Sommeil: Le bandeau Dreem veut sauver la vie des insomniaques… Rêve ou réalité?

Une femme dort avec le bandeau Dreem, illustration. — DREEM

  • A l’occasion de la Journée internationale du sommeil, 20 Minutes a cherché à démêler le vrai du faux sur le bandeau Dreem.
  • Tandis qu’un tiers de la population s’estime en dette du sommeil, cet outil peut-il résoudre les problèmes de sommeil ?
  • François Duforez, médecin du sport et du sommeil attaché au Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel-Dieu de Paris, l’a testé et nous aide à y voir plus clair.

Rien ne va plus entre les Français et le sommeil. En cinquante ans, leur temps de sommeil a, en moyenne, diminué d’une heure à une heure trente par nuit, selon le baromètre de Santé publique France (SPF) publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). Il est passé en dessous de la barre des sept heures. Résultat : un tiers de la population s’estime en dette de sommeil, et 10 à 15 % de la population souffre d’insomnies chroniques.

La société de neurotechnologie Dreem croit avoir la solution avec son bandeau éponyme. A l’aide de capteurs EEG (encéphalogramme), le bandeau mesure l’activité cérébrale et se sert de stimulations sonores pour aider l’utilisateur à s’endormir, « améliorer la qualité du sommeil profond », et se réveiller dans de meilleures conditions.

Sur le papier, le bandeau -plutôt stylé par ailleurs- vend du rêve. Mais pour y voir plus clair, on a passé le discours de son cofondateur Hugo Mercier, qui a présenté sa technologie au Web Summit de Lisbonne en novembre, au détecteur de rêves, avec l’aide du docteur François Duforez, médecin du sport et du sommeil attaché au Centre du sommeil et de la vigilance de l’Hôtel-Dieu de Paris. Dreem peut-il vraiment venir au secours de nos nuits ?

Hugo Mercier : « Avec Dreem, on peut comprendre avec précision où il y a un problème et on peut aider les gens sur une grande partie de leurs troubles. On pense pouvoir résoudre 80 % des problèmes de sommeil ».

Réalité (et un peu de rêve) : « Au début, l’ambition de Dreem était très vaste, elle consistait à dire « on va régler les troubles du sommeil. » En fait, ce n’est pas simple, car c’est multidisciplinaire. Le bandeau Dreem permet d’enregistrer des personnes qui ont des troubles du sommeil et ça, ce n’est pas évident. Est-ce que ça marche sur des gens qui ont des troubles du sommeil ? Oui. Est-ce qu’il règle des problèmes du sommeil ? Certainement, mais peut-être pas avec des ondes, comme c’était l’ambition, peut-être uniquement en améliorant l’environnement de l’endormissement en termes de musique, d’état de relaxation… Il peut également faciliter le lever. Sur l’insomnie chronique qui est médicamentée depuis des années, on n’a pas assez de recul pour le savoir. L’appareil permet de dépister et d’orienter vers des centres spécialisés quand les pathologies deviennent trop lourdes. »

Le bandeau Dreem accroît les phases de sommeil profond. Le bandeau Dreem accroît les phases de sommeil profond. – DREEM

H. M. : « Au départ, nous avons voulu proposer une fonctionnalité pour augmenter la qualité du sommeil profond avec des stimulations sonores via un produit grand public ».

Rêve : « Dreem peut aider à faire évoluer certains paramètres qui mènent à l’insomnie. L’idée était de faire en sorte qu’il y ait plus de sommeil lent profond grâce à des ondes sonores. Mais, ce n’est pas parce qu’on augmente le sommeil lent profond que l’insomniaque se dit « mon problème de sommeil est réglé ». Dans un deuxième temps, le bandeau dit : « on va vous aider à vous endormir « . Ça, c’est vrai. En mesurant les cycles de sommeil, ils arrivent à augmenter la qualité de l’éveil. Pour les gens qui ont des troubles du sommeil, avoir une bonne qualité d’éveil et une bonne qualité d’endormissement, c’est important. »

H. M. : « On avait besoin du bandeau pour proposer la stimulation sonore. Dans le passé, pour le faire, on avait besoin de gros casques avec 50 électrodes. On est arrivé à une version miniaturisée de tout ça. »

Réalité : « Je l’ai testé à la fois sur moi et sur des patients. Dreem permet de ne pas utiliser les techniques hospitalières lourdes avec des électroencéphalogrammes. On a vu les limites des montres connectées, et aujourd’hui, on voit arriver toute une génération de bandeaux, dont Dreem fait partie, pour mieux connaître le sommeil via des enregistrements à distance. Au niveau ingénierie, c’est très puissant. C’est une innovation technique qui consiste à recueillir des tracés encéphalographiques du sommeil à distance. J’étais intéressé par le fait que des ingénieurs arrivent à évaluer le sommeil de manière différente de ce qu’on faisait d’habitude : soit des questionnaires papiers, soit les enregistrements polysomnographiques dans des centres spécialisés qui nécessitent des techniciens du matériel spécialisé. »

H. M. : « C’est le premier dispositif au monde qui mesure avec une précision de laboratoire l’activité cérébrale à domicile ».

Réalité : « Il y a une vraie évolution technologique. A partir du moment où les gens sont acteurs de leurs troubles du sommeil, dont l’insomnie fait partie, apprendre aux gens à mieux s’endormir et à mieux se réveiller, c’est une bonne chose. Commencer à montrer que les techniques cognitivo-comportementales (TCC) peuvent se faire via une application, c’est du domaine de la recherche appliquée et on ne peut que les encourager à aller sur ce chemin. Aujourd’hui, le traitement validé pour les insomnies chroniques, ce sont les TCC et leur idée, c’est de proposer ces techniques à partir des chiffres que les gens enregistrent et de les accompagner via une application »

H. M. « La moitié des médecins spécialistes du sommeil nous adorent et les autres nous détestent. »

Réalité : « Que les médecins sceptiques aillent voir les publications scientifiques. Elles ont été publiées par des revues internationales avec comité de lecture. L’équipe de recherche menée par Mounir Chennaoui, chef de l’unité fatigue et vigilance à l’Institut de recherche biomédicale des armées (Irba) a publié sur le sujet. On ne peut pas dire que c’est un gadget. Avec cet outil, les gens deviennent acteur de leur sommeil, ils peuvent mieux comprendre grâce aux enregistrements. Jusqu’ici, on subissait notre sommeil. La mesure rassure, et quand elle est fiable et valide, c’est mieux. »

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