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Super Bowl 2026 : La NFL ne soutient pas Trump ?

Donald Trump, à 79 ans, a préféré rester à la Maison-Blanche plutôt que de se déplacer à Santa Clara pour assister au Super Bowl opposant les New England Patriots au Seattle Seahawks. En novembre dernier, il a indiqué qu’il serait judicieux que le nouveau stade construit par les Washington Commanders porte son nom.


Si vous vous promenez dans les rues de Washington DC, dimanche, ne soyez pas étonné d’entendre un homme âgé avec un air bougon parler seul dans son coin. À 79 ans, Donald Trump a choisi de rester à la Maison-Blanche plutôt que de se rendre à Santa Clara, en Californie, pour assister au Super Bowl, mettant ainsi un terme à une tradition présidentielle qui avait débuté l’année dernière à la Nouvelle-Orléans, où un président en exercice avait assisté à l’événement.

« Trop loin », a déclaré le lauréat du Prix Fifa pour la paix, remis par son ami Gianni Infantino. En réalité, Donald Trump n’a pas apprécié la programmation musicale de l’un des événements les plus regardés au monde : Green Day en première partie et Bad Bunny lors du célèbre halftime show. « Je suis contre eux, c’est un choix terrible qui ne fait que semer la haine », a fustigé le président américain dans les colonnes du New York Post.

Trump a pu se conforter dans sa décision après les déclarations du chanteur portoricain lors des Grammy Awards, où il a appelé à « mettre dehors » la police de l’immigration américaine (ICE), qui a causé la mort de Renee Good et Alex Pretti, deux opposants aux interventions policières à Minneapolis. Michael MacCambridge, auteur de America’s Game : The Epic Story of How Pro Football Captured a Nation, a expliqué à 20 Minutes que cette stratégie permet à Trump d’éviter de parler des sujets délicats :

« La NFL n’a pas envie d’être impliquée dans les guerres culturelles de Donald Trump. Je pense que, comme beaucoup d’autres choses, le président politise quelque chose qui n’est pas particulièrement politique. On peut dire qu’il fait cela pour distraire ses supporters des coûts élevés des soins de santé, des dossiers d’Epstein ou les problèmes avec les agents de l’ICE. »

Les critiques de Trump n’ont toutefois pas empêché le commissaire de la NFL, Roger Goodell, de défendre ce choix : « Bad Bunny est l’un des plus grands artistes du monde. Il a compris l’importance de cette tribune [le Super Bowl] qui sert à rassembler les gens. » Déjà en 2017, Goodell avait répondu à Trump, qui avait traité les joueurs de « fils de pute » et demandé aux propriétaires des équipes de renvoyer ceux qui mettaient un genou à terre lors des hymnes pour dénoncer les inégalités raciales et les violences policières aux États-Unis.

« La NFL et nos joueurs donnent le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils contribuent à créer un sentiment d’unité dans notre pays et notre culture », avait déclaré Goodell. « Des propos clivants comme ceux-ci témoignent d’un regrettable manque de respect envers la NFL, notre sport et tous nos joueurs, ainsi que d’une incapacité à comprendre l’immense influence positive que nos clubs et nos joueurs exercent sur nos communautés. »

La NFL, souvent perçue comme très conservatrice, est-elle en train de se transformer, à l’instar de la NBA, en une ligue au positionnement anti-Trump ? « Il y a des signes qui laissent penser que l’orientation politique de la NFL a un petit peu changé, estime François-René Julliard, historien spécialiste des États-Unis. Jusqu’ici, la ligne dominante, c’était business avant tout. Mais on s’est un peu rapproché de la ligue la plus politisée qu’est la NBA. Avec le commissaire Goodell, il y a cette logique d’inclusion, de diversité, qui résiste en quelque sorte à Trump. »

Le docteur en histoire contemporaine souligne que la NFL, à la différence de beaucoup d’institutions comme les universités ou les entreprises privées, n’a pas beaucoup régressé sur les engagements qu’elle avait pris ces dernières années, notamment sous la présidence Biden. Cependant, même si elle prend un peu de distance avec Trump, la NFL reste plutôt prudente dans son opposition.

