Super Ligue : Comment Florentino Perez et Andrea Agnelli ont décidé d’enterrer le foot qu’on aimait encore un peu


Florentino Pérez et Andrea Agnelli — SIPA
  • Florentino Perez et Andrea Agnelli ont orchestré la naissance de la Superligue depuis des mois. 
  • Le président du Real Madrid tourne le dos à une compétition qui a fait toute la grandeur et l’histoire de son club. 
  • Celui de la Juve a carrément éteint son téléphone ce week-end quand Ceferin, le parrain de sa fille, voulait s’assurer de sa loyauté à la Ligue des champions originelle. 

Même si cette félonie de Superligue sombre dans l’oubli qu’elle mérite, et on fera ce qu’il faut pour aider, il s’agira de ne pas oublier leurs noms. Bien plus que ceux de Glazer ou de Henry, les propriétaires américains de Manchester et Liverpool, qui sont venus exactement pour ça. Transformer le foot européen en ligue fermée comme la NBA ou la NFL. Cela en apprendra certains à se réjouir de voir certains fonds étrangers débarquer en sauveurs, et pas les plus suspicieux, mais c’est une affaire satellite de ce qui nous concerne.

Bien plus aussi, que ceux des responsables successifs des instances européennes, qui ont avivé les envies séparatistes à force de lâches compromissions, conduisant à une formule de C1 toujours moins méritante et toujours plus rémunératrice pour les clubs qui la poignardent aujourd’hui chacun leur tour dans le dos. Cela comprend d’ailleurs Michel Platini, celui qui a autorisé la naissance du monstre du Loch Ness, l’ECA. Mais on parle ici de Florentino Perez et Andrea Agnelli, les deux conspirationnistes en chef.

Perez est sorti du bois dimanche

Par qui commencer, franchement ? Florentino Perez, sans doute, le Machiavel plus accompli des deux. Jusqu’à dimanche soir, Perez n’avait jamais dit un mot en public sur ce projet alors qu’il dirige l’embarcation rebelle en sous-main depuis 2018 au moins, selon les révélations des Football Leaks de l’époque. Il a même laissé Bartomeu, son grand rival barcelonais, annoncer la nouvelle le jour de sa démission, comme on pose une bombe dans le grenier en partant. On serait curieux d’entendre l’ami Laporta sur le sujet, à ce propos : quand il était candidat, le nouveau président du Barça ne se gênait pas pour pourfendre la Superligue. Il a curieusement changé d’avis depuis. Bref.

Si l’on choisit d’être naïfs, on peut penser que le président du Real Madrid, le club qui incarne plus qu’aucun autre la grandeur de la Ligue des champions, avec 13 titres et des souvenirs éternels pour des générations de supporters, n’arrivera jamais faire avaler une trahison pareille aux socios, lesquels auront un droit de regard si le Real devait par exemple être exclu de la Liga. Ce serait oublié que le coup du club qui appartient à ses socios ressemble à un joli conte de nourrice pour endormir le petit dernier.

Les socios madrilènes n’ont pas levé le sourcil quand les statuts ont peu à peu empêché toute candidature d’un volontaire qui n’ait pas 10 millions sur son compte en banque, et on devine comment tout ça peut se terminer : « Vous voulez Mbappé à Bernabeu ? Sans l’argent de la Superligue, no es posible, gracias, adios ».

Agnelli et Ceferin, une amitié qui vient de voler en éclat

Passons à son compère Agnelli. Le boss de la Juve a un temps eu le mérite d’avancer à découvert, critiquant ouvertement une formule qui permette à l’Atalanta de se qualifier en Ligue des champions par la grâce « d’une seule saison réussie en Série A, vous trouvez ça normal, vous ? ». Ben oui Andrea, c’est le principe. Comme l’UEFA est bonne fille, elle a sagement écouté ses doléances, jusqu’à se décider sur ce format suisse, dont Agnelli disait « qu’il était proche de sa Ligue de sa Ligue des champions idéale, en permettant de grandes opportunités pour les participants et des affrontements qui font l’essence de la compétition ».

Le Real Madrid et la Juventus lors de leur dernière confrontation en Ligue des champions, en 2018.
Le Real Madrid et la Juventus lors de leur dernière confrontation en Ligue des champions, en 2018. – Marca/SIPA

C’était en janvier, avant que l’héritier de la dynastie Fiat ne refuse de décrocher son téléphone quand le nom d’Alexander Ceferin s’affichait sur l’écran ces derniers jours. Ce dernier doit l’avoir mauvaise, lui qui racontait en 2019 au New York Times qu’il n’était jamais monté dans la Ferrari d’Agnelli pour un tour gratos comme le prétendent les mauvaises langues, mais que oui, il avait accepté d’être le parrain de sa fille, « Un honneur qui va plus loin que le football ». Oups, la petite n’aura plus de cadeau à son anniversaire.

« Agnelli est la plus grande déception, a réagi le président de l’UEFA lundi. Je n’ai jamais vu une personne mentir de façon aussi persistante. Je lui ai parlé samedi après-midi et il m’a dit:  » Ne vous inquiétez pas, ce sont des rumeurs. Il ne se passera rien « . Une heure après, il avait éteint son téléphone. La cupidité est tellement forte qu’elle écrase toutes les valeurs humaines. »

L’ECA contre son ancien président

Daniel Rommedahl n’a pas élevé les chèvres avec Agnelli ou Perez, mais le directeur général du FC Copenhague et membré du comité exécutif de l’ECA qui expliquait il y a dix jours à 20 Minutes qu’il comprenait la position des très grands clubs – « Copenhague, en Europe ce n’est pas grand-chose, mais nous sommes le Real Madrid du Danemark. Je vois ce qu’ils pensent pouvoir amener » – a changé de ton :

« Copenhague s’oppose fermement à la potentielle Superligue et au principe d’une ligue privée et fermée en dehors des compétitions déjà prévue au calendrier, et trouve la méthode employée critiquable et particulièrement antipathique ». Andrea Agnelli, président de l’instance, n’a même pas daigné se connecter à la dernière réunion en visio du syndicat, en fin de semaine. Il a démissionné en douce dimanche soir.

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