Santé mentale : A la Maison Perchée, les jeunes souffrant de bipolarité et de schizophrénie s’entraident

Au 59 avenue de la République, dans le 11e arrondissement de Paris, un local aux grandes vitres entourées de noir arbore un gros autocollant « La Maison Perchée ». Ce jeudi soir, pour la première fois, les vitres sont embuées. A l’intérieur, les silhouettes s’agitent. Une centaine de personnes sont venues assister à l’inauguration de ce lieu un peu spécial qui ouvrira ses portes aux adhérents le 1er décembre et au grand public courant janvier. Un endroit non médicalisé pour les jeunes souffrant de trouble bipolaire et de schizophrénie basé sur l’entraide, l’écoute et le partage d’expériences. Trois de ses quatre jeunes fondateurs et fondatrices, Maxime Perez-Zitvogel, Lucille Zolla, Caroline Matte et Victoria Leroy, souffrent d’un de ces deux troubles.

20 heures. Les quatre trentenaires montent sur l’estrade devant leurs proches, les bénévoles et plusieurs mécènes. « J’ai compris que l’hôpital n’était pas très hospitalier pour moi, raconte Victoria Leroy, qui a réalisé de nombreux séjours en hôpital psychiatrique. J’avais besoin d’une maison, pour moi mais aussi pour les autres personnes qui errent. » Maxime Perez-Zitvogel récupère le micro : « J’ai eu la chance d’avoir un toit, de quoi manger et d’avoir des proches qui m’ont soutenu. Mais tout le monde n’a pas cette chance. » La sœur de Maxime se retourne et regarde sa mère d’un air attendri.

Groupes de parole, ateliers et binômes

C’est pour combattre cette solitude que la Maison Perchée a été créée. Hana Levy-Soussan, 29 ans, est présente sur l’estrade. L’étudiante venait de terminer son master de psychologie lorsqu’elle a été hospitalisée durant quatre mois en raison de son trouble bipolaire, diagnostiqué en juin 2020. « Quand j’étais vraiment perchée et complètement délirante à l’hôpital, ce dont je souffrais le plus, c’était la solitude, le fait que personne ne comprenait ce que je racontais », nous confie la jeune femme une fois descendue de scène.

Alors quand elle a découvert la Maison Perchée, elle n’a pas hésité. « On se retrouve avec des personnes qui ont vécu des expériences plus ou moins semblables, donc on sort de cette solitude. Lorsque l’on est plusieurs à être fous, on ne se sent plus fou. »

Aux murs, une frise récapitule le chemin parcouru par l’association depuis ses prémices, en 2020. Si les groupes de parole, ateliers et conversations en binôme pouvaient déjà être réalisés en ligne depuis près d’un an, les Parisiens et Parisiennes pourront désormais se rendre dans les spacieux locaux de l’association pour y assister. Une immense pièce avec une grande hauteur sous plafond en plein cœur de la capitale que les fondateurs et bénévoles ont mis du temps à trouver et qui abrite également un café à son entrée, ouvert à toutes et tous.

Un partage d’expériences

En face de la frise, des dessins réalisés par des membres de la communauté et des QR code permettent d’obtenir des informations sur les différents troubles, afin de déstigmatiser la maladie mentale. « A mon époque, la stigmatisation était encore plus importante », raconte Rémi, l’un des plus vieux – bien que relativement jeune – bénévoles. Le presque quadra a commencé par animer des groupes de parole et prendre « des appels téléphoniques d’une heure de gens qui ne se sentaient pas très bien et qui avaient envie de parler ».

Avant de rejoindre la Maison Perchée, il n’avait jamais rencontré de personnes ayant un trouble bipolaire, comme lui, en dehors de ses séjours en hôpital psychiatrique et dit vouloir « partager son expérience ». L’ingénieur est marié, père de deux enfants et a travaillé dans de grosses boîtes et à l’étranger. « En animant des groupes de parole, je me suis rendu compte que ça donnait beaucoup d’espoir à des personnes plus jeunes qui avaient été diagnostiquées récemment et qui ne s’imaginaient pas que c’était possible. »

Des bénévoles formés pendant un an

La formation des « pairs-aidants », c’est Hana qui s’en occupe. La psychologue de formation, qui préfère aujourd’hui le titre de « psychofolle », recrute, forme et accompagne des dizaines de bénévoles. Des personnes qui ont pris du recul sur leur trouble et auquel les jeunes pourront s’identifier. La formation continue dure un an. « Je leur apprends comment animer un groupe de parole, accompagner l’autre de la manière la plus aidante possible, se raconter en passant de notre expérience brute à un savoir expérientiel », énonce-t-elle, enjouée. Les personnes qui ont été accompagnées sont encouragées à aider à leur tour une fois qu’elles sont sur la voie du rétablissement.

A la Maison Perchée, les bénévoles et adhérents abordent toutes les questions que peut se poser un ou une jeune vivant avec un trouble psychique. « On organise notamment des ateliers sur le thème “mieux connaître ses droits” », explique Clara, une bénévole qui étudie le droit. « On explique par exemple comment justifier une longue absence pour cause d’hospitalisation sur un CV ». Des questions que les personnes ne posent pas forcément à leur psychiatre, au même titre que leur vie intime, leurs études ou leur vie familiale.

Les familles intégrées

Les familles n’ont d’ailleurs pas été oubliées, car il existe aussi des groupes de parole pour les proches. Florence, qui arbore fièrement son badge « bénévole », en fait partie. La mère de famille a rejoint la Maison Perchée à la suite du diagnostic de son fils de 19 ans. Elle coordonne aujourd’hui les groupes de parole de proches. « Pour l’instant, mon fils ne veut pas y assister, regrette la maman. Mais au moins, il sait que ça existe. »

Au cours de la soirée, deux bénévoles jettent un coup d’œil à la frise récapitulative et constatent le chemin parcouru. Les quatre fondateurs sont désormais salariés. Ils ont pu recruter 25 bénévoles et la Maison compte déjà une centaine d’adhérents. Une maison qui n’en finit plus de s’agrandir.