Super Bowl 2022 : Comment redonner vie au football américain en France

Dring, dring, dring ! C’est l’heure ! Mettez votre plus beau costume de NFLix et, comme tous les ans à la même période, faites semblant d’être un fin connaisseur de football américain avant le Super Bowl (non, on ne dit toujours pas finale du Super Bowl) entre les Cincinnati Bengals et les Los Angeles Rams, dans la nuit de dimanche à lundi, pour nous pauvres Français. 70.000 personnes attendues au SoFi Stadium de L.A., environ 100 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis. La fête va être folle. Beaucoup plus que de ce côté-ci de l’Atlantique, où le football américain peine encore à se faire une place. Alors, comme on est sympas, à 20 Minutes, on donne des tips pour donner vie à ce sport dans l’Hexagone.

> Avoir un Super Bowl made in France

On ne pensait pas pouvoir faire mieux que Marvel, avec la réunion des Avengers. Et bien, si, la NFL l’a fait. Dimanche, Eminem, Kendrick Lamar, Dr Dre, Snoop Dogg et Mary J Blidge seront la scène du SoFi Stadium à Los Angeles pour le traditionnel show à la mi-temps du Super Bowl. Et on peut rêver, en France, de voir Diam’s, Youssoupha, Rohff et Jul réunis au Stade de France pour pareil événement. Car, pour la finale du championnat de France, il faut se contenter du Stadium de Villeneuve d’Ascq, après être passé par Mont-de-Marsan ou Fos-sur-Mer, dernièrement.

« Recentraliser la finale à Lille, ce n’est pas vraiment le meilleur endroit, regrette Bruno Lacam-Caron, manageur général des Flash de la Courneuve. Il y a pourtant vraiment quelque chose à faire. » « La finale du championnat est vraiment un événement qui compte pour nous, assure Pierre Trochet, directeur du développement de la FFFA. En termes de financement, de stade, le budget est beaucoup plus important à Paris qu’à Lille. Lors de la finale 2015, disputée au stade Charléty, on avait perdu 180.000 €. A Lille, qui est facilement accessible, la balance est positive. »

Pour promouvoir son rendez-vous de fin de saison, dont le lieu n’a pas encore été choisi, la Fédération française compte sur le… Super Bowl. « C’est une grosse fenêtre médiatique pour nous et il faut utiliser la vague de la NFL pour promouvoir notre championnat », reprend Pierre Trochet. La FFAA a donc vu les choses en grand avec la diffusion de la finale entre les Rams et les Bengals au Grand Rex, à Paris, avec la présence d’artistes et d’acteurs du football américain en France, de 20 heures à 6 heures du matin. Petit hic, le prix : 56 € la place.

> Avoir une équipe de France qui remporte des titres

Enlevez les Barjots, les Costauds, les Experts ou tout autre sobriquet pompeux et le handball serait resté ce sport joué seulement dans les cours d’écoles. Des médailles, des titres avec la sélection nationale, et c’est toute une discipline qui bascule dans une autre dimension : de nouveaux licenciés, les médias qui s’intéressent à vous et les Champs-Elysées privatisés en cas de titre. « Par le biais des résultats en sélection, il faut que les gens sachent que le football américain existe en France, reconnaît Jean-Philippe Dinglor, le sélectionneur des Bleus. Si les gens voient qu’il y a une équipe de France qui performe ça peut leur donner envie de venir. »

Bon, pour le moment, l’équipe de France reste assez anonyme. Son dernier fait d’armes, une quatrième place, après avoir été privé de finale à cause de cas de Covid-19 dans l’équipe, à la Ligue des nations (rien à voir avec la fausse compétition au football), après avoir perdu face à la Finlande. « On est au début d’un nouveau programme, lance Dinglor. L’objectif est de rester dans les trois meilleures nations européennes et ensuite titiller les grosses nations. » Dream bigger.

> Avoir un lanceur d’alerte français en NFL

Il y a bien eu Tariq Abdul-Wahad dès 1997, mais celui qui a vraiment donné un élan au basket français, grâce à sa présence en NBA, a été Tony Parker. Et le football américain est toujours à la recherche de son prophète. « C’est clair qu’il manque ça, un joueur français qui perce, qui a une histoire qu’on puisse raconter, comme TP », confirme Benoît Sirouet, président des Black Panthers de Thonon. Depuis Richard Tardits, en 1992, aucun joueur français n’a pu se faufiler en NFL. Dernièrement, les deux Anthony, Dablé et Mahoungou, ont été très proches de rejoindre la ligue américaine. Proches, seulement.

« Notre TP à nous va bientôt arriver, ça se rapproche de plus en plus, ne désespère pas Pierre Trochet. Aujourd’hui, les filières d’accès sont plus nombreuses, avec la NCAA​, la Ligue canadienne (un peu l’antichambre de la NFL) et le programme international de la NFL. » A l’université, trois Français évoluent dans des College football de division 1, dont Junior Aho (SMU, à Dallas), « notre plus gros prospect pour atteindre la NFL », selon Trochet. Souleymane Karamoko a lui intégré le programme international. Il s’entraînera durant un mois aux Etats-Unis avant de se montrer aux franchises NFL en mars, pour, pourquoi pas, décrocher un contrat. Allez, on y croit, 2022 sera la bonne année.

> Avoir une série comme Last Chance U sur Salto

En 2016, avec Last Chance U, Netflix faisait découvrir le quotidien de l’équipe de l’université d’East Mississippi Community College, son entraîneur à très (trop) grande gueule Buddy Stephens et ses étudiants, empêtrés dans des problèmes scolaires ou comportementaux, qui acceptent de venir dans un coin paumé de 900 âmes pour relancer leur carrière. Cette série a permis à pas mal de monde de s’intéresser, de près ou de loin, au football américain. Alors, pourquoi pas ça en France ?

« On a des insides sur les équipes de France, sur la chaîne Sport en France [qui diffuse aussi des rencontres du championnat de France], avec des focus sur certains profils, explique Pierre Trochet. Mais les coûts de production, ce n’est pas la FFAA qui peut les financer. Du coup, on fait de l’autoproduction sur des formats webs. »

Alors, certains clubs s’y mettent de leur côté pour transmettre la passion du Foot US. « Il y a des choses qui se passent, avertit Bruno Lacam-Caron. On a déjà des documentaires en interne, mais on est repartis pour célébrer les 40 ans du club. Des grandes chaînes sont intéressées par ces documentaires. Et on a Frank Nataf [réalisateur du documentaire sur Anelka, sur Netflix], un ancien joueur du Flash, qui fait le lien avec les gros diffuseurs. » On attend donc la superproduction.