« Star Academy » : Les téléspectateurs belges ne votent pas.
L’élimination d’Anouk face à Victor lors du dernier prime de « Star Academy » a provoqué de nombreuses réactions d’internautes, certains pointant du doigt la mécanique de vote inaccessible pour les Belges. Selon le journaliste Pierre Bertinchamps, le programme est suivi par plusieurs centaines de milliers de téléspectateurs en Belgique, avec près de 290.000 fidèles et 37,6 % de parts de marché sur les 4 ans et plus lors du dernier prime.
«Injuste», «tricherie», «magouille»… L’élimination d’Anouk face à Victor lors du dernier prime de «Star Academy» samedi dernier a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Étonnés de voir cette candidate belge, parmi les favorites, quitter l’aventure, certains ont critiqué le système de vote du programme, inaccessible en dehors de la France. Une grogne si importante qu’elle a conduit Nikos Aliagas à s’exprimer en direct.
«Depuis tout à l’heure, je vois pas mal de choses sur les réseaux sociaux qui disent : « Oui, mais le public belge ne pouvait pas voter ce soir ». C’est vrai, mais cela n’enlève rien à la réalité de cette émission», a déclaré l’animateur sur TF1 juste après l’annonce du départ d’Anouk. Il a ajouté : «Jusqu’à présent, c’était comme ça. Ça ne dépend pas de nous. Peut-être qu’un jour… Quoi qu’il en soit, la Belgique, la culture belge, le public belge fait partie de cette aventure.» Pourquoi les Belges ne peuvent-ils pas voter, et auraient-ils vraiment pu influencer les résultats ?
Un vote très limité les années précédentes
Jusqu’à l’an dernier, il était impossible de voter pour la «Star Ac» depuis un autre pays, y compris les départements et régions d’outre-mer. TF1 expliquait sur son site : «C’est surtout un problème technique qui ne nous permet pas de proposer aux résidents des départements, régions et collectivités d’Outre-Mer de jouer par téléphone et/ou SMS […]. En l’occurrence, les opérateurs ultramarins ne sont pas les mêmes [que dans l’Hexagone] et les plans et règles de numérotation sont différents.»
Face aux critiques avant la finale entre Marine et Ebony en janvier 2025, la chaîne avait finalement mis en place une procédure d’urgence pour permettre aux départements et régions d’outre-mer de voter. De plus, cette année, le règlement précise que certains DROM-COM, tels que la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion, peuvent désormais participer aux votes téléphoniques.
Des «considérations techniques» et une «réglementation française» pour la Belgique
Mais qu’en est-il de la Belgique ? «Pour les pays frontaliers comme la Belgique et la Suisse, outre les mêmes considérations techniques, les jeux interactifs organisés dans le cadre des programmes du Groupe TF1 sont soumis à la réglementation française», expliquait la chaîne l’an dernier. «De ce fait, il nous est juridiquement impossible d’organiser des jeux interactifs en Belgique et en Suisse.» Contacté par 20 Minutes, le service de communication de TF1 n’a pas encore répondu.
Dans un article publié l’an dernier dans l’hebdomadaire belge Télépro, le journaliste Pierre Bertinchamps soulignait une différence de numérotation entre la France et la Belgique, ainsi qu’une «question d’argent».
«Comme nos opérateurs téléphoniques sont différents de l’Hexagone, il faudrait les faire entrer dans le jeu pour qu’ils ouvrent les lignes et transmettent le résultat à Paris. En soi, rien d’insurmontable en 2025, mais les opérateurs belges, très gourmands, se serviraient au passage, ne garantissant pas une viabilité économique suffisante de l’opération pour TF1.»
Un public au rendez-vous mais forcément un peu frustré
En Belgique, «Star Academy» est un programme très apprécié, suivi par plusieurs centaines de milliers de téléspectateurs chaque semaine, explique Pierre Bertinchamps à 20 Minutes. Samedi dernier, le prime a attiré près de 290.000 fidèles, représentant 37,6 % de parts de marché chez les 4 ans et plus, 48 % chez les 15-24 ans et 56 % chez les 18-54 ans, selon le CIM (le Centre d’information sur les médias).
Bien que cela soit éloigné des millions de téléspectateurs en France, il s’agit de très bonnes audiences pour la télévision belge, plaçant régulièrement TF1 en tête le samedi soir grâce à ce programme. Un public fidèle année après année, conscient de l’impossibilité de voter pour les candidats belges dans les émissions françaises.
Pierre Bertinchamps reconnaît une certaine «frustration», surtout parmi les jeunes téléspectateurs, souvent ignorants de cette réglementation : «Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas voter alors que leurs amis français sur Facebook le peuvent.» De même, «Star Academy» n’est pas la seule concernée ; les Belges ne peuvent pas voter pour «Danse avec les stars», «Secret Story» et la majorité des émissions françaises diffusées chez eux.
Cependant, certains tentent de contourner les règles. Il y a deux ans, lors de la participation d’Héléna à la «Star Ac», des Belges avaient lancé des cagnottes pour voter pour elle en collaboration avec des Français, rapporte La Voix du Nord. Néanmoins, la candidate n’avait pas remporté la saison.
«S’ils pouvaient tous voter, cela serait injuste pour les autres»
Mais si les téléspectateurs belges pouvaient voter, auraient-ils réellement changé le cours de l’émission ? Aurait-il été possible de modifier le destin d’Anouk cette année ? «Je ne suis pas sûr que la Belgique aurait pu faire une grande différence. Peut-être à la marge, mais pas face à un grand écart», répond Pierre Bertinchamps.
Il précise : «Sur 300.000 téléspectateurs, admettons que 10 % votent, cela ne représente que 30.000 votes. Et il est probable que tous ne seraient pas pour Anouk ; il y a aussi des gens en Belgique qui préféraient Victor, heureusement pour lui.»
Pour sa part, Anouk ne semble pas en vouloir à cette réglementation. «En même temps, s’ils pouvaient tous voter, cela serait injuste pour les autres», a-t-elle répondu avec malice à Ciné Télé Revue. «Je savais en m’inscrivant à la Star Ac que c’était le public français qui votait. […] Je suis trop contente que la Belgique soit représentée, on regarde autant la Star Ac que les Français. Je suis très fière de la Belgique et cela m’a rapproché de mon pays de faire ça en France parce que j’ai ressenti tout leur soutien.»

