Salon de l’agriculture : « On ne va pas se pendre non plus » sans vaches
Le Salon de l’agriculture 2026, ouvert ce samedi, se tient sans vaches, une première depuis la création de l’événement en 1964, en raison de l’épidémie de Dermatose Nodulaire contagieuse. La surface d’exposition a été réduite d’un tiers en raison de l’absence des 500 vaches, tandis que 20 % des autres animaux ont été envoyés en renfort pour compenser leur absence.
Au Salon de l’agriculture,
Peut-on imaginer un Noël sans sapin, un Indiana Jones sans Harrison Ford, ou un album de Taylor Swift sans évoquer un chagrin d’amour ? Pourtant, le Salon de l’agriculture 2026, qui a ouvert ses portes ce samedi, se déroule sans vaches, l’animal emblématique de la ferme et le visage de l’événement. Aucun bovin n’a fait le trajet jusqu’à Paris, une première depuis la création du Salon en 1964, en raison de l’épidémie de Dermatose Nodulaire contagieuse (DNS) qui a frappé les élevages l’été dernier.

Bien que la maladie ait reculé (aucun nouveau cas depuis le 2 janvier) et qu’Emmanuel Macron ait même évoqué en février la possibilité d’amener quelques vachettes, la profession a uniformément décliné cette proposition, par solidarité avec les éleveurs les plus touchés. Vendredi, les Pyrénées de l’élevage de Nicolas sont passées en zone vaccinale, permettant à ses animaux de circuler à nouveau dans le pays. Malgré cela, ils sont restés sagement à l’étable.
« Il ne faut pas se mettre les mains devant les yeux, bien sûr que cela fait un manque », confie l’éleveur, qui amène son troupeau à Paris depuis plus de vingt ans. « Le matin, on ne va pas au lavage, on ne s’occupe pas de nos animaux, il n’y a plus de rythme sur dix jours. Mais on ne va pas se pendre non plus… C’est surtout triste pour les bêtes : c’est un an de préparation et un événement central de leurs vies. »
Une seule vache vous manque, et tout est dépeuplé
En outre, les volailles n’ont pas été présentes depuis 2019 en raison de la grippe aviaire, rendant le hall 1, habituellement rempli d’animaux, étrangement vide en ce premier jour. L’absence des 500 vaches du Salon a réduit la surface d’exposition d’un tiers, abandonnant certaines allées et transformant la ferme géante des années précédentes en une sorte de rue désertique. Arnaud Lemoine, président du Centre national des expositions et concours agricoles, indique que 20 % des autres animaux – moutons, cochons et ânes – ont été rapportés en renfort pour compenser cette absence, accompagnés de nombreux ateliers pédagogiques. Cependant, Nathalie, éleveuse de brebis, constate que « le même stand, au même endroit, et avec la même surface que l’an passé » a été réservé pour ses animaux, sans aucune plus-value de place due à l’absence des bovins.

« À ce rythme, on peut se demander s’il restera des animaux dans ce Salon ! », s’exclame Hélène, qui a amené son petit-fils inconsolable. Âgé de quatre ans, il n’était pas au courant de l’absence de vaches et se laisse emporter par sa tristesse dans les allées. Il faudra encore attendre au moins un an pour qu’il puisse voir son premier bovin.
Les chevaux, pas encore là pour compenser
Cette absence de vaches suscitera-t-elle un intérêt du public pour des animaux moins populaires ? Difficile à dire, à en juger par les gradins vides lors des présentations de races de moutons. La laine blanche, la queue en tire-bouchon des cochons ou la corne des brebis sont certes agréables à voir, mais tous les éleveurs s’accordent à dire qu’il est difficile de rivaliser avec le charisme des vaches, leurs 800 kg, leur stature imposante. Les chevaux sont attendus comme les nouveaux favoris de l’édition, mais ne défileront qu’à partir de dimanche.

Ainsi, dans l’évidence de son absence irremplaçable, la vache est omniprésente. Elle figure sur les logos, les sacs de Lidl, qui sont aussi des stars du salon, et dans les goodies. Au stand du Nord dans le hall 1, on propose même, pour la première fois, des peluches de vachettes.

Maude y voit l’occasion de maintenir l’animal culte. Car au salon, les absents n’ont pas toujours tort, et la Nordiste espère transformer leur absence en une opportunité de sensibilisation : « On ressent beaucoup de solidarité, et il est important pour nous de communiquer, d’expliquer que la maladie n’est pas dangereuse pour l’homme et que les vaches vont mieux. »
« Surtout venues pour les dégustations »
Heureusement, le Salon attire aussi des novices. Cassy et Lucciana, venues de Valenciennes pour la première fois, ont du mal à apprécier l’ampleur de cette absence qui suscite tant de commentaires. Avec des sacs Lidl en main, elles confirment avoir beaucoup aimé les animaux présents et être, de toute façon, « surtout venues pour les dégustations ».

Car, comme le souligne le président Arnaud Lemoine, « il n’y a pas que les animaux et le hall 1 ». Les autres stands et halls bénéficieront également de l’absence des vaches, en attirant l’attention. Le président assure que le Salon espère toujours atteindre ses 600.000 visiteurs annuels, qu’il y ait des bovins ou non. Un passage au hall 7, dédié aux produits du terroir et centre névralgique de l’événement, laisse entrevoir une affluence encourageante dès ce premier samedi.
Le hall 7, grand bénéficiaire de l’absence de vaches ?
Timothée, qui vend des produits depuis ce matin, se demande si le manque d’attraction relatif du hall 1 pourrait booster son chiffre d’affaires. « C’est difficile à dire. On fera un premier bilan ce dimanche. » En habitué, il sait qu’il faut attendre la fin de la foire pour faire les comptes. « La météo ou les vacances sont au moins aussi déterminantes que la présence des vaches. »

Cependant, loin du hall 1, l’absence des vaches se fait beaucoup moins ressentir. Théo et sa bande d’amis, en train de savourer des boissons (à consommer avec modération), profitent des goodies au stand, à peine avant 13 heures.

« Les vaches sont très sympathiques, c’est triste qu’elles ne soient pas là », mais il serait illogique de le nier : « On n’est pas vraiment venus pour ça. Allez, on va quand même boire à leur santé ».

