France

Sexemodel, toujours accessible, alimente la prostitution de mineurs.

Sexemodel.com est cité de manière récurrente dans des dossiers de proxénétisme impliquant des mineurs et affiche plusieurs millions de visites mensuelles. Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, entre 2021 et 2024, le nombre de victimes mineures de proxénétisme a augmenté de 107 %.

Dans les affaires de proxénétisme touchant des mineurs, un nom émerge de plus en plus fréquemment : Sexemodel.com. Avec un nombre élevé d’annonces actives et plusieurs millions de visites par mois, ce site se présente comme un espace de rencontres libertines, mais il constitue en réalité l’une des principales vitrines de la prostitution en ligne en France. Derrière ces annonces se trouvent parfois des réseaux exploitant des adolescentes, parfois très jeunes. Face à cela, comment comprendre que la plateforme soit toujours accessible ?

Après une simple déclaration sur l’honneur concernant sa date de naissance – sans véritable vérification – on pénètre dans un environnement peu scrupuleux où il est possible de trier les annonces selon l’âge, le tour de poitrine ou l’ethnie. Pour maintenir une certaine ambiguïté, les prix sont indiqués en « fleurs ». Mais à « 50 roses la fellation », personne n’est dupe.

Une responsabilité difficile à établir

Bien que la prostitution ne soit pas illégale en France, son organisation (le proxénétisme) ou son usage le sont, et cela est d’autant plus vrai quand il s’agit de mineures. « Sans ces sites, il serait impossible de prostituer des mineures aussi aisément, s’alarme Me Lorraine Questiaux, avocate et chargée de mission juridique au sein du mouvement du Nid. Il est nécessaire d’avoir un lieu où s’alignent l’offre et la demande. La fermeture de ce site aurait un impact majeur sur cette activité. »

Le parquet de Paris confirme que la plateforme figure dans plusieurs enquêtes, sans en préciser le nombre ni commenter son maintien en ligne. Contacté, le site Sexemodel n’a pas répondu à nos demandes. D’après une enquête menée par Mediapart et d’autres médias du réseau European Investigative Collaborations, il est dirigé par un certain David Azzato, qui gère plusieurs sites similaires. Ce Suisse résidant à Dubaï a déjà été condamné en France à trois ans de prison avec sursis pour proxénétisme en 2011.

Sexemodel.com est enregistré en Suisse, ce qui complique les enquêtes et les procédures judiciaires. De plus, il se présente comme un simple hébergeur d’annonces. Dans ses conditions d’utilisation, il affirme ne prendre aucune responsabilité pour « tout contact ou rencontre résultant des publicités publiées ». Il soutient avoir une « tolérance zéro » pour les activités illégales et coopérer avec les autorités lorsque cela est requis par la justice.

Une hausse du phénomène observée depuis dix ans

Cette coopération pourrait aussi expliquer pourquoi la plateforme continue d’opérer. « C’est un outil qui permet de suivre les proxénètes. Les annonces sont accessibles au public, contrairement à des plateformes comme Snapchat ou Telegram », souligne Me Inès Davau, avocate de l’association Equipes d’action contre le proxénétisme (EACP). Les annonces, messages ou paiements peuvent devenir des preuves dans les enquêtes judiciaires. Toutefois, cette justification ne fait pas consensus. « La coopération avec la justice est un argument qui traduit une paresse et justifie l’inaction, déclare Me Lorraine Questiaux. On démantèle de petites structures pour afficher des statistiques, alors que c’est un phénomène social fondamental. »

Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, entre 2021 et 2024, le nombre de victimes mineures de proxénétisme a augmenté de 107 %. « L’accès aux réseaux sociaux banalise la prostitution et donne l’impression que c’est aisé », remarque Me Inès Davau. Les proxénètes considèrent souvent cette activité comme « moins risquée » que le trafic de stupéfiants.

Le proxénétisme à l’ère numérique

Cependant, tous les experts s’accordent à dire que la fermeture du site Sexemodel ne résoudrait pas le problème de la prostitution des mineurs. Un autre site le remplacerait immédiatement. Des plateformes comme Coco, Wannonce ou la section « Rencontres » de Viva Street ont déjà été fermées pour leur implication dans des affaires similaires. « Actuellement, tout se déroule en ligne. Sur TikTok également, des proxénètes publient des petites annonces », constate Lucile Rozane, présidente de l’EACP. Les adolescents peuvent entraîner d’autres jeunes : de petits réseaux émergent.

« Les pouvoirs publics sont dépassés par la situation », déplore Lucile Rozane. Si les proxénètes sont fréquemment condamnés, les clients le sont beaucoup moins : environ un millier chaque année. Ce chiffre est dérisoire face à l’ampleur du phénomène.