Seine-Saint-Denis : Que sait-on de la mort de Jérémy Cohen en février dernier à Bobigny ?

Eric Zemmour,  Marine Le Pen ou encore  Yannick Jadot… Sur les réseaux sociaux et chez plusieurs personnalités politiques, « l’affaire Jérémy Cohen » monte. Ce jeune homme est décédé après avoir été percuté par un tramway, le 16 février à Bobigny (Seine-Saint-Denis), alors qu’il tentait de fuir des agresseurs, selon les premiers éléments de l’enquête.

Le 29 mars, une information judiciaire a été ouverte pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner », a fait savoir le parquet de Bobigny, dans un communiqué de presse ce lundi. Mais pourquoi cette affaire fait-elle réagir la classe politique ? 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé ?

Le drame s’est produit mercredi 16 février, vers 20 heures, à Bobigny sur la ligne de tramway 1, qui relie Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) à Noisy-le-Sec, entre les arrêts Libération et La Ferme, avait précisé nos confrères du Parisien dans un article publié le lendemain du drame. « Le Groupe de protection et de sécurité des réseaux, la police et le SAMU sont rapidement intervenus sur place », avait déclaré la RATP auprès du journal. La victime, « dont le pronostic vital était engagé lorsqu’il a été transporté à l’hôpital », est décédé des suites de ses blessures le lendemain, a confirmé le parquet de Bobigny à 20 Minutes.

Quelques minutes avant le drame, Jérémy Cohen aurait été agressé par plusieurs individus. Dans une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux et présentée comme étant celle des derniers instants de Jérémy Cohen, on peut voir une dizaine d’individus frapper un homme. Ce dernier réussit à s’extraire de l’attroupement, s’enfuit entre les voitures présentes sur la route et s’engage pour traverser les voies du tramway. C’est à ce moment-là qu’il est percuté par le tramway. La vidéo en question a été transmise par la famille aux enquêteurs, après un appel à témoignage : « On a distribué des flyers dans les boîtes aux lettres et on a eu le témoignage déterminant d’une personne qui a pu filmer ce qui s’est passé », a expliqué Raphaël Cohen, le frère de la victime, invité au micro de Radio Shalom le 31 mars.

Selon la famille de Jérémy Cohen, qui estime que le jeune homme est « tombé dans un guet-apens », il « a reçu des coups de poing, des coups de pied, il était en sang, il avait les dents cassées, il s’est relevé. A ce moment-là, quelqu’un d’autre de la bande est arrivé et il l’a massacré, il l’a frappé de toutes ses forces sur sa tête au sol. Il s’est relevé avec un dernier effort, je ne sais pas dans quel état il était, il titubait, et à ce moment-là, le tramway l’a percuté », a raconté son père, Gérald Cohen, précisant que son fils était en situation de handicap. Mais c’était un « handicap qui n’était pas visible physiquement », a ajouté le frère de la victime.

Où en est l’enquête ?

Si une première enquête a d’abord été ouverte pour « homicide involontaire », des « éléments recueillis » ont permis aux enquêteurs « de comprendre que, quelques instants avant l’accident, la victime avait subi des violences », explique le parquet dans son communiqué ce lundi. Estimant que la victime a pu « traverser les voies du tramway pour échapper à ses agresseurs », le parquet a décidé, quelques jours plus tard, d’ouvrir une seconde enquête pour « violences volontaire en réunion ».

Si les deux enquêtes ont d’abord été menées en parallèle, la justice a finalement décidé de « regrouper les deux procédures dans un seul dossier judiciaire » et d’ouvrir, le 29 mars, une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L’enquête, placée sous l’autorité d’un juge d’instruction, a été confiée à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Si, pour l’instant, la qualification antisémite n’a pas été retenue, cela ne présage pas les suites des investigations. 

Pourquoi cette affaire fait-elle la une ce lundi ?

Depuis la publication sur les réseaux sociaux de la vidéo supposée de l’agression de Jérémy Cohen ce lundi, sa mort, d’abord présenté comme un dramatique accident, est désormais qualifiée d’agression antisémite par plusieurs internautes et des personnalités politiques, comme Eric Zemmour et Marine Le Pen. Qui est à l’origine de la publication de cette séquence ? 20 Minutes n’a pas été en mesure de remonter avec certitude à la première publication de la vidéo. La famille de Jérémy Cohen a condamné cette publication  auprès de nos confrères de la chaîne i24news.

En tout état de cause, ces images font rapidement leur chemin sur la Toile et attirent l’attention d’Eric Zemmour et de ses partisans. « Pourquoi aucun média, ni aucun politicien, ni aucun membre du gouvernement ne parle de la mort de Jérémy Cohen, tabassé par des racailles ? », dénonce le candidat à la présidentielle sur son compte Twitter. « La mort de Jérémy Cohen est l’épouvantable symptôme de la tragédie que vit notre pays », a également estimé le polémiste dans  une tribune publiée dans Valeurs Actuelles. Les soutiens du candidat de « Reconquête », qui tweetent à leur tour en masse, font émerger le hashtag #JérémyCohen sur Twitter pour dénoncer le silence des médias sur l’agression.

« Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de la mort de Jeremy Cohen, son agression avant qu’il soit heurté par un tramway à Bobigny. Ce n’est pas à sa famille de réunir les preuves », réagit Yannick Jadot. « Fin février, Jérémy Cohen était assassiné », dénonce de son côté Marine Le Pen. « Ce qui était présenté comme un accident pourrait être un meurtre antisémite. Comment expliquer le silence sur cette affaire et ses motivations ? » L’affaire n’a pas fini de s’inviter dans la campagne  présidentielle.