Strasbourg : Pourquoi les grands chantiers vont prendre l’eau ?

Une imposante grue de 30 tonnes lève de gros coudes d’assainissement en béton de 9 tonnes, chargés sur une péniche solidement amarrée à la rive d’un canal dans Strasbourg. Pas de bal de camions à l’horizon… Adossé au Rhénus Sport, a proximité immédiate du Parlement européen, un point de transbordement permet à présent de livrer des matériaux sur l’imposant chantier Archipel 2 : quatre îlots en construction qui formeront un tout nouveau quartier strasbourgeois, situé entre le Wacken et la Robertsau.

Mais qui dit grand chantier, dit camions, problèmes de circulation, dangers, nuisances sonores et pollution de l’air. C’est pourquoi, dans l’optique d’accompagner la transition écologique du secteur du transport des marchandises et des matériaux, la ville de Strasbourg et l’Eurométropole comptent bien s’appuyer, en partenariat avec Voies navigables de France (VNF) et le Port autonome de Strasbourg (PAS), sur leur capital fluvial. Objectif : utiliser le transport des matériaux par barges au plus près des chantiers.  « Un mode de transport historiquement prisé sur Strasbourg et ses environs avant d’être délaissé avec le développement du tout-camion », regrette Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge des voies fluviales.

Le Rhin et les canaux, l’Ill maillent en effet toute l’Eurométropole et se révèlent comme une véritable opportunité, un levier, pour accentuer le report modal de la route vers l’eau. Une proposition alternative au transport routier, même si le temps de transport prend plus de temps, d’autant plus « intéressante pour les acteurs économiques », souligne la ville, que ces derniers vont devoir composer avec la ZFE, actuellement mise en place sur l’ensemble de l’Eurométropole.

L’occasion aussi de « développer des projets vertueux, souligne Pierre Ozenne, et bons également pour l’économie locale et solidaire. » Pour rappel, une première plateforme de transbordement fluviale avait été mise en place pour les chantiers du centre-ville, à savoir ceux de la Manufacture des tabacs ou plus tard pour livrer des milliers de pavés pour le quai des Bateliers piétonnisé. A la suite, l’entreprise Urban logistic solutions avait pris l’exploitation de la plateforme fluviale. Elle l’utilise pour la livraison en centre-ville de colis, de farines, de boissons, à l’aide de vélos cargo. Une alternative qui cette fois répond également à la problématique du « dernier kilomètre ».

D’autres sites en projet

Avec ce nouveau point de transbordement au Wacken, permis par la proximité du canal de la Marne au Rhin, infrastructure existante mais sous employée, 282 tonnes vont ainsi pouvoir être transporté depuis Brumath par barges au site Archipel 2 par voie fluviale. Et pour intéresser les projets de constructions dont les matériaux pourraient être acheminés par voie fluviale sur ce site, une centrale à béton automatisée a été autorisée et le foncier mis a disposition temporairement, pour une durée maximum de deux ans, sur le site.

Cette « expérimentation logistique pousse deux mondes, celui du BTP et celui du fluvial, qui n’ont pas forcément l’habitude à travailler ensemble », se félicite Pierre Ozenne. D’ailleurs, si elle est couronnée de succès, des idées émergent déjà. Avec le projet d’une plateforme de transbordement sur le canal de la Marne au Rhin à Vendenheim ou bien encore d’autres plateformes fluviales pour les quartiers Citadelle et Starlette de la ZAC des Deux-Rives.