Sécheresse : Tout comprendre à la situation « préoccupante » des nappes phréatiques

Les nappes phréatiques françaises ont soif. Nos réserves d’eau souterraines se trouvaient fin décembre à des niveaux « préoccupants » sur une grande partie du pays, avertit ce vendredi le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM). Que se passe-t-il ? Quand espérer une amélioration ? 20 Minutes fait le point pour vous.

Que se passe-t-il avec nos nappes phréatiques ?

« Les niveaux des nappes du mois de décembre sont peu satisfaisants », écrit l’organisme public dans un bulletin de situation au 1er janvier. « Plus des trois quarts des nappes restent sous les normales mensuelles avec de nombreux secteurs affichant des niveaux bas à très bas », relève-t-il, soulignant que « les niveaux sont nettement inférieurs à ceux de décembre de l’année dernière ».

Le BRGM constate ainsi des niveaux « préoccupants sur une grande partie du territoire », avec toutefois quelques exceptions locales comme la Bretagne ou Alsace. Dans le détail, le BRGM montre que seules huit nappes phréatiques présentent des niveaux « autour de la moyenne », les autres affichant un taux « modérément bas », « bas » voire « très bas ». Aucune n’est à des niveaux « modérément hauts », « hauts » ou « très hauts » en ce début d’année.

Une situation inquiétante. En France, les nappes phréatiques fournissent environ deux tiers de l’eau potable et un tiers de l’irrigation agricole.

Carte du niveau de remplissage des nappes phréatiques françaises au 1er janvier 2023
Carte du niveau de remplissage des nappes phréatiques françaises au 1er janvier 2023 – IGN/BRGM/Ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires

Pourquoi sont-elles vides ?

Selon Météo-France, 2022 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en France avec 14,5 degrés de température moyenne annuelle mais aussi l’une des plus sèches, accusant un déficit de pluviométrie de quelque 25 %. Or, pour se remplir, les nappes phréatiques ont besoin de précipitations.

« Les pluies infiltrées durant l’automne sont très insuffisantes pour compenser les déficits accumulés durant l’année 2022 et améliorer durablement l’état des nappes », explique le Bureau des recherches géologiques et minières. Et quand il pleut, les sols qui ont été assoiffés sur la durée deviennent partiellement imperméables. Les pluies de l’automne, sur des sols très secs, ont donc profité en premier lieu aux sols en surface et à la végétation avant de recharger les nappes en profondeur.

Les prochains mois apporteront-ils suffisamment de pluie pour inverser la tendance ?

Dans son bulletin des grandes tendances climatiques sur trois mois pour la période janvier mars 2023, Météo-France n’avançait fin décembre « aucun scénario » précis en matière de précipitations pour la France. Or ce sont les pluies qui seront déterminantes. « Les tendances et l’évolution de l’état des nappes en période hivernale dépendent exclusivement des pluies infiltrées, et donc des cumuls pluviométriques, et de l’inertie de la nappe [temps de réponse à une pluie infiltrée] », souligne encore le BRGM.

Mais la situation est alarmante, notamment dans le Sud-Ouest. « Aujourd’hui, on sait que ce sera pratiquement impossible de les remplir », dans la région, explique Guillaume Choisy, directeur général de l’Agence de l’eau de cette zone qui s’étend sur 25 départements de la Charente-Maritime à l’Ariège. Si la pluie est aussi rare en 2023, « on arrivera à une situation bien pire que celle qu’on a connue en fin d’été 2022 », quand quasiment tous les départements métropolitains connaissaient des restrictions d’eau, a-t-il ajouté. Des arrêtés sont toujours en vigueur dans une douzaine d’entre eux.

La neige peut-elle changer la donne ?

De la neige est annoncée dans les Pyrénées dès dimanche. « Une période de froid avec de la neige dans la montagne peut permettre de remplir régulièrement les barrages lors de la fonte », explique Guillaume Choisy. « Mais normalement ces barrages sont plus d’à moitié plein lors de cette période. Là, ils oscillent seulement entre 17 % dans l’Ariège et 25 % dans les Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques », alerte-t-il. La neige permettra aux nappes de se remplir mais sans elle et sans des précipitations régulières, la situation sera « extrême » en été. « Même pour une année moyenne, nous aurons des difficultés à subvenir à l’ensemble des usages », avertit le directeur général de l’Agence de l’eau Adour-Garonne.