« Skam France » : Pourquoi la série aborde si bien le deuil ?

Maya (Ayumi Roux), Max (Sohan Pague), Sekou (Quentin Nanou), Lola Lecomte (Flavie Delangle) et Jo (Louise Malek) forment le nouveau « crew » de « Skam France ». — Thibault GRABHERR/ GTV

  • La 6e saison de Skam France est actuellement en cours de diffusion sur France.tv Slash.
  • Cette saison suit le destin de Lola, une adolescente confrontée à des problèmes d’addiction à la suite du décès sa mère.
  • David Hourrègue, à la mise en scène depuis la saison 1 de l’adaptation du hit norvégien, revient pour 20 Minutes sur la façon dont les créateurs du teen drama ont abordé cette question délicate.

Rien ne sera jamais plus pareil ! Dans la saison 6 de Skam France actuellement diffusée sur France TV Slash, Daphné, personnage pilier des cinq saisons précédentes, et sa jeune sœur, Lola, nouvelle recrue de l’adaptation du hit norvégien, font face au décès de leur mère. Après le harcèlement, le racisme ou encore le handicap, la fiction française s’impose un peu plus encore dans la cour des grandes séries en abordant avec justesse et délicatesse la question du deuil.

« Parler de thématiques importantes, c’est l’objet même de Skam », résume  David Hourrègue, à la mise en scène depuis la saison 1. Un thème déjà abordé dans les chefs-d’œuvre que sont Six Feet Under  ou The Leftovers et plus récemment dans Sorry for you loss, 13 Reasons Why  ou encore Kidding. Un thème que Skam France s’approprie avec ce qui fait sa force, à savoir se placer à hauteur de ses personnages, sans caricature, ni excès. Pourquoi « Skam France » porte si bien le deuil ?

« Cette thématique est tout aussi, si ce n’est plus, importante que celle des addictions qui en découlent », explique David Hourrègue. « Au départ, on voulait parler de ce que l’on avait repéré chez beaucoup de nos spectateurs et spectatrices, qui venaient nous parler à la fin des projections. A savoir cette tendance à l’autodestruction dans ces âges où l’on est très fragile psychologiquement », poursuit-il.

« La perte d’un pilier d’une famille met à jour les failles »

Et de l’autodestruction au deuil, il n’y a qu’un pas. Avec Niels Rahou, directeur de collection de Skam France, « nous sommes tombés assez rapidement d’accord sur le fait que ce qui nous avait chamboulés quand nous étions plus jeunes avait été la perte d’un parent proche, au moment où l’on est supposé être plein de vie et embrasser la vie. » Un moment aussi où « les émotions sont ressenties fois 1.000 ».

Et d’ajouter : « La perte d’un pilier d’une famille met à jour les failles de cette famille. On trouvait intéressant que les deux sœurs soient amenées à affronter des démons, leur propre pathologie au travers cette épreuve. »

« Je n’ai fait que chercher ce que j’ai pu moi-même ressentir »

Si les créateurs de Skam France ont consulté des psychologues sur les mécanismes d’autodestruction, ils se sont appuyés sur leur expérience personnelle sur la question du deuil. « Je n’ai fait que chercher ce que j’ai pu moi-même ressentir lorsque j’ai perdu ce parent », confie le metteur en scène.

« Tout est remis en cause lorsqu’on prend conscience très tôt de sa propre mortalité, surtout s’il s’agit d’un de vos parents, de la personne qui vous a donné la vie », raconte le réalisateur.

Avec une attention remarquable aux détails, la série retranscrit donc le quotidien endeuillé des deux sœurs de la colère de Lola à l’enterrement de sa mère à la tristesse de Daphné quand elle vide les armoires en passant par le déni du chagrin de Lola lors des séances chez le psy ou encore la détresse du père « extrêmement faillible ». « On voulait montrer comment le quotidien, les certitudes volent en éclats à partir du moment où l’on perd un bastion aussi fort qu’une mère », commente le réalisateur.

« Quelques clés vers un avenir plus lumineux »

L’addiction, l’autodestruction et le deuil sont donc les fils directeurs de cette sixième saison, qui réussit cependant à ne pas être plombante. « Le deuil peut être très effrayant, tout comme pouvait l’être la déficience et l’handicap dans la saison passée », abonde David Hourrègue.

Malgré ces thèmes lourds, la série ne sombre jamais dans le pathos. « On donne un chemin vers l’acceptation de cette sombre réalité et quelques clés vers un avenir plus lumineux », note le metteur en scène, « en insistant sur la cohésion, la solidarité, et l’écoute. » Lola peut compter sur le soutien de Maya et de son grand frère d’adoption Eliott, Daphné sur celui de Basile et du reste du crew. « Lola et Eliott se reconnaissent dans leurs combats intérieurs. Leur relation est très oxygénante », souligne David Hourrègue.

La joie de vivre qui se dégage de la série tient aussi dans l’énergie du nouveau crew formé autour de Lola. La découverte de l’urbex et de la cinéphilie vient ainsi illuminer le quotidien de Lola. Un paradoxe pour deux activités qui se pratiquent généralement dans des lieux sombres. « Le vidéoclub devient un cocon pour Lola. Eliott la prend sous son aile », commente le réalisateur.

« On parle d’un monde qui s’achève dans cette saison »

« On parle d’un monde qui s’achève dans cette saison. Le vidéoclub sera sans doute fermé dans six mois ou un an », poursuit-il. Ce monde qui se ferme, c’est aussi celui du crew d’origine. « On clôture avec une génération tout en lançant une autre », confirme David Hourrègue.

Cette saison sur le deuil prend ici une dimension méta. « Il y avait une ambiance très particulière sur le tournage, à la fois celle d’une fin et à la fois pleine de vie avec l’envie, les doutes et les fragilités, les émotions de cette nouvelle génération. C’était une saison très chargée en émotion », renchérit le réalisateur. Et de conclure avec une belle note d’espoir pour les fans de la série : « A la fin, on aura un tableau assez incroyable de toutes ces générations mélangées. »

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