Hawaïen John-John Florence ou l’Américain Kelly Slater.

En attendant, la surfeuse a pour objectif d’intégrer le top mondial en fin d’année et à plus long terme, représenter la France aux JO en 2024. « Je pense que c’est le rêve de tous les athlètes, c’est aussi le mien, en plus c’est à la maison donc je ferai tout pour y participer », assure-t-elle. Le surf français a de beaux jours devant lui.