« Si tu bouges, je te frappe »… Le retour d’un jeu violent, inspiré de Squid Game, dans les cours de récré
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«Si tu bouges, je te frappe ». Le 5 février dernier, un élève du collège Jean-Perrin, à Lyon, a été agressé par cinq autres enfants dans les toilettes s’inspirant d’un remix violent du jeu « 1,2,3 soleil », tiré de la série Squid Game, rapporte l’académie de Lyon dans un communiqué.
Dans cette série, sortie sur Netflix en 2021, des centaines de joueurs ruinés s’affrontent lors de jeux pour enfants, aux enjeux mortels, pour gagner une importante somme d’argent. Dans Squid Game, ceux qui bougent lors d’une partie de « 1,2,3 soleil » sont éliminés et tués d’une balle dans la tête. Dans les cours de récréation française, les perdants se font frapper.
« Un assistant d’éducation, présent à proximité des lieux de l’agression, a pu rapidement intervenir », précise l’académie. Le collégien a été emmené aux urgences et cinq jours d’ITT lui ont été prescrits, selon les informations de BFM Lyon. Sa famille a porté plainte et une enquête a été ouverte. Deux élèves ont été exclus de l’établissement.
Un « retour en force » du jeu « 1,2,3 soleil » à Marseille
Quinze jours avant cette agression, une alerte avait été donnée dans une école marseillaise. Le 14 janvier, une affichette, scotchée sur un mur de l’établissement, avait alerté l’équipe pédagogique. La feuille, sur laquelle était dessinée une arme à feu, « invitait » les écoliers à se joindre à un « Squid Game CM1 » tous les mardis, relate La Provence. D’après les informations du journal local, plusieurs établissements de la ville ont révélé un « retour en force » du remix violent du jeu « 1,2,3, soleil », sûrement lié à la diffusion de la deuxième saison de la série sud-coréenne sur Netflix, depuis le 26 décembre dernier.
Les séries peuvent-elles influencer les jeux de cour de récré ? Pour Jean-Luc Aubert, psychologue et spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, « oui » lorsque c’est de l’ordre du « jeu symbolique », de la même façon que d’autres générations jouaient « jouer à la guerre », dans lequel on « fait semblant de tuer, blesser, etc. ».
« Mais Squid Game a un effet assez pervers car la série utilise des jeux de cours de récréation, ce qui crée une confusion des genres chez les plus jeunes enfants qui la regardent, explique l’auteur de la chaîne YouTube Questions de Psy. Les enfants n’ont pas cette capacité de recul qu’ont les adultes. » Il recommande alors aux parents d’être « attentifs » et de « respecter la signalétique jeunesse » et de « ne pas autoriser les moins de 16 ans à regarder cette série ». Mais pour les parents d’adolescents, qui savent que leurs enfants peuvent contourner l’interdiction, il conseillait alors « de regarder la série avec eux » et d’expliquer pourquoi ils ne peuvent pas visionner le programme. « Pour remettre les images en perspectives, leur donner une lecture au second degré… », explique-t-il.
Ce n’est pas « un jeu » mais « des agressions physiques »
Ce n’est pas la première fois que cet « effet Squid Game » est constaté. Déjà en 2021, lors de la sortie de la première saison, plusieurs cas d’agressions avaient été signalés dans les cours de récréation, en France comme en Belgique. « Il y avait eu une espèce de feu de forêt qui s’est très vite répandu, se rappelle Bruno Humbeeck, chercheur en pédagogie familiale et scolaire à l’Université de Mons. Certains écoliers utilisaient ce jeu pour simplement massacrer un des leurs quand il perdait à “1,2,3, soleil”. Puis, c’est retombé, sans créer de mouvement durable. »
Il rappelle qu’il ne « s’agit pas d’un jeu » mais « d’une agression physique ». « Il faut dépasser l’effet événementiel de Squid Game pour rappeler que, de toute façon, dans une cour de récréation les jeux doivent toujours être consentis par tous et toutes, on ne doit jamais se sentir obligés de jouer. Et les jeux doivent par définition apporter du plaisir à tous les participants. Dans ces cas-là, c’était un détournement d’un jeu. »
Pour lui, ce qui est problématique, ce n’est pas le « support ludique » mais « la transgression que les enfants en ont fait ». « L’école, comme toute institution, doit répondre face à cette situation. Une agression et/ou une menace d’agression physique, ça se sanctionne. C’est à partir du moment où il y a eu le rappel aux règles que cet épiphénomène s’est vite éteint en 2021. »
La cour de récré est un espace qui génère de l’agressivité
Bruno Humbeeck souligne que ce ne sont donc pas les séries qui créent les problématiques dans les cours de récré. « Par nature, ces lieux génèrent de l’agressivité, dès que vous laissez un espace de liberté qui n’est plus soumis aux contrôles des adultes, assure-t-il. C’est comme La guerre des boutons. On voit ce que font les enfants quand ils sont livrés à eux-mêmes et qu’ils font des guerres de territoire. La cour de récré est propice à ces scènes. »
Pour éviter les détournements de jeu et favoriser un espace ludique, à l’intérieur d’un cadre, il faut « prévoir des lois », conseille le spécialiste. « Ne pas utiliser des insultes racistes, sexistes, homophobes, on ne peut pas s’agresser physiquement… Les enfants doivent comprendre que les comportements interdits chez les adultes le sont aussi pour eux », détaille-t-il. « On peut aussi réguler les espaces de la cour avec un endroit pour jouer au ballon, un autre réservé à la lecture, un pour la danse. Mais aussi donner la possibilité aux enfants qui sont en difficulté de parler, car les cours de récré sont aussi des lieux propices aux harcèlements », développe-t-il. Avant de conclure : « Dans tous les cas de figure, il faut avoir des systèmes qui permettent des sanctions quand il y a des transgressions, comme pour éteindre l’effet Squid Game de 2021. »
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Dans son communiqué, l’académie de Lyon a indiqué que « toutes les classes de 6e de l’établissement ont été informées de la dangerosité de ce jeu par les personnels du collège », afin de « prévenir de nouvelles agressions ».