Santé mentale : Un dépistage sanguin pour diagnostiquer la bipolarité ? C’est en cours

Une nouvelle innovation pourrait révolutionner la médecine : il existerait un dépistage sanguin qui permettrait de diagnostiquer la bipolarité. Le progrès ne s’arrête donc jamais. Sur les réseaux sociaux, la découverte est attribuée au Professeur Raoul Belzeaux, actuellement psychiatre au CHU de Montpellier.

Pour de nombreux internautes, c’est impossible. Et à vrai dire c’est un peu ce qu’on se dit quand on entend la nouvelle. « Déceler un trouble mental par le sang ? Vraiment ? », s’interroge l’un d’eux. « C’est juste du pipeau. » Certains osent même le comparatif : « Visiblement tous les professeurs Raoul sont aussi barrés. » Une référence à notre cher Didier Raoult qui voulait guérir le Covid-19 avec de l’hydroxychloroquine. 20 Minutes fait le point sur cette découverte.

FAKE OFF

Selon la Haute Autorité de santé, il faut dix longues années en moyenne entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic médical du trouble bipolaire. Alors forcément, un test sanguin serait bien plus simple et rapide. Une aubaine pour les personnes qui souffrent de cette pathologie classée parmi les 10 maladies les plus invalidantes, par l’Organisation Mondiale de la Santé. Et bien ce sera bientôt le cas, car ce test est bien réel.

Le Dr Raoul Belzeaux, auparavant psychiatre aux Hôpitaux Universitaires de Marseille, ainsi que d’autres chercheurs et médecins de la Fondation FondaMental, sont à l’origine de la découverte. « La bipolarité est une maladie contraignante, affectant la vie quotidienne. Elle peut concerner différents domaines comme les facultés cognitives – en perturbant la mémoire, l’attention ou encore les fonctions exécutives des malades –, le sommeil, ou encore se manifester à travers une fatigue excessive », explique la fondation.

Ce retard de diagnostic pénalise les patients qui ne peuvent donc bénéficier du bon traitement ou encore du bon suivi. « Ce décalage s’explique par la méconnaissance de la maladie de la part des médecins, qui associent souvent les symptômes de la bipolarité à ceux de la dépression », avance la fondation. Si bien qu’actuellement, 40 % des dépressifs pourraient en réalité souffrir de bipolarité sans être diagnostiqués, selon les estimations. Or, « la prise d’antidépresseurs peut même aggraver les troubles chez un patient bipolaire » affirment les chercheurs.

Les essais cliniques doivent encore valider le test

A travers une étude publiée en 2021, les experts ont constaté que la bipolarité laisse des traces dans le sang. Ils ont repéré des biomarqueurs sanguins permettant d’affiner le diagnostic du trouble bipolaire. Plus exactement, la détection et le dosage des cytokines dans le sang, un biomarqueur inflammatoire, permettent de différencier les patients atteints de troubles bipolaires de ceux qui souffrent d’un trouble dépressif. Le test n’est donc applicable qu’après un diagnostic de dépression fait par un médecin : il permet alors seulement « de discriminer une dépression d’un trouble bipolaire ».

Pour cette découverte, le Professeur Raoul Belzeaux a reçu le prix Marcel Dassault pour l’innovation 2022. Le groupe Dassault s’associe à la fondation FondaMental depuis 2012, afin de soutenir la recherche sur les maladies mentales et de promouvoir une recherche de pointe en psychiatrie au service des patients. « Ce prix facilitera le financement de l’essai clinique nécessaire pour valider le test de dépistage rapide et développer son exploitation industrielle », a d’ailleurs annoncé le CHU de Montpellier sur son site.

L’efficacité de ce test doit encore être confirmée par un essai clinique. Il a vocation à être inscrit sur la liste des produits autorisés et remboursés par l’Assurance maladie, au bénéfice du patient et de notre système de santé.

Un autre test similaire est sous le feu des projecteurs : celui de la start-up Aleciag, une société bio pharmaceutique basée dans l’Hérault. « Quand le cerveau dysfonctionne, il envoie des signaux dans le corps, comme le ferait un rein ou un foie malade », explique Dinah Weissmann, cofondatrice de l’entreprise, à Ouest-France. Le test baptisé Edit-B a été mis au point après dix ans de travail, et sera commercialisé début 2023 en Italie et en Suisse. Ce sera ensuite le cas en France, à un tarif non communiqué. Des discussions avec les autorités sanitaires en vue de son éventuel remboursement par la Sécurité sociale sont en cours.