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Shirin Ebadi craint un « massacre sous le couvert d’un black-out total » en Iran

La pression s’accentue samedi sur le pouvoir en Iran, où de nouvelles manifestations ont secoué pendant la nuit le pays, coupé du monde par un blocage d’internet. Depuis le début de la contestation le 28 décembre, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués et des centaines d’autres blessés, a dénombré vendredi l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.


La pression sur le pouvoir iranien s’est intensifiée samedi, avec de nouvelles manifestations qui ont eu lieu durant la nuit dans un pays isolé du monde en raison d’une coupure d’internet, marquant une mobilisation sans précédent depuis 2022, accueillie par Donald Trump.

Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah et figure de l’opposition iranienne exilée aux États-Unis, a appelé les Iraniens à « se préparer à prendre » les centres-villes. Ce mouvement de contestation, qui en est à son treizième jour, constitue l’un des plus grands défis pour la République islamique instaurée en 1979. Il a incité les manifestants à « descendre tous dans la rue » samedi et dimanche en fin de journée pour « occuper l’espace public ».

« Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n’aurait cru possible il y a encore quelques semaines », a déclaré Donald Trump vendredi, notant que l’Iran connaissait « de gros problèmes ».

Peu d’informations parvenaient samedi du pays. L’avocate iranienne en exil et lauréate du prix Nobel de la Paix en 2003, Shirin Ebadi, a exprimé sa crainte d’un « massacre sous le couvert d’un black-out total ». Elle s’est inquiétée notamment des informations faisant état de raids des forces de sécurité dans les hôpitaux visant des manifestants blessés.

Les cinéastes iraniens Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof ont également fait part samedi de leur « vive préoccupation » face à « la répression flagrante » des manifestants en Iran, où internet est bloqué depuis trente-six heures.

« Le régime iranien a coupé les outils de communication à l’intérieur du pays » et « bloqué tous les moyens de contact avec le monde extérieur », ont affirmé les deux dissidents dans un message publié sur le compte Instagram de Jafar Panahi, qui a reçu la Palme d’or au dernier festival de Cannes. Ils ont averti que ces mesures visent à « dissimuler les violences infligées lors de la répression des manifestations » et ont appelé la communauté internationale à « mettre en place des moyens de communication pour surveiller ce qui se passe dans le pays ».

L’ONG Amnesty International a indiqué qu’elle analysait des éléments montrant une intensification de la répression ces derniers jours.

Depuis le début de la contestation le 28 décembre, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués, et des centaines d’autres ont été blessés, selon l’ONG Iran Human Rights basée en Norvège. Après une montée en puissance du mouvement jeudi, de nouvelles manifestations massives ont eu lieu à Téhéran et dans d’autres grandes villes durant la nuit, d’après des images vérifiées par l’AFP, susceptibles d’avoir été diffusées sur les réseaux sociaux via des moyens satellitaires.

Dans le quartier de Saadatabad à Téhéran, des Iraniens ont frappé des casseroles en scandant des slogans antigouvernementaux, tels que « Mort à Khamenei », en référence au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tandis que des voitures klaxonnaient pour exprimer leur soutien.