Somme : Un projet éolien controversé finalement autorisé

Un projet éolien retoqué en 2017 par la préfecture de la Somme au vu notamment de la proximité de mémoriaux australiens de la Grande Guerre, devrait finalement voir le jour après une décision de justice, a-t-on appris vendredi auprès du ministère et d’opposants au projet. L’association Contre vents et marchés, opposée à ce projet, a été avertie par la préfecture que le ministère de la Transition écologique ne saisirait pas le Conseil d’Etat après la décision de la Cour administrative d’appel de Douai donnant raison au porteur du projet, a indiqué son président, Nicolas Perney, confirmant une information du Courrier picard.

Le ministère « considère habituellement que la présence de lieux de mémoire n’est pas incompatible avec la covisibilité éolienne et n’a donc pas saisi le Conseil d’Etat », a confirmé le cabinet de la ministre, Barbara Pompili. La préfète avait saisi en mai les services du ministère « afin qu’un pourvoi en cassation soit formé » contre l’arrêt, datant de mars, de la Cour de Douai, selon un courrier envoyé à l’association. La préfète y soulignait considérer que cette décision de justice « dénature les faits de l’espèce et est entachée d’une erreur de droit » en matière de code d’urbanisme.

« On ne va pas baisser les bras »

« On est déçus, dépités », mais « on ne va pas baisser les bras », a réagi Nicolas Perney, évoquant des propos à Tahiti du chef de l’Etat « qui est originaire de la Somme ». Emmanuel Macron avait alors prôné « le pragmatisme au cas par cas » sur les projets éoliens. Le projet, porté par la société les Vents de Picardie, prévoit l’implantation de huit éoliennes à Bayonvillers, Wiencourt-l’Équipée, Marcelcave et Lamotte-Warfusée, à proximité des mémoriaux australiens du Hamel et de Villers-Bretonneux.

En avril 2017, la préfecture avait refusé de l’autoriser, considérant entre autres qu’il « portait atteinte au mémorial de Villers-Bretonneux du fait que les éoliennes situées à 6,5 km sont extrêmement visibles et prégnantes depuis la tour du mémorial et qu’elles contribueraient à supprimer la qualité paysagère, fortement liée à la mémoire des champs de bataille ». « Le gouvernement australien ne souhaite pas faire de commentaire sur la décision » de la Cour « et la décision du gouvernement français » sur ce projet éolien, a réagi le Centre Sir John Monash, qui retrace, à côté du mémorial, l’histoire des Australiens sur le front occidental.

Selon le vice-président du conseil régional des Hauts-de-France, Christophe Coulon (LR), la Région compte « saisir à nouveau l’Etat pour manifester notre mécontentement ». « La ministre n’est même plus garante du respect de sites mémoriels comme celui-là qu’il faudrait protéger au nom de la mémoire des combattants, de ceux qui ont donné leur vie pour notre liberté », déplore-t-il, convaincu que les représentants australiens sont « profondément défavorables » au projet. Saisi par l’entreprise, le tribunal administratif d’Amiens avait d’abord confirmé la position de la préfecture.