Russie : Faut-il s’inquiéter après l’explosion d’un laboratoire renfermant la variole et Ebola ?

La Russie a démenti mardi toute menace de contamination après une explosion et un incendie ayant frappé un ancien centre de développement d’armes biologiques de l’époque soviétique. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

  • Une explosion et un incendie ont frappé, ce lundi en Russie, un centre de recherche sur les virus et les biotechnologies, appelé « Vektor ».
  • Le bâtiment est l’une des deux seules structures au monde renfermant le virus de la variole.
  • Les autorités russes ont démenti, ce mardi, toute menace de contamination, expliquant qu’aucune substance dangereuse n’était présente dans les pièces qui ont été touchées par l’accident.

Absolument aucun danger selon Moscou. Une explosion et un incendie ont eu lieu, ce lundi en Russie, dans un centre de recherche sur les virus et les biotechnologies, l’une des deux seules structures au monde renfermant le virus de la variole, officiellement éradiqué en 1977.

Si les autorités ont démenti, ce mardi, toute menace de contamination, l’incident survenu dans un bâtiment hautement sensible inquiète. Existe-t-il un risque de fuite des virus ? 20 Minutes fait le point sur cette affaire.

Que s’est-il passé ?

Lundi, une explosion et un incendie ont eu lieu à « Vektor », un centre de recherche russe en viro­lo­gie et biotech­no­lo­gie, situé à Koltsovo, près de Novossibirsk (Sibérie occidentale), la troisième ville la plus peuplée de Russie avec plus de 1,5 million d’habitants. Selon l’agence de surveillance sanitaire Rospotrebnadzor, l’explosion a été provoquée par un cylindre de gaz et a causé un incendie dans les locaux, faisant un blessé parmi les employés. Si plusieurs fenêtres ont été brisées, la structure du bâtiment n’a pas été touchée, ont ajouté les autorités, précisant qu’aucune substance dangereuse ne s’était échappée.

Sur quoi travaille ce laboratoire ?

« Historiquement, c’est un laboratoire d’armes biologiques qui date de l’époque soviétique. Il est censé être fermé et avoir été réhabilité pour faire de la recherche vaccinale, mais on ne sait pas grand-chose », explique Frédéric Tangy, chercheur et virologue au CNRS et à l’Institut Pasteur. Devenu un centre de recherche russe en viro­lo­gie, « ce laboratoire a été agréé pour être l’un des deux seuls laboratoires au monde, avec le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) à Atlanta (Etats-Unis), à détenir le virus de la variole », poursuit le chercheur.

« C’est compliqué de dire comment fonctionne ce laboratoire aujourd’hui et de savoir exactement la nature de leurs activités. La seule chose qui est sûre, c’est la partie dédiée au virus de la variole, gérée par l’OMS », explique, de son côté Hervé Raoul, directeur du laboratoire P4 Inserm Jean Mérieux à Lyon. « Les activités autour de la variole sont extrêmement encadrées dans le cadre des accords internationaux sur ce sujet. Ce laboratoire a une mission d’archivage, il n’y a pas de recherches à proprement parler. L’OMS continue à effectuer des visites de contrôles chaque année », ajoute-t-il. « Outre la variole, le laboratoire détient notamment les virus d’Ebola, du HIV ou encore de l’anthrax », explique Frédérique Tangy. Hervé Raoul, lui, n’est « pas sûr que quelqu’un connaisse précisément les projets et les virus sur lesquels les Russes travaillent ».

Quels sont les dangers potentiels ?

Pour Frédéric Tangy, le danger « dépend de la localisation de l’incendie » : « Si ça explose dans un garage, il n’y a aucun danger, mais si ça explose à côté d’un congélateur qui détient le virus de la variole, ça peut contaminer l’air ». « Le virus est conservé à -80 degrés, donc il faudrait que les tubes décongèlent pour qu’il y ait une contamination », poursuit-il.

« Un incendie qui toucherait les zones où le virus est présent, c’est presque une bonne nouvelle, ça va détruire les pathogènes. Si ça impacte une zone où vous avez des installations dédiées à la sécurité du laboratoire, ça peut être plus embêtant, mais ce n’est pas forcément catastrophique », assure Hervé Raoul, qui estime « qu’il n’y a pas de risque majeur et que les chances de contamination sont peu probables ».

Que se passera-t-il en cas de contamination ?

Mais si un des sites sensibles a été touché, la première précaution, « c’est d’abord d’effectuer une vaccination « en anneau », c’est-à-dire les personnes du laboratoire, puis leurs proches, tout le village, et enfin les villes aux alentours », détaille Frédéric Tangy, précisant que c’est grâce à cette méthode que la variole a été éradiquée en 1977.

C’est d’ailleurs l’un des dangers de l’incident, selon le chercheur : « La population mondiale actuelle n’est plus vaccinée, car on considère que le virus est totalement éradiqué. Mais s’il revient, la population n’est pas protégée ». Pour le virologue, le seul risque, c’est que quelqu’un, qui aurait été contaminé, prenne l’avion en étant infecté. « Personne ne le sait, personne ne vérifie car le virus est censé être éradiqué. La personne pourrait alors transmettre le virus, qui se propage très rapidement. »

S’agit-il d’un incident isolé ?

Le laboratoire « Vektor » n’est pas le seul site sensible russe à avoir été le théâtre d’un incident. Début juin, trois explosions dans des usines d’explosifs et des dépôts de munitions dans le centre et le sud de la Russie et en Sibérie ont fait plusieurs dizaines de blessés. Début juillet, 14 officiers de la marine russe sont morts dans un incendie à bord d’un mystérieux sous-marin à propulsion nucléaire dans le Grand Nord. Gardant en grande partie le secret sur la tragédie, les autorités ont assuré que le réacteur nucléaire n’a pas été touché par le feu.

En août, une explosion à caractère nucléaire a fait au moins cinq morts sur une base de tir de missiles du Grand Nord lors de tests de nouveaux armements. Elle a conduit à une brève hausse de la radioactivité, selon les autorités. « En Russie, les accidents sont de plus en plus fréquents sur les sites sensibles. Dans ce pays, les mesures ne sont pas prises dans la minute, les infrastructures ne fonctionnent pas toujours très bien. Pour qu’un accident arrive dans un laboratoire comme celui-ci, ça veut dire que c’est mal géré et qu’il y a de grosses failles de sécurité », conclut Frédéric Tangy.

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