Super Bowl 2022 : L’ascension fulgurante du jeune quarterback Joe Burrow

De notre correspondant à Los Angeles,

Il y a deux ans, les Bengals étaient la pire équipe de la NFL, avec un triste bilan : deux victoires pour 14 défaites. Dimanche, Cincinnati va pourtant défier les LA Rams, et tenter de remporter le premier Super Bowl de son histoire. Un retournement improbable qui doit beaucoup à son jeune quarterback Joe Burrow. Contrairement à de nombreux cracks universitaires, « Joey Franchise », qui vient de fêter ses 25 ans, s’est adapté à la NFL à la vitesse de l’éclair. Et après la retraite de Tom Brady, il pourrait bien reprendre le flambeau.

Joe Burrow – 1,93 m pour 100 kg – a le profil typique du quarterback moderne. Fils de coach, il vient d’une dynastie qui produit des athlètes en série, mais jamais de son niveau. Dominateur au lycée, il rejoint le prestigieux programme universitaire d’Ohio State. Comme c’est souvent le cas, il cire le banc toute sa première saison.

« Tu lances comme une fille »

Selon la légende racontée par The Athletic, son coach Urban Meyer, pas vraiment réputé pour sa finesse, ne le ménage pas. Les critiques sont récurrentes : « Ton bras est faible. Tu lances le ballon comme une fille. Tu es un quarterback de division 3. » Burrow se rend alors en Californie chez le gourou Tom House, un ancien pitcher de baseball reconverti en expert biomécanique, chez qui sont passés Tom Brady et Drew Brees. Il reprend tout à zéro, avec un gros travail sur la vitesse de son footwork (jeu de jambes) pour mieux transférer l’énergie jusqu’à son bras.

Bouché à Ohio, où il ne dispute qu’une dizaine de matchs en trois ans, Burrow prend alors la décision qui va tout changer : il part pour la moiteur de la Louisiane, à l’université LSU. Sa première saison est solide (dix victoires, trois défaites, seize touchdowns et cinq interceptions). Mais c’est lors de sa dernière année, comme senior, que la métamorphose se produit. LSU réalise la saison parfaite et termine invaincu. Burrow écœure Georgia (37-10) et Oklahoma (63-28). En finale, Clemson et son Golgoth Trevor Laurence sont impuissants (42-25). Joe Burrow bat le record (à l’époque) universitaire avec 60 touchdowns en une saison pour seulement six interceptions. Une année parfaite qui doit beaucoup à l’explosion du wide receiver Ja’marr Chase, qui réceptionne à lui seul un tiers des TD lancés par Burrow (20).

Lauréat logique du Heisman Trophy (joueur de l’année), Burrow remercie un par un chaque membre de son offensive line. « Je viens de South East Ohio, où le taux de pauvreté est presque le double de la moyenne nationale. Je suis là pour tous les gamins d’Athens qui ont faim après l’entraînement », lance-t-il. Un bon mec, donc, qui pleure à chaudes larmes quand il dédicace sa victoire à son coach, Ed Orgeron, pour qui il a toujours été prêt « à foncer dans un mur ».

Précision chirurgicale

Pour un quarterback, la transition chez les pros reste une loterie. Johnny Manziel et Tim Tebow peuvent en témoigner. Les pelouses synthétiques de la NFL sont jonchées de talents broyés par des defensive tackles de 130 kg qui courent le 40 yards dash (36,5 m) en 4,5 secondes. Mais si Burrow est surnommé par certains « Joe Cool », ce n’est pas pour sa coupe de cheveux de lycéen des années 1990. Il semble ne jamais perdre son calme, même sous pression.

L’ancien quarterback Kurt Warner estimait récemment que « la plus grande force de Burrow est sa capacité à analyser la situation et à prendre des décisions en une fraction de seconde ». Un football IQ qu’il compare à celui d’un Tom Brady, allié à une précision de passe chirurgicale. Après une première saison prometteuse de Burrow écourtée après dix matchs par une rupture des ligaments croisés, Cincinnati réussit un gros coup en draftant Ja’marr Chase pour recréer l’impitoyable duo de LSU. Bilan : cette année, Joe Burrow possède le plus haut pourcentage de conversion sur la saison régulière (70 %) et de yards per attempt (distance moyenne par tentative de passe). Et même si ses stats ont légèrement baissé lors des playoffs, il a su se montrer « clutch » pour sonner la charge et remonter un déficit de 11 points sur la pelouse de Kansas City en finale AFC.

Malgré son talent, les Bengals arrivent au Super Bowl en position d’outsiders, face à des Rams qui joueront à domicile à Los Angeles. Sur le papier, Joe Burrow et Ja’marr Chase ne sont pas loin de rivaliser avec la connexion magique de LA Matthew Stafford-Cooper Kupp. Mais Cincinnati a un gros point faible : une ligne offensive en carton, qui laisse son quarterback se faire secouer comme une piñata, avec 51 sacks subis pendant la saison régulière. Dimanche, il aura sur sa route Aaron « Terminator » Donald, triple joueur défensif de l’année. S’il se prend les 130 kg du defensive tackle lancé à pleine vitesse, Joe fera face à son plus grand défi : se relever.

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