Sexisme : Un quart des hommes de moins de 35 ans estime qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter

De larges et profonds progrès restent à faire pour éduquer les futures générations concernant les violences sexistes. Même si #MeToo est passé par là, les « réflexes masculinistes » ont la peau dure chez les jeunes hommes, selon un rapport rendu ce lundi par le Haut Conseil à l’Egalité, qui demande notamment de « réguler les contenus numériques ». La présidente du HCE, Sylvie Pierre-Brossolette, doit être reçue par le président Emmanuel Macron, mercredi, à l’occasion de la Journée contre le sexisme.

« Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, certaines de ses manifestations les plus violentes s’aggravent et les jeunes générations sont les plus touchées », écrit le HCE qui note que « cinq ans après #MeToo », la « société française reste sexiste dans toutes les sphères » : publique, privée, professionnelle, médiatique… « L’opinion reconnaît et déplore l’existence du sexisme mais ne le rejette pas en pratique, majoritairement chez les hommes », selon le rapport qui s’appuie sur les chiffres officiels et sur un baromètre réalisé par l’institut ViaVoice auprès de 2.500 personnes représentatives.

Une femme sur trois a déjà vécu une situation non consentie lors de rapports sexuels

Quatre femmes sur cinq femmes disent avoir l’impression d’avoir été moins bien traitées en raison de leur sexe au cours de leur vie, 14 % déclarent avoir déjà subi « un acte sexuel imposé », et plus largement 37 % disent avoir vécu des situations non consenties dans les rapports sexuels, dont un rapport non protégé devant l’insistance de leur partenaire (12 %), non consenti sous l’effet de l’alcool ou la drogue (7 %).

Le sexisme conduit à des renoncements quotidiens, pour neuf femmes interrogées sur dix : la moitié renonce à sortir ou faire des activités seules ou à s’habiller comme elles le souhaitent. Huit sur dix ont peur de rentrer seules chez elles le soir.

« Raids masculinistes »

Les hommes de leur côté peinent « à se sentir concernés », ne se sentent pas personnellement responsables de conduites sexistes, voire pour un quart d’entre eux, pensent qu’on « en fait trop sur les agressions sexuelles ». Si les hommes de plus de 65 ans sont plus « conservateurs », attachés à des rôles genrés stricts, le HCE observe aussi des « clichés masculinistes » chez les moins de 35 ans : un quart estime qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter. L’image des femmes véhiculée par la pornographie est jugée problématique par la moitié d’entre eux contre 79 % des 65 ans et plus. Le HCE s’inquiète d’un « phénomène de backlash à l’œuvre partout », avec des « raids masculinistes » sur les réseaux sociaux « pour réduire les femmes au silence ou les discréditer ».

Globalement, le HCE met en garde contre une « situation qui s’aggrave avec l’apparition de phénomènes nouveaux : violence en ligne, virulence accrue sur les réseaux sociaux, barbarie dans de très nombreuses productions de l’industrie pornographique, affirmation d’une sphère masculiniste et antiféministe ». Les pouvoirs publics « ne sont pas considérés à la hauteur des enjeux sur ces questions », note l’institution. « Le sexisme ordinaire fait le lit du sexisme violent. Pour lutter contre, il faut prendre des mesures qui influent sur les mentalités dès le plus jeune âge : une massive action d’éducation, réguler le numérique », déclare Sylvie Pierre-Brossolette à l’AFP.

Quelles solutions ?

Parmi les « mesures clés » identifiées par le HCE, la « régulation des contenus du secteur numérique pour lutter contre les stéréotypes, les représentations dégradantes et les scènes de violences désormais banalisées sur Internet, en particulier dans les vidéos pornographiques ». L’institution propose aussi la création d’une « Haute Autorité indépendante pour lutter contre les violences sexistes en politique », après les scandales qui ont secoué les partis l’an dernier.

Elle recommande de renforcer les « moyens financiers et humains de la justice pour des juridictions chargées de traiter des violences intrafamiliales, à l’instar de l’investissement espagnol ». Le gouvernement a confié au Parlement une mission sur de telles juridictions spécialisées. Pour changer les mentalités, le HCE recommande d’interdire la publicité pour les jouets genrés et de conditionner le versement d’argent public à une contrepartie en termes d’égalité, par exemple en matière de formation, pour les entreprises.