Schizophrénie : Informer les jeunes pour lutter contre préjugés et confusions

Illustration de Schizo, une série qui n’a pour le moment qu’un épisode et dévoile le quotidien d’une lycéenne schizophrène. — Journées de la Schizophrénie

  • En France, 660.000 personnes souffrent de schizophrénie.
  • Malheureusement, le cinéma, les médias, la méconnaissance véhiculent des confusions et des clichés sur cette maladie, qui se déclare dans 85 % des cas entre 15 et 25 ans.
  • Pour mieux informer les jeunes, plusieurs initiatives sont lancées, notamment à l’occasion des Journées de la schizophrénie (dont la plupart des opérations sont malheureusement annulées en raison du coronavirus).

« Évidemment, les voix que j’entends ne me complimentent pas, elles m’insultent et me font douter des autres », témoigne Naama, 19 ans. Depuis ses 14 ans, la jeune femme se bat contre une maladie psychique aussi méconnue que stigmatisante : la schizophrénie.

Une maladie qui s’est invitée dans son train-train de collégienne dès la 3e. « J’avais l’impression d’être persécutée, j’avais tenté de me suicider plusieurs fois. Je m’en suis sortie petit à petit. Sans psy, sans médecin, sans médicament. » Mais à 17 ans, à nouveau, elle remarque des changements d’humeur importants. Finalement, l’infirmière du lycée lui propose d’aller aux urgences. Le soir même, elle est hospitalisée en psychiatrie. « Tous les préjugés sur l’hôpital psy, la camisole, les cris, j’y croyais, je me suis dit : « mais dans quelle galère je me suis mise ? » J’ai été très bien accueillie par les patients, ils m’ont rassuré. Il y avait en réalité principalement des dépressifs. »

« J’étais à nouveau dans un délire de persécution »

Quatre mois plus tard, Naama sort de l’hôpital en forme. « Mais un mois après, j’étais à nouveau dans un délire de persécution : je pensais qu’il y avait des caméras partout, dans la rue, les miroirs, les rideaux, et que c’était l’État ou l’hôpital qui me surveillaient », reprend la jeune fille. Retour à la case hôpital. « En un an et demi, j’ai fait huit hospitalisations. Entre mes 17 et mes 18 ans, j’ai passé plus de temps à l’hôpital que chez moi. »

Finalement, elle découvre son diagnostic par mégarde, noté sur son dossier : schizophrénie dystimique. « Bien sûr, je suis allée sur Internet et me suis dit « et merde ! ». En même temps, je me reconnaissais. C’est un mélange de schizophrénie et de bipolarité. » Depuis, Naama a pu reprendre ses études dans un centre soins-études et se sent stabilisée. Mais ce qui la met en colère, ce sont les divers préjugés qui entourent la schizophrénie.

Violent, vraiment ?

Premier d’entre eux, la violence. « Schizo égale tueur en série pour certains, déplore Naama. On n’est pas dangereux pour les autres, mais pour nous-mêmes. En général, on s’isole. » Ce que confirme Christophe Debien, psychiatre au CHU de Lille : « C’est un épiphénomène rare. »

Autre décalage entre représentations et réalité : le séjour à l’hôpital psychiatrique. « On m’a demandé si on m’avait mis une camisole, si on m’avait attaché au lit, se remémore Naama. Les gens imaginent l’hôpital psychiatrique comme un asile du XIXe siècle. » Des clichés particulièrement vivaces chez les jeunes. « J’en ai entendu de bonnes !, s’exclame Naama. Au lycée, certains m’ont dit qu’ils ne voulaient plus traîner avec moi parce qu’ils avaient peur que je leur transmette la maladie. C’est pas une grippe ! »

Pas une, mais des schizophrénies

Autre problème, les confusions. « Certains me disaient que la schizophrénie, c’était le dédoublement de personnalité. » Faux, répond Christophe Debien, qui fait une petite mise au point : « c’est une maladie psychiatrique qui se manifeste par des symptômes, dont les plus connus sont les hallucinations, alors que ce ne sont pas les plus fréquents. Au cinéma, on montre souvent les hallucinations visuelles, alors que ce sont les hallucinations acoustico-verbales, un mélange de sons parasite et de voix, qui sont plus courantes. Il y a aussi une altération du rapport à la réalité. Un peu comme si on mettait des lunettes de soleil : on ne voit plus l’environnement tel qu’il est. Enfin, troisième pan : la désorganisation de la pensée, des difficultés à raisonner, une altération de la mémoire. Surtout, il n’y a pas une, mais des schizophrénies, avec des mélanges divers de symptômes. »

Informer les jeunes leur semble à tous deux une urgence. Car c’est justement entre 15 et 25 ans que les premiers symptômes interviennent en général. « La psychiatrie souffre de la stigmatisation, précise Christophe Debien. On pourrait ne pas s’en occuper si ce n’était pas un obstacle majeur à l’accès aux soins. D’autant que plus on la dépiste tôt, mieux on s’en sort. Or, on constate un retard au diagnostic de cinq à dix ans. » Ce qui laisse le temps à la maladie d’évoluer, avec son cortège de conséquences : déscolarisation, isolement, dépression, suicide…

Comment sensibiliser les jeunes ?

« Il faut aller sur leur territoire, c’est-à-dire les réseaux sociaux, et responsabiliser les médias, les scénaristes, les réalisateurs, à travailler de concert avec des patients et des soignants pour co-construire des fictions qui portent des messages forts. » Le psychiatre a créé avec un collègue une chaîne You Tube, où il tord le cou aux clichés sur la psychiatrie. De leur côté, les associations proposent des informations claires et nuancées sur le site schizinfo.com, site des Journées de la Schizophrénie (dont les actions sur le terrain sont annulées en raison du coronavirus).

La fiction, on l’a dit, a aussi un rôle à jouer. Voilà pourquoi, les associations ont mis en ligne, à l’occasion de ces Journées, une websérie d’un seul épisode, Schizo, réalisée avec un comité d’experts. Dix minutes dans le cerveau d’Alice, lycéenne qui bloque sur une lumière rouge, entend des voix…

Schizo
Schizo saison 1 Bande-annonce VF

En mai, sortira au cinéma La forêt de mon père, dans lequel Gina, 15 ans, voit son père sombrer dans la schizophrénie. Un film « pas médical, mais d’amour, à hauteur d’enfant », précise sa réalisatrice, Véro Cratzborn. Par ailleurs, « la série Maniac arrive à donner une représentation assez subtile, se félicite le psychiatre. La représentation dans la fiction est en train de changer, mais dans les faits, c’est très lent. »

Un programme est également prévu par le ministère de la Santé pour que chacun puisse suivre une formation aux premiers secours en santé mentale, à l’image du diplôme de secourisme. Pour éviter que, demain, les jeunes schizophrènes entendent autant d’inepties que Naama.

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