Sur la Lune, les astronautes vont devoir s’habituer au goût du chou

Faut-il condamner les pionniers de l’exploration martienne à de la nourriture sous vide lyophilisée ? A l’heure où la première mission Artemis est enfin en route pour la Lune marquant le premier pas vers l’installation d’une base permanente sur notre satellite, qui servira d’avant-poste à la conquête de Mars, cette question plutôt terre à terre reste entière. Elle est pourtant cruciale, pour la forme physique mais aussi mentale des astronautes. D’autant qu’ils vont partir de loin en matière gastronomique. « L’impesanteur provoque une forme d’agueusie [une perte du goût], il faut donc sublimer les saveurs », rappelle le chef étoilé Thierry Marx, chantre de la cuisine moléculaire et qui a déjà eu l’occasion de concocter quelques menus de fête pour le dernier séjour de Thomas Pesquet dans la Station spatiale internationale (ISS).

Pour la base lunaire, le défi « d’améliorer l’ordinaire » des locataires est encore plus grand. Et il ne sera pas intégralement relevé sur les paillasses des laboratoires comme en témoigne le partenariat assez inédit signé mercredi, non pas dans une salle blanche, mais dans les locaux du Grand Marché de Toulouse, le Rungis local. Dans cette « hybridation de l’artisanat et des cerveaux », comme la présente Thierry Marx, par ailleurs cofondateur de la chaire « cuisine du futur » à l’université Paris-Saclay, l’idée est de faire collaborer les producteurs, les professionnels de la cuisine, les acteurs de l’innovation et les scientifiques pour trouver les bonnes recettes lunaires, avec les bons ingrédients.

Plutôt du chou que des céréales

« On aime imaginer qu’on pourra fabriquer de la nourriture », souligne Caroline Laurent, directrice des systèmes orbitaux au Cnes qui trouve l’idée de cette collaboration « assez géniale ». D’autant qu’elle ne décolle pas de zéro. Il y a déjà sur le pas de tir, un engin à faire pâlir un Matt Damon tentant de faire pousser des patates seul sur Mars : la serre embarquée de la start-up toulousaine Orius, déjà sélectionnée par le Cnes dans son incubateur TechTheMoon. Dans un cube de 500 kg d’inox, un véritable potager pousse hors-sol, sans autre « intrant » que de l’eau, distillée avec parcimonie. Choux-raves, choux mizuna, soucis ou aneth, les plantations sont en quelque sorte grugées par les néons lumineux éclairant sur plusieurs longueurs d’onde et pouvant reproduire notamment un matin interminable pour qu’elles produisent un maximum de « principes actifs » naturels utiles à la physiologie des astronautes. « De la vitamine A, des antioxydants par exemple », cite Paul-Hector Olivier, cofondateur d’Orius.

Pour lui, l’alimentation spatiale aura probablement un goût de choux, bien plus concentrés en substances nutritionnelles et économes en surface. Sans paille inutile, comme pour le blé. La start-up est plutôt spécialisée dans la fourniture pour les cosmétiques. Elle aura besoin des chercheurs de l’école d’ingénieurs agronomes de Purpan pour s’améliorer sur les propriétés des cultures, des spécialistes de la clinique de l’espace (Medes) pour connaître les besoins des astronautes, et des conseils culinaires des terriens du Grand Marché pour les accommoder.