« Scènes de ménages » a ses « boomers » mais toujours pas de couple homo

Gilbert et Catherine intégreront la galerie de personnages principaux de Scènes de ménages le lundi 23 janvier, à 20h30 sur M6. « Ils viennent de se rencontrer et s’aiment sincèrement. C’est un petit couple de boomers qui essaye de ne pas être dépassé par rapport à la société », décrit Mathieu Laurentin, le producteur exécutif.

Gilbert est, selon les termes de Didier Bénureau qui l’incarne, « un beauf ». Patron d’une TPE dans le domaine du transport, il est « vindicatif et gentiment parvenu », complète le représentant de Kabo productions. Christine, elle, est une notable de province. « Elle a divorcé trois fois parce qu’elle s’ennuyait avec ses maris », précise Fanny Cottençon, son interprète, qui a insisté pour qu’elle ne soit « jamais présentée comme une victime ».

Lutte des classes

Ces sexagénaires sont issus de milieux différents et leur dynamique rejoue, en filigrane, une forme de lutte des classes. Catherine, que la passion de son conjoint pour la musique country insupporte, découvre ainsi ce qu’est le travail à l’approche de la retraite. Elle a investi dans un camping mais préfère parler d’« l’hôtellerie de plein air »…

Plus de treize ans après sa création, Scènes de ménages présente ainsi une large variété de profils : les retraités, les bobos néoruraux, le couple mixte ou avec une différence d’âges… En revanche, l’idée d’inclure un couple homo reste un serpent de mer.

« Je sais qu’il y a un peu de forcing sociétal pour avoir un couple homosexuel dans Scènes de ménages. Mais je déteste qu’on me force la main », déclarait le producteur Alain Kappauf à TV Magazine en 2018. Il ajoutait : « On s’est dit qu’avec un couple homosexuel, il n’y avait pas d’aspérités spécifiques dans ce qu’on cherche. »

Pas de réponse de la production

Sa position ne semble pas avoir bougé d’un pouce. 20 Minutes aurait voulu lui poser la question or, à l’heure où ces lignes sont écrites, notre demande d’interview reste sans réponse. Ce n’est pas vraiment une surprise, on nous avait bien fait comprendre que notre requête, sur ce sujet-là, risquait de rester lettre morte.

D’ailleurs, aucun membre de la production n’était présent pour la session de questions-réponses avec des journalistes organisée début janvier. Mathieu Laurentin s’est éclipsé juste après avoir prononcé un petit discours de présentation avant la projection d’une poignée de sketches inédits. « Il a dû partir sur un tournage », nous a indiqué son entourage.

« Scènes de ménages n’a pas vocation à représenter la société »

« On essaye de faire une typologie assez large autour des caractéristiques du couple au niveau de l’âge, des professions, de l’écart social qu’il peut y avoir entre chacun. C’est compliqué de représenter tout le monde et ce n’est pas le but de la série en soi. Scènes de ménages n’a pas vocation à refléter la société française, répond M6 de son côté. On ne peut pas imposer à des auteurs, des réalisateurs, qui travaillent au quotidien sur une série, d’avoir un couple homosexuel ou que ce soit représentatif. »

Interviewée par 20 Minutes il y a cinq ans, Valérie Karsenti, qui joue Liliane depuis 2009, se disait plus que favorable à l’arrivée d’un couple gay ou lesbien dans le programme. « J’espère que ça viendra car ce serait représentatif de notre société. A travers la comédie, on pourrait apporter beaucoup de choses. Après, ce serait tellement dommage d’avoir un couple homo et de faire rire de cette homosexualité. »

« Ça arrivera peut-être un jour, mais ça tarde »

La peur de la blague mal perçue, du bad buzz, d’être accusé d’homophobie sur les réseaux sociaux est, nous dit-on en off, un frein à ce que les choses évoluent – les scénaristes apprécieront. C’est aussi partir du principe – problématique – qu’un couple d’hommes ou de femmes ne puisse être perçu par aucun autre prisme que celui de l’orientation sexuelle. Et voilà comment, dix ans après la promulgation de la loi dite « mariage pour tous », Scènes de ménages continue de cantonner les personnages homos à des rôles secondaires (ce qui est tellement 2011).

« Ça arrivera peut-être un jour, mais ça tarde », reconnaît Fanny Cottençon. Didier Bénureau, lui, a une suggestion : « Gilbert et Catherine pourraient avoir une relation homosexuelle chacun de leur côté. Je suis partant ! Je veux bien militer. »