Saint-Valentin : « Ma plainte et mon argent sont aux oubliettes »… Ils se sont fait arnaquer sur des sites de rencontres

« Un petit swipe peut changer votre vie. » Cecilie, Norvégienne habitant à Londres, voit la sienne basculer en 2017 quand elle « matche » avec Simon Leviev sur l’application Tinder. 220.000 euros en moins et un documentaire Netflix plus tard, la jeune femme ravive le débat des arnaques sur les sites de rencontres à l’approche de la Saint-Valentin. Et les utilisateurs de ces plateformes sont nombreux :   Près d’un quart des Français ayant trouvé l’amour depuis mai 2021 l’ont rencontré grâce à une appli de dating, selon la dernière enquête Ifop.

« On s’est abordé sur Disonsdemain, on a discuté tout le premier confinement, raconte Lola*. Il venait de sortir d’un divorce compliqué. Il me disait que j’étais une femme formidable. » Jusqu’au jour où… « après la mort de son père, il devait hériter d’un million d’euros. La somme était bloquée en Afrique, là où se trouve l’entreprise familiale, ajoute-t-elle. Il part, il m’envoie même des photos de lui là-bas ! Et là, il me dit qu’il est bloqué et qu’il doit payer l’équivalent de 11.000 euros au fisc africain. Il me demande de lui en envoyer 1.000, la somme qu’il lui manquait. » Elle ne lui enverra pas l’argent et va immédiatement le bloquer. « Je n’ai pas pu prévenir le site car dès le début il a refusé qu’on discute sur la plateforme, j’aurais dû me méfier ! », confie-t-elle.

« Je suis devenu plus radin et plus méfiant avec les inconnus »

Lola a eu la chance de ne pas tomber dans le piège tendu. Ce n’est pas le cas de Bruno*, qui s’inscrit sur Zoosk après une rupture amoureuse difficile. « En quelques jours, je rencontre une fille que j’apprécie. Elle insiste beaucoup pour que je lui achète une robe. Je lui fais un virement de 100 euros, avec tout de même quelques doutes. Il s’agissait bien sûr d’un « brouteur » (un arnaqueur opérant sur Internet). » « J’ai pourtant eu quelqu’un au téléphone et même en webcam, déplore-t-il. Cette arnaque a eu des conséquences psychologiques pour moi, je suis devenu plus radin et plus méfiant avec les inconnus. »

« Les victimes ont souvent un sentiment de vide affectif et peuvent être dans la dépendance de l’autre par crainte de la solitude, précise une psychiatre de l’Essonne. « Il y a donc un terrain propice pour les manipulateurs qui, dans un premier temps, apparaissent bienveillants, et vont rapidement verser dans le chantage affectif pour tester le lien avec les victimes. Celles-ci se demandent souvent comment elles ont pu être si naïves. Mais en réalité, au-delà de l’intelligence, il s’agit de problématiques psychiques qui impactent la représentation de soi et le lien à l’autre », explique-t-elle.

« Je fermais les yeux car elle m’envoyait des mots doux »

Après plusieurs mauvaises expériences, Mathieu* est aujourd’hui sur la défensive : « J’ai rencontré une fille sur Lovoo. Très vite, elle a voulu qu’on discute par mail plutôt que sur la plateforme. Ses messages ressemblaient à des romans préparés à l’avance. » Un jour, sa prétendante lui raconte qu’elle part en Ukraine rendre visite à sa fille à l’hôpital. Elle lui demande alors 1.400 euros pour éponger ses dettes. Même s’il s’y attendait, Mathieu « tombe de son nuage ». « Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, je ne me fie plus aux sites si je ne peux pas vérifier le profil. »

Nouveau sur ces plateformes, Maxence* n’a pas su voir les signes avant-coureurs. « Je me suis inscrit sur Badoo en 2014. Je suis tombé sur un faux profil dès le début, regrette-t-il. Cette personne écrivait bizarrement, mais je fermais les yeux car elle m’envoyait des mots doux. » Il insiste pour la rencontrer, malgré un doute persistant. Elle lui dit habiter à Montpellier, lui vit à Angers. Ils se donnent rendez-vous à Paris. « Avant de monter dans le train, j’ai annulé. Je ne le sentais pas, explique-t-il. Elle m’a proposé de venir, mais je devais lui envoyer une centaine d’euros pour le train. Elle était très insistante, j’ai payé mais ensuite j’ai bloqué son compte. »

« Il faut faire confiance aux sites leaders qui ont de vrais systèmes de modération, indique Florence Escaravage, fondatrice de Love Intelligence. Il y a deux alertes pour repérer les arnaques : la géographie et les incohérences dans ce qu’il écrit. Les diplômes, le métier, la situation familiale, la localisation… Il doit y avoir un lien. »

« Ma plainte et mon argent sont aux oubliettes »

Il y a quelques années, Laurence* pense rencontrer sur Adopteunmec un homme qui a « réussi ». « Il se faisait passer pour un chef d’entreprise qui roulait en Porsche. Après un moment, il a commencé à me dire qu’il avait des problèmes de trésorerie, raconte-t-elle. J’ai assumé ses dépenses pour qu’il se remette à flot. » Elle comprend qu’il lui ment, il vit du RSA et a arnaqué d’autres victimes. Elle met un terme à cette relation, mais il revient à la charge, s’excuse et lui promet « monts et merveilles ». Trois ans plus tard, elle est encore en procédure judiciaire contre lui : « Ma plainte et mon argent sont aux oubliettes. Je n’ai pas réitéré l’expérience des sites de rencontres. »

L’histoire d’Aurélie* aurait aussi pu se terminer au tribunal. Mais dans son malheur, elle a eu de la chance : « Je pense qu’il m’aimait sincèrement car je suis la seule qu’il a remboursée. » C’est le fils de l’arnaqueur qui la contacte pour la mettre en garde. « A ce moment-là je l’avais déjà quitté, mais je suis tombée des nues. » Une autre victime lui affirme que l’homme lui doit 40.000 euros : « J’ai compris que quand il est venu me rejoindre en Grèce, c’était avec l’argent de cette personne »…

*Les prénoms ont été modifiés