Sanctions américaines et capture de Maduro : 20 ans de tensions USA-Venezuela
Les tensions entre les Etats-Unis et le Venezuela ont évolué en vingt ans, conduisant à la capture de Nicolás Maduro par les Américains ce samedi. Après des frappes américaines sur des cibles à Caracas, le gouvernement vénézuélien a dénoncé une « très grave agression militaire ».
Des premières sanctions imposées par les Etats-Unis au Venezuela en 2006 aux frappes récentes contre des navires de narcotrafiquants présumés, les relations entre Washington et Caracas ont continuellement évolué au cours des vingt dernières années, culminant ce samedi avec la capture de Nicolás Maduro par les Américains, dans le cadre d’une opération menée en dehors de toute législation internationale, marquant ainsi une intervention américaine dans un pays étranger.
Les relations entre les deux nations se sont détériorées après l’accession au pouvoir en 1999 du président Hugo Chávez, figure emblématique de la gauche radicale en Amérique latine. En 2006, sous la présidence de George W. Bush, les Etats-Unis interdisent la vente d’armes et de matériel militaire de fabrication américaine au Venezuela, invoquant un manque de coopération dans la lutte contre le terrorisme. Cette situation se complique jusqu’en 2010, lorsque les deux pays ne conservent plus d’ambassadeurs respectifs.
### Accusations de violation des droits humains
Suite au décès d’Hugo Chávez en 2013 et à l’élection de son successeur Nicolás Maduro, l’administration de Barack Obama impose, à la fin de 2014 et au début de 2015, des sanctions contre plusieurs hauts responsables vénézuéliens (gel d’avoirs aux Etats-Unis et interdiction de visas) accusés de violations des droits humains en raison de leur rôle dans la violente répression des manifestations contre le nouveau président.
À partir de 2017, la première administration Trump impose des sanctions financières à de nombreux hauts responsables, y compris des membres de la Cour suprême, pour avoir affaibli l’autorité du Parlement, contrôlé par l’opposition depuis fin 2015.
### Une « possible option militaire », déjà évoquée en 2017
Après l’élection controversée d’une Assemblée constituante sous la domination de Maduro, Washington le sanctionne directement en gelant ses avoirs aux Etats-Unis. Donald Trump mentionne alors une « possible option militaire » au Venezuela, une menace qu’il continuera de brandir au cours des années suivantes.
À la suite de la réélection de Nicolás Maduro, jugée « illégitime » par Washington et irrégulière par la communauté internationale, Donald Trump intensifie en 2019 les sanctions économiques dans le but de paralyser le pays et de chasser le président vénézuélien.
Caracas rompt ses relations diplomatiques lorsque les États-Unis, suivis par une soixantaine de pays, reconnaissent l’opposant Juan Guaido comme « président par intérim » (jusqu’à la dissolution en 2023 de son gouvernement auto-proclamé).
Le 28 avril 2019 est instauré un embargo américain sur le pétrole vénézuélien. Cet embargo est temporairement assoupli en 2023 pour compenser la perte de brut russe après l’invasion de l’Ukraine, mais est rétabli lorsque Washington estime que Nicolás Maduro ne respecte pas ses engagements en vue d’une élection présidentielle équitable en 2024, la déclaration d’inéligibilité de María Corina Machado, cheffe de l’opposition et candidate au prix Nobel de la paix, ayant été prolongée.
### Trump offre 50 millions de dollars pour la tête de Maduro
Au début de son second mandat en 2025, Donald Trump met un terme aux licences pétrolières qui permettaient à des multinationales du pétrole et du gaz de poursuivre leurs activités au Venezuela, malgré les sanctions.
Entretemps, en 2020, Maduro, ainsi que plusieurs de ses proches, a été inculpé aux Etats-Unis pour « narco-terrorisme » et Washington a proposé 15 millions de dollars pour toute information permettant de l’arrêter. Cette récompense a été portée à 50 millions en août 2025.
Washington accuse Maduro de diriger le « Cartel des Soleils », inscrit sur sa liste d’organisations « terroristes », bien que de nombreux experts contestent l’existence de ce cartel.
### Des frappes sur des bateaux au large du Venezuela
Depuis août, les Etats-Unis déploient une importante force militaire en mer des Caraïbes, menant depuis septembre des frappes aériennes mortelles contre des navires de narco-trafiquants présumés, accusant Caracas de faciliter un trafic de stupéfiants dirigé vers les États-Unis.
Au moins 115 personnes auraient été tuées lors de 35 frappes signalées. Le 10 décembre, les États-Unis annoncent la saisie d’un pétrolier au large du Venezuela. Caracas, qui reproche déjà à Washington des intentions d’appropriation de son pétrole, dénonce un « acte de piraterie internationale ».
Les garde-côtes américains saisissent un deuxième pétrolier le 20 décembre et poursuivent un troisième peu après, dans le cadre d’un blocus naval autour du pays visant des pétroliers accusés de transporter du pétrole vénézuélien sous sanctions.
### Capture et exfiltration de Nicolás Maduro et de son épouse
Lundi, Donald Trump déclare que les Etats-Unis ont détruit une zone d’accostage utilisée par des bateaux soupçonnés de participer au narcotrafic au Venezuela — une opération qui semble être la première frappe terrestre américaine depuis le début de la campagne maritime. Cependant, le président américain ne précise pas le lieu exact.
Samedi soir, des explosions retentissent à Caracas. Des frappes américaines ciblent une base et un complexe militaire dans la capitale vénézuélienne, ainsi que d’autres objectifs dans deux régions voisines.
Dans la foulée, Donald Trump annonce la capture et l’exfiltration de Nicolás Maduro et de son épouse.
Caracas qualifie cet événement de « très grave agression militaire » et appelle « toutes les forces sociales et politiques du pays à activer les plans de mobilisation ».