Alors que plusieurs joueurs de NBA ont défié les actions de l’ICE, l’écho au sein de la NFL a été bien plus limité. « Il y a moins de traditions d’activisme social en NFL », explique Michael MacCambridge. « En NBA, l’équipe tend à être plus homogène politiquement que celle d’une équipe de NFL. Le travail d’équipe étant si important et fragile, je pense que les joueurs sont moins enclins à s’exprimer, car ils savent qu’il y aura forcément un coéquipier qui aura des positions différentes. »

Quant à Colin Kaepernick, qui a lancé le mouvement #TakeAKnee en 2016, il ne pousse pas non plus les joueurs à exprimer leur mécontentement. L’ancien quarterback a été isolé de la NFL et n’a plus joué dans la ligue depuis dix ans. « La règle, c’est le non-engagement », insiste François-René Julliard. « Les contestataires sont plutôt l’exception et, en général, quand il y a une protestation, c’est lié à un contexte général plus large. Il y a peut-être aussi tout simplement le conservatisme des joueurs, l’idée que l’environnement de la NFL est teinté de patriotisme, de valeurs qui parlent au cœur des électeurs conservateurs. »

Les propriétaires des franchises de NFL font partie des plus fervents supporters de Donald Trump. Sept d’entre eux ont même fait un don d’un million de dollars pour son investiture en 2017. Parmi ces propriétaires, Robert Kraft, le patron des New England Patriots, qui a reçu Trump à plusieurs reprises dans sa franchise. Bien qu’il ait pris ses distances avec les propos de Trump en 2017, Kraft a été présent le 30 janvier à l’avant-première du documentaire Amazon Melania, qui suit la femme du président, entouré de personnalités conservatrices.

« Ce n’est pas surprenant, il y a des milliardaires qui sont très proches de Donald Trump », analyse Michael MacCambridge. « Woody Johnson, propriétaire des Jets, a notamment été un fidèle soutien lors de la campagne présidentielle en 2024. »

La NFL semble donc toujours liée à Donald Trump, et vice versa. Pendant des années, Trump a tenté de s’impliquer dans la ligue de football américain, en tentant sans succès d’acheter plusieurs franchises (Buffalo Bills, New England Patriots) et en devenant au milieu des années 1980 propriétaire d’une équipe de la United States Football League, qui essayait de concurrencer la NFL.

« Il a été élu président, et son grand rêve de posséder une équipe de la NFL n’est plus qu’un rêve », avait déclaré le propriétaire des Jacksonville Jaguars, Shahid Khan, à USA Today en 2017, après les critiques de Trump à l’encontre des joueurs. « C’est très calculé ce qu’il fait pour nuire à la Ligue. Il essaie de ternir une ligue ou une marque dont il est jaloux. » Mais Trump n’a pas dit son dernier mot.

En novembre dernier, lors d’un match des Washington Commanders, il a suggéré que le nouveau stade de la franchise pourrait porter son nom. « Il veut mettre son nom sur tout », confie Michael MacCambridge. « Il l’a fait avec le Kennedy Center à Washington. Il aurait aimé le faire avec le stade. C’est juste le modus operandi d’un mégalomaniaque. »

Un mégalomaniaque dont l’absence au Super Bowl semble rassurer l’ensemble du football américain, qui pourra poursuivre ses activités sans heurts. À la Maison-Blanche, Donald Trump devra probablement faire face à la performance de Bad Bunny. Il pourrait alors se tourner vers YouTube pour regarder « The All-American Halftime Show », un événement concurrent spécialement organisé par Turning Point USA — une organisation fondée par Charlie Kirk — qui célébrera « la foi, la famille et la liberté ». Rien que ça.