Strasbourg : Un bois rasé pour des immeubles… La mairie écologiste attaquée pour une décision « pas très verte »

Une pétition en ligne à presque 35.000 signatures, une autre émargée par 500 habitants et même une question d’actualité (de l’opposition) au dernier conseil municipal… L’avenir d’une parcelle de 35 ares a rarement suscité autant de débats à Strasbourg.

Pourquoi ? Car il s’agit d’un bois menacé d’être remplacé par une trentaine de logements mais aussi parce que c’est la mairie écologiste qui a délivré le permis de construire. « C’est quand même incroyable que ce soit une majorité verte qui nous fasse ce coup-là ! », résume Philippe Cornec, l’un des riverains de cette fameuse rue de Bussière, dans le quartier de la Robertsau.

Le projet en question, avec une vue aérienne.
Le projet en question, avec une vue aérienne. – Christiane Rubio

Avec ses voisins, ils se sont lancés dans un véritable combat depuis juin. Depuis qu’ils ont appris, le 11, que deux immeubles et une maison individuelle prendraient bientôt place en face de chez eux. A un endroit qu’ils croyaient pourtant protégé et qu’une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) a sacralisé… deux semaines plus tard. « Sur ces documents, il est écrit noir sur blanc que le secteur fait partie d’une continuité écologique et d’une trame verte et bleue », poursuit l’habitant, surpris par le timing.

« Faille du droit de l’urbanisme »

Ce concours de circonstances n’aurait de toute façon rien changé à l’affaire, à en croire l’adjoint de quartier. « Le promoteur avait sollicité un certificat d’urbanisme dès 2020, ce qui lui permet de s’affranchir de toute modification du PLUi, explique Marc Hoffsess. Sa demande est de droit et il s’est engouffré dans une faille du droit de l’urbanisme. Si on lui refusait le permis de construire, il pouvait nous attaquer. »

Une position que confirme Nexity. « On a respecté le PLUi en vigueur et rencontré préalablement les élus concernés, explique un porte-parole du groupe immobilier. Ce n’est pas un passage en force de notre part. On peut comprendre que le sujet fasse débat mais notre préoccupation, c’est de loger des gens. On s’inscrit dans une zone constructible et il y a eu six ans de discussions. »

Depuis 2016, deux projets, respectivement de 32 et 31 logements, avaient été refusés. Jusqu’à cet accord final. « On a beaucoup négocié pour l’améliorer et de nombreux arbres seront sauvés », insiste Marc Hoffsess, sans donner de chiffres. C’est pourtant sur ce point précis que son camp a été attaqué par l’opposition au dernier conseil municipal. La même majorité écologiste qui communique depuis son investiture sur son Plan Canopée et la plantation de 10.000 arbres sur les dix prochaines années.

« Je refuse cette critique de ces écolos qui ne seraient pas écolos »

« C’est bien sympa de mettre des arbres en pot sur la place Kléber mais ça ne remplacera pas tous les arbres coupés », assène Alain Fontanel. L’ancien premier adjoint et grand battu des dernières élections accuse l’équipe de la maire Jeanne Barseghian d’avoir « renoncé à son pouvoir d’influence et de négociation avec le promoteur ».

« Le levier, ce n’était pas le droit de préemption mais il y avait un moyen politique d’empêcher ça. Aucun promoteur n’a intérêt à être en mauvaise relation avec la mairie », détaille-t-il avant d’attaquer plus frontalement l’exécutif en place. « Derrière leur idéologie écologiste, on voit bien qu’ils croient à la nécessité de densifier certaines zones », assène-t-il.

« Je refuse cette critique de ces écolos qui ne seraient pas écolos », rétorque Marc Hoffsess. « J’ai fait une grève de la faim pour sauver une partie de la forêt de Brumath alors je sais de quoi je parle. Nous sommes attachés à des lieux de nature mais on agit dans un environnement de droit et tout ne dépend pas de l’autorité publique. Il y a un droit à la propriété aussi, ajoute-t-il en appelant clairement le promoteur à agir. Il peut encore adapter son projet. Il a une responsabilité, peut-être qu’il peut l’entendre. »

Alors, Nexity va-t-il reculer ? « La question n’est pas à l’ordre du jour, répond-il. Pour l’instant, il y a des recours gracieux en cours. » Ils émanent des riverains, qui attendent toujours un signe de Jeanne Barseghian. « On avisera en fonction de sa réponse, indique Philippe Cornec. Un recours contentieux n’est pas exclu. »