France

Saint-Denis : Des milliers de personnes unies contre le racisme.

Ce samedi, plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées contre le racisme à Saint-Denis, à l’appel du nouveau maire LFI Bally Bagayoko. Jeudi, le parquet de Paris a indiqué qu’il avait ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », au lendemain du dépôt de plainte de l’élu.


« On veut plein de maires noirs contre la peste brune ». Ce samedi, plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Saint-Denis, à l’initiative du nouveau maire LFI, Bally Bagayoko, qui suscite depuis son élection une discussion nationale sur la discrimination raciale.

Une foule dense s’est rassemblée dans une ambiance calme et musicale sur le parvis de l’Hôtel de ville, entourée de syndicats, d’associations et de nombreuses figures politiques de gauche, y compris les insoumis Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Sophia Chikirou, ainsi qu’une délégation du Parti socialiste.

« Une vague de racisme écœurant venant des élites »

« Nous venons affirmer avec force et de manière définitive notre attachement profond aux valeurs de la République, représentées par ceux qui sont les héritiers et héritières de l’immigration », a déclaré le maire insoumis, critiquant les « institutions défaillantes, parfois même complices », lui qui subit une campagne de haine depuis son élection lors du premier tour le 15 mars.

« Il s’agit d’un SOS de toutes celles et ceux qui appartiennent à la communauté de destin que nous voulons construire », a lancé l’édile d’origine malienne à la foule.

À la tribune, Jean-Luc Mélenchon a condamné « une vague de racisme écœurant provenant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve ni frein, ont affiché leur mépris envers une partie de notre peuple ».

C’est honteux d’entendre de tels propos !

Sara, étudiante en droit de 26 ans, originaire de Saint-Denis, est venue « soutenir Bally » face aux « attaques inadmissibles » dont il a été la cible. « Il y a des gens du PS ici, mais ce sont eux qui ont lancé la première pierre », a-t-elle répliqué, en référence au maire sortant Mathieu Hanotin, qui avait déclaré pendant la campagne que les narcotrafiquants incitaient à voter pour Bally Bagayoko.

« On veut plein de maires noirs contre la peste brune », pouvait-on lire sur une pancarte des manifestants, accompagnée de slogans tels que « la jeunesse emmerde le Front national ! » ou encore « Siamo tutti antifascisti ! » (« nous sommes tous des antifascistes » en italien).

Kantéba Camara-Sissoko, 55 ans, auxiliaire de puériculture, a été « révoltée » par les propos relatés sur le nouveau maire. Les 27 et 28 mars, sur CNews, une chaîne du groupe Bolloré, des comparaisons ont été faites entre Bally Bagayoko et « la famille des grands singes » et une attitude de « mâle dominant » lui a été reprochée.

« Je me suis dit “je suis en train de rêver, c’est un cauchemar”. Nous sommes en 2026, c’est honteux d’entendre de tels propos ! » a exprimé cette nouvelle élue du PCF à Gennevilliers, « réconfortée » par ce rassemblement.

L’absence remarquée d’Aurore Bergé… comme le silence d’Emmanuel Macron

Pour le maire insoumis, « celles et ceux qui réduisent cette marche à l’étiquette de La France insoumise se trompent et sont indignes de ce combat qui est un combat contre le racisme, contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie, ainsi que toutes les formes de discrimination ».

Interrogé sur l’absence de la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, il a estimé que « c’est bien elle qui aurait dû être présente », tout en la remerciant de lui avoir témoigné de sa solidarité par téléphone.

Bally Bagayoko a également dénoncé ce samedi le « silence » du président Emmanuel Macron sur la question, ce qui « confirme qu’il n’est pas engagé dans cette lutte » contre le racisme.

Le maire a appelé à ce rassemblement le 29 mars via son compte Instagram, suite à des propos controversés le visant, exprimés sur CNews.

Jeudi, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », après le dépôt de plainte de l’élu, qui a aussi demandé, lors d’un entretien à l’AFP, la fermeture de la chaîne. Le préfet s’est constitué partie civile, comme l’avait demandé le Premier ministre, Sébastien Lecornu.