« Skam France » permet aux jeunes de « s’évader » et « d’oublier le quotidien morbide » du confinement

Flavie Delangle campe Lola Lecomte, l’héroïne de la saison 6 de « Skam France ». — Thibault GRABHERR/ GTV

  • La 6e saison de Skam France a débuté sur France.tv Slash.
  • Cette saison suit le destin de Lola, une adolescente confrontée à des problèmes d’addiction.
  • Privés de cours et de leurs amis en raison de l’épidémie de coronavirus, Skam France permet aux jeunes Français de « vivre par procuration » « une vie de lycéen ordinaire ».

La grande originalité de Skam réside en son mode de diffusion en « temps réel fictif ». « Lorsque les héros de la série vont à une fête le vendredi, la vidéo de la fête est mise en ligne le vendredi », expliquait Marianne Furevold, productrice du format norvégien au festival Série Series en 2016. « Coller à cette réalité de temps est la grande difficulté de Skam », expliquait Benoît Auriol, directeur de production de Skam France, au moment de la diffusion de la 5e saison.

Cette saison 6, en cours sur France.tv Slash, ne bénéficie pas de ce puissant outil d’identification. Alors que les Français sont confinés et que le brevet des collèges et le bac ont été annulés, Lola, le personnage principal de cette nouvelle salve d’épisodes et tous les héros de la série de France.tv Slash continuent de suivre des cours, d’aller à des fêtes et de se promener sans attestation. Jamais une saison de Skam n’aura été aussi éloignée de l’ordinaire de ses spectateurs. 20 Minutes a demandé aux fans  comment il vivait ce décalage inédit.

« Un peu moins réel »

« Peut-être que cette distance va desservir la série, car c’était quand même un des énormes points forts de Skam que de pouvoir s’identifier au temps réel », analyse Aude, 23 ans. « J’étais impatient de savoir la suite des aventures des personnages, bien que le format de sortie de vidéo comme si nous étions en cours soit moins crédible pour ma part », témoigne Zakarya, 19 ans.

Même son de cloche pour Léna, 17 ans : « Cela me semble un peu moins réel, mais ils ne pouvaient pas prévoir cette épidémie. » Ou Tifenn, 19 ans, qui se sent « un peu moins proche d’eux. » « Ils ne pouvaient pas prévoir une telle chose », défend Amélie, 21 ans, qui s’« amuse à constater avec ironie les différences avec ce que l’on vit actuellement ».

« Etre confiné ne nous empêche pas de ressentir des émotions »

« Se sentir proche des personnages ne dépend pas juste du fait qu’ils soient dehors dans la série et nous non », tempère Camille, 21 ans. « Même si c’est bizarre, c’est avant tout une fiction », rappelle Amandine, 20 ans.

Le confinement pourrait même renforcer les liens entre les personnages et leurs nombreux fans. « Le fait d’être confiné ne nous empêche pas de ressentir des émotions et vivre des choses fortes, bien au contraire, le confinement peut même décupler ces ressentis, et je pense que le besoin de se rattacher à un personnage est d’autant plus important en ces temps », explique Camille.

« Ça fait du bien d’oublier le quotidien morbide »

« Je suis bien contente que la série n’a rien avoir avec la situation. Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle à chaque clip ce que l’on vit. C’est rassurant et ça fait du bien d’oublier le quotidien morbide », pense Anna, 31 ans. Nombreux sont ceux qui comme elle apprécient de voir les personnages évoluer dans un contexte qui n’implique pas la pandémie. « Ça me fait du bien de voir des gens dehors sans crainte de contamination », ressent Stéphanie, 20 ans.

Skam France « m’aide à penser à autre chose, à m’évader de l’enfermement et à être moins seul. Je vis avec eux et au rythme des premiers clips diffusés. La liberté de Lola et de ses camarades me fait penser qu’il faut garder un lien social même derrière un écran », témoigne Anthony, 26 ans.

« Même s’ils ne font pas l’expérience du confinement, je me sens quand même tout aussi proche d’eux car je suis toujours à fond dans les clips, les postes Instagram… etc. Avoir la saison 6 de Skam France durant le confinement m’apporte un peu plus de gaieté dans ce quotidien morose ! », fait valoir Céline, 23 ans.

« Une nouvelle séquence, c’est comme prendre un bon bol d’air »

Pour Madison, 19 ans, en temps de confinement, Skam France permet « de s’évader dans l’univers » du personnage suivi, à savoir celui de Lola, au centre de cette nouvelle saison. « Le fait de voir les personnages de Skam évoluer à l’extérieur alors que nous sommes en confinement me permet de m’évader quelques instants », confirme Vinciane, 18 ans. « Avec le confinement les journées sont longues… mais grâce à Skam le temps passe plus vite et j’en apprends en même temps beaucoup sur moi et sur les choses de la vie », insiste Mel, 20 ans.

Un avis partagé par Sophie : « J’aime beaucoup voir évoluer les personnages hors confinement car cette atmosphère permet de s’échapper de la réalité, qui fait du bien en ces temps de pandémie. »

Plus encore, la série de France.tv Slash permet au travers ses personnages de vivre la vie normale par procuration. « Ça fait du bien, confie Amandine. C’est comme si nous sortions avec eux. Voir une nouvelle séquence, c’est comme prendre un bon bol d’air. » « C’est agréable de voir des programmes que ne mentionnent pas l’épidémie. J’ai l’impression de faire un break dans mon confinement », raconte Maïlys, 18 ans.

« La réalité telle qu’elle aurait pu être sans la crise sanitaire »

La série permet aussi d’imaginer une année 2020 sans coronavirus. « Je trouve ça très intéressant de nous montrer un aspect de la réalité telle qu’elle aurait pu être sans la crise sanitaire », considère Ilana, 19 ans. « Cela fait plaisir de voir que dans un monde parallèle, ils peuvent sortir ! », partage Lilith, 15 ans.

En ces temps de confinement, Skam France est un moyen pour de nombreux lycéens de vivre leur vie de lycéen ordinaire par procuration. « Le rappel de la vie ordinaire à l’extérieur fait du bien au moral en nous rappelant que ce mode de vie n’est que temporaire et en nous permettant de rêver de nos vies de lycéens », confie Mila, 16 ans. « On peut effectivement vivre notre vie de lycéen de manière ordinaire et cela personnellement me fait du bien ! », estime aussi Léna. « Ça me permet de me divertir et de vivre par procuration ma vie de lycéenne », souligne aussi Maëla, 18 ans.

« Tout au long de notre confinement les sorties de vidéos nous permettent de vivre par procuration la continuité des cours comme si de rien n’était. Même si on n’a pas cours en physique, on a quand même des rendus à faire avec la continuité pédagogique ! », plussoie Zakary.

La série réussit à toucher son public par sa capacité à croquer les affres auxquels sont confrontés les jeunes d’aujourd’hui. « Les problèmes que rencontrent les lycéens (…) sont malgré tout encore présents comme le cyberharcèlement avec les comptes « fishas » », soulève Zakarya. « La saison 6 me touche beaucoup puisque j’ai découvert Skam après un deuil particulièrement difficile pour moi », confie Mel. Le confinement n’a pas obéré les difficultés des jeunes. « De ce fait, la série reste nécessaire pendant le confinement ! », conclut Zakaria.

Série

« Skam France » : « Ça n’aurait pas marché si on ne s’aimait pas autant dans la vie », confient Lula Cotton-Frapier et Flavie Delangle

6 partages